Demi-aubergine grillée sauce aux champignons

JJacques: l’attrait du mystère

CRITIQUE / Le jjacques ne vous donne pas tout cuit dans le bec, mais ce qu’il vous servira à boire et à manger une fois que vous l’aurez trouvé vous incitera sûrement à y revenir.

C’est un endroit semi-caché, que vous devrez dénicher en résolvant une énigme qui parle d’anges et de lumière (ou en consultant attentivement le site Web), car non, l’entrée ne se situe pas au 341, rue Saint-Joseph. C’est un resto mystérieux qui fait aussi office de bar à huîtres et à cocktails, une salle feutrée pleine de velours et de voilages créant une ambiance à la croisée de l’alcôve et du bar de la prohibition. C’est un établissement où vous entendrez autant du Drake et du Aznavour qu’un vieux succès des BB, et dont les cartes des vins et des cocktails (la première montée par la sommelière Lydia Roussel, la seconde inventive et détaillée) suffiront à vous réjouir, surtout le dimanche, alors que les pinards sont à 50 % de rabais.

Repaire feutré et chaleureux, le jjacques joue la carte du speakeasy avec brio.

Cette adresse intrigante est le récent bébé de Vincent Thuaud et quelques copains, la plupart, comme lui, coproprios du Tao. En cuisine, Ryan Gabriele et son équipe se chargent du bonheur de l’estomac, et vous pourrez les observer si vous avez eu la bonne idée de vous asseoir au bar.

Comme nous étions huit amis réunis pour découvrir ce resto ouvert depuis la fin juillet, il fallait bien entendu oublier cet emplacement. Nous occupions donc une salle au fond, où la musique jouait fort — un peu trop. Nous devions aussi adopter une formule fixe de groupe (obligatoire à partir de cinq convives), qui consiste à partager la totalité du menu à la gang. Pas un problème, tant qu’on a suffisamment de tout. J’y reviendrai.

Les fameuses pâtes caccio e pepe

Entre terre, mer et végé

Chapeau bas, d’abord, pour les cocktails conçus par divers mixologues : savamment composés, magnifiques, ils ont suscité l’admiration. Je me souviendrai longtemps de mon Sherry Cobbler, à base de xérès et Luxardo Maraschino. Les vins aussi ont brillamment agrémenté le repas : un Tendu blanc de Matthiasson (Californie) et un nero d’avola montepulciano australien du nom de Roxanne the Razor, de Delinquente Wine.

Les cocktails sont un attrait phare du jjacques.

La valse des assiettes a généré de bons moments, entre autres avec les sashimis d’hamachi, un tendre poisson blanc japonais servi avec flocons d’algue frite, huile infusée aux herbes et mayo aux agrumes. L’un des plats les plus simples s’est avéré le plus maîtrisé: les pâtes caccio e pepe, jolie rencontre de l’Italie et du Québec grâce au fromage Clos des Roches des Grondines. Splendides, vraiment, avec leurs spaghettis faits maison encore un brin croquants, leur généreuse dose de poivre et l’apport d’un jaune d’œuf façon carbonara qui, une fois crevé, venait ajouter son grain d’onctuosité.

Le cru

Nous avons aussi fait fête à une autre assiette végé composée d’une demi-aubergine grillée garnie d’épinards poêlés, d’amandes au beurre, de fenouil fermenté et de sauce aux champignons. A suivi, après une longue attente, un demi-magret de canard un peu coriace, mais au gras délicieusement rôti, accompagné de glace de bœuf, d’un orgeotto qui manquait de liant, de citrouille rôtie et de purée de carottes fermentées. Côté mer, le maquereau poêlé a récolté des éloges enthousiastes, ainsi que ses copains: tomates confites, quinoa au beurre blanc et choux de Bruxelles grillés.

Demi-aubergine grillée sauce aux champignons

Malheureusement, malgré ces divers plats, notre faim n’était pas complètement apaisée. Parfois, on n’avait pu goûter qu’une ou deux bouchées d’un mets; difficile de bien l’apprécier avec un échantillon aussi modeste. Sans compter que la répartition s’avérait souvent complexe ou inéquitable, avec par exemple 3 assiettes (ou 15 sashimis) à partager à 8, ce qui nuisait à l’expérience.

Nous avons donc tergiversé un moment devant la perspective de commander en extra une tour de fruits de mer (moules, huîtres, crevettes, pattes de crabe, homard, pétoncles crus…), mais la sagesse l’a emporté. Une poire pochée au vin chaud et aux épices s’est amenée en tomber de rideau, sur crème fouettée et funnel cake, un tourbillon de pâte frite style churros populaire aux États-Unis.

En quittant ce repaire, nous sommes tous arrivés à la même conclusion: on reviendra, mais à deux ou à quatre, idéalement au bar, pour découvrir notamment la fameuse tour. Et moi, assurément, je reprendrai des pâtes, peu importe celles qui trôneront au menu!

La tour de fruits de mer

AU MENU

jjacques
341, rue Saint-Joseph E.
438 792-4445
jjacques.ca

Ouvert le soir du mercredi au dimanche

Cuisine du marché

Bouteilles de vin de 52$ à 603$
Plats de 18$ à 32$

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool: 90$ (pour deux formules de groupe)

Bravo: pour la cuisine généralement bien exécutée; l’ambiance bar de prohibition; les vins atypiques et les cocktails étonnants.
Bof: la formule de groupe était mal adaptée au nombre de convives et pourrait être plus généreuse.