Le Sherbrookois Julien Bilodeau se prépare pour une nouvelle aventure en 2021.

Julien Bilodeau repart à l'aventure

CHRONIQUE / Il y a presque cinq ans, Julien Bilodeau traversait le Canada de Montréal aux Territoires du Nord-Ouest. Avec ses compagnons de l’aventure Les chemins de l’or bleu, le Sherbrookois avait parcouru près de 7000 km. L’aventure l’appelle de nouveau. Cette fois, ses trois amis d’enfance et lui entendent partir en 2021 du point le plus haut au Canada (Ward Hunt) pour descendre au point le plus au sud, à Pointe-Pelée au lac Érié. Le groupe alternera entre ski de fond, canot et vélo sur une distance d’environ 8000 km au cours de cette expédition appelée AKOR 2021.

En 2015, l’équipe était partie de Montréal en avril et avait terminé son périple à Tsiigehtchic à la fin octobre, près d’Inuvik, à une centaine de km de l’océan Arctique. « On avait été pris par la glace. On avait le sentiment du devoir accompli. On avait fait 6850 de nos 7000 km. On était fiers d’avoir terminé, l’hiver nordique s’installait. On était des canoteurs, on n’était pas équipé pour marcher sur la glace… On avait cru bon d’arrêter l’expédition à ce moment-là, avec le sentiment du devoir accompli. » Julien sera accompagné de Guillaume Moreau, Nicolas Roux et François Brassard.

« En 2015, j’ai monté vers le nord pendant 189 jours. Cette fois, on va descendre plein sud. Là, plus on va descendre, plus on va se rapprocher de la civilisation. »

Cette fois, le petit groupe compte se faire déposer sur la banquise en mars 2021 et terminer l’expédition en septembre.

« Les seuls qui vont pouvoir venir nous chercher en cas de problèmes, c’est la Défense canadienne », illustre l’homme de 27 ans.

Le Sherbrookois est revenu en 2015 avec 12 000 photos et deux journaux de bord. Malgré cet appel de l’aventure, Julien Bilodeau précise qu’il n’entend pas devenir un aventurier professionnel. Il est d’abord et avant tout enseignant en adaptation scolaire au Touret, entraîneur (en natation) et aventurier ensuite, souligne-t-il.

« Les expéditions pour moi, c’est une manière de vivre, mais pas de gagner ma vie. J’adore faire des expéditions, j’ai continué à en faire depuis 2015. Je suis allé au Sri Lanka, au Pérou, à la rivière Moisie avec ma conjointe. Je vis à travers les voyages… »

Julien Bilodeau lors de l’expédition Les Chemins de l’or bleu, en 2015, avec tous ses coéquipiers.

« Pour moi, les expéditions, ça fait partie de ma vie depuis que j’ai 11-12 ans, depuis que j’ai fait mes premiers camps de vacances en canot. Quand on s’embarque pour un projet de plusieurs mois, c’est là où on a le sentiment de se jeter dans le vide, et c’est là que c’est vraiment intéressant. Julien Bilodeau se remémore à ce moment-là l’expédition qu’il a faite avec sa conjointe sur la rivière Moisie. « Le sentiment qu’on a, on débarque du train, on voit le train partir et on est en plein milieu de nulle part, et on a 21 jours de canot à faire pour retrouver la civilisation. »

Cette fois, avance-t-il, le sentiment de se laisser tomber dans le vide est exponentiel. « On ne parle pas de 21 jours, mais de 8000 km de presque sept mois avec un degré logistique beaucoup plus complexe par rapport à 2015. Les coûts ne sont pas comparables, et le degré d’isolement et d’éloignement n’est pas comparable. Se faire déposer sur la banquise arctique au point le plus au nord du Canada, ça a son degré de complexité. C’est compliqué de monter au nord, ça demande une panoplie de permis. Il faut qu’on informe les gens qu’on va là parce que les seuls qui vont pouvoir venir nous chercher s’il y a un problème, c’est la Défense nationale. »

« En 2015, je m’en allais vers le nord pendant 180 jours. En 2021, je vais descendre plein sud pendant 200 jours environ. On traverse le Canada, mais d’une autre manière encore. Il y a quelque chose de rassurant malgré toutes les incertitudes qu’il y a avec le nord. En 2015, on s’en allait toujours vers le moins accessible, le plus éloigné, le plus complexe. Alors que là, plus on va descendre, plus on va se rapprocher de la civilisation. C’est ce qui permet, en fait, d’accomplir une si grande traversée.

Financement

L’aventure ne se concrétisera que si l’équipe réussit à amasser suffisamment de financement. Le coût de l’aventure? On pense à une somme de l’ordre de 350 000 $. Uniquement en frais de transport, la facture pourrait avoisiner les 100 000 $.

L’équipe prévoit lancer une campagne de sociofinancement dans les prochains mois.

Julien Bilodeau aimerait rapporter les changements qu’il constatera en lien avec le climat.

« On s’attend à voir de nos yeux les chamboulements actuels. Sans faire de recherche scientifique là-dessus, je veux témoigner de ces changements-là. Ça va être sous forme audio. Tristement, les communautés autochtones qui témoignent de ça, elles ne sont pas écoutées », souligne-t-il en ajoutant que celles-ci joueront un rôle important au cours de cette expédition.

L’expédition exigera une très grande préparation, y compris l’entraînement. « Ça requiert un haut niveau de précision, et c’est ce qui est important, de tout faire sans jamais que tu gèles, sans jamais laisser un morceau de peau à la liberté, de gérer l’humidité... Le groupe ira s’entraîner en février dans le secteur de Schefferville. « On va se faire débarquer en plein milieu de nulle part et on va avancer pendant 21 jours en suivant la voie ferrée. On va faire environ 300 km. L’objectif est de s’entraîner sur les lacs gelés du nord de Schefferville. »

Les coéquipiers de l’expédition Les Chemins de l’or bleu ont traversé le Canada de Montréal aux Territoires du Nord-Ouest.