Isaac Larose, cofondateur de Larose Paris

Isaac Larose: créateur de styles

Passionné de style, il a fondé une marque de chapeaux prisée des célébrités. Se lance sous peu dans les fringues. Organise des soirées jazz et tarot et se passionne pour le vin naturel. Bienvenue dans le monde d’Isaac Larose, créateur québécois.

Isaac Larose se promène entre Québec, Montréal et le monde. Le Soleil l’a joint au Mexique il y a 10 jours, où il prenait des vacances impromptues. 

Sur appel vidéo, on le voit sortir dans le jardin, cheveux courts, lunettes rondes en écailles. Avant que l’image ne s’embrouille. Peu importe, il reste la voix. Pour raconter ses projets : la dernière collection de chapeaux Larose Paris, une nouvelle ligne de vêtements prévue pour mars, Eden, et la propulsion du Nénuphar, classé dans le top 10 des meilleurs nouveaux bars au pays par le magazine EnRoute d’Air Canada.

Pas mal comme réalisations à 33 ans. Le jeune homme intrigue par son parcours, ses idées, sa fraîcheur.

Isaac Larose, juillet 2018, habillé en BED j.w. FORD, une marque japonaise

Le style plus que la mode

«J’ai toujours eu un intérêt pour le style plus que pour la mode, en venant de Québec, qui n’est pas une ville de mode à la base.» Un brin frondeur? «Ça choque les gens, mais c’est vrai! Dire le contraire, c’est ne pas être conscient de son entourage.»

Le petit gars qui travaillait dans les boutiques de skate de la capitale et fréquentait la scène musicale punk et emo aime cette esthétique. Il est fasciné par la façon dont les gens s’habillent et développe une passion pour certaines marques en voyage.

Puis un jour, en échange universitaire à Sciences Po, Paris, il décide d’investir son temps «dans un petit projet». En donnant un coup de main pour le stylisme du magazine Les Inrockuptibles, il connecte avec le Parisien Marc Beaugé. Après seulement deux rencontres, le duo décide de lancer Larose Paris, basé sur un seul produit, une casquette fabriquée de matières haut de gamme. Une idée qui ne devait durer qu’une saison. 

«Jamais, jamais, jamais» Isaac Larose n’aurait imaginé un jour coiffer Beyoncé ou Kendrick Lamar. Et pourtant.

D’une casquette déclinée en sept matières en 2012, Larose Paris offre aujourd’hui une vingtaine de couvre-chefs dans plusieurs coloris et matières. Des laines tissées en Angleterre, des laines italiennes, des mélanges de cachemire et de laine mérinos.

Une casquette de la collection automne-hiver 2018 de Larose Paris
Collection automne-hiver 2018 de Larose-Paris

Ni Isaac ni son associé Marc Beaugé ne sont chapeliers. Ils dirigent la création et confient la production à une usine dans le sud de la France, qui fournit de grandes maisons comme Hermès, Chanel, Yves Saint-Laurent. Rien de moins.

Les casquettes à cinq pans et autres fédoras de Larose Paris se détaillent entre 250 $ et 500 $. La marque, qui a une boutique en ligne, compte environ 50 points de vente dans une douzaine de pays. 

Au Québec, selon les saisons, on peut trouver certains modèles chez Simons et chez Michel Brisson, à Montréal. Si quelques boutiques éphémères surgissent de temps à autre, aucune adresse fixe Larose Paris n’est prévue pour l’instant dans la belle province, indique Isaac.

Collaborer avec Missoni

Parmi ses faits d’armes, Larose Paris vient de collaborer à deux reprises avec la marque italienne Missoni. «On a fait des chapeaux en utilisant leurs lainages. Ils ont servi pour leurs défilés et ont été offerts dans l’ensemble de leurs points de vente.»

Un aperçu de la collaboration entre la maison italienne Missoni et les chapeaux Larose Paris, lors d'un défilé de la Fashion Week de Milan, en 2017.

Le résultat a été immortalisé dans un vignoble québécois. «On a fait l’ensemble des images chez Pinard et filles, un vignoble naturel très en vue. C’était agréable de leur donner une visibilité internationale. L’idée était de mixer l’ensemble de mes passions personnelles.»

Missoni X Larose Paris, chez Pinard et Filles

Car Isaac Larose a une vie parallèle. On peut le croiser au moins une fin de semaine par mois au Nénuphar, dans le quartier Limoilou, à Québec. Un bar «secret» d’une trentaine de places qu’il a cofondé il y a quelques mois, spécialisé en absinthes, cocktails classiques et vins naturels, et élu neuvième meilleur nouveau bar au Canada en 2018 par le magazine EnRoute

Le Nénuphar, bar «secret» du quartier Limoilou, à Québec, est un projet d'Isaac Larose et de Patrice Plante.

À Montréal, au Datcha,  il organise aussi des soirées jazz et tarot les jeudis et lancera des soirées spécialisées en vin naturel sous peu.

Il a donc un pied-à-terre à Québec, demeure dans Villeray, tout en étant à l’extérieur du pays plusieurs mois par année, en voyages d’affaires ou dans les différentes Fashion Weeks.

Eden Power Corp

Ah oui! Eden! En fin d’entrevue, Isaac Larose laisse tomber ce petit détail. Une nouveauté pour mars. Un tout autre projet, avec pour associés son amoureuse Florence Provencher-Proulx, designer, et Noah Johnson, éditeur pour le magazine GQ, à New York. «On lance une nouvelle marque de vêtements : pantalons, vestes, t-shirts, chandails à manches longues, casquettes... Un peu de tout, pas seulement de  l’accessoire de tête.»

Pour l’instant, presque rien n’a été ébruité, excepté un début de page Instagram qui laisse entrevoir un vestiaire décontracté, avec le nom d’Eden Power Corp qui tourne en hologramme.

Un très bref aperçu d’Eden Power Corp sur Instagram

Isaac Larose explique que tous les produits, fabriqués à Montréal et aux États-Unis, seront faits à partir de fibres recyclées. Une offre «un peu plus accessible», dont les détails seront dévoilés sous peu.

Trois questions éclair

Quelles sont vos origines, que font vos parents?

«Je viens d’une famille très marginale, très créative. Il y a cette fibre artistique, mais rien qui touche l’entrepreneuriat, la mode ou l’événementiel. Je suis né à Inverness, où on trouve les fonderies de bronze du Québec. Il y a eu un gros mouvement artistique de gens qui sont déménagés de Montréal et de Québec pour aller s’établir là-bas à la fin des années 1970, début 1980. Moi je viens de là, d’une commune artistique hors norme.»

Coiffer quelle personnalité vous rend le plus fier? 

«Pas ceux que le public connaît. Par exemple, je trouve génial que James Randi, un grand magicien canadien, quelqu’un qui a passé sa vie à vouloir démasquer les charlatans, porte de nos produits. Ou le chanteur du groupe The Roots, Black Thought, considéré par beaucoup comme le meilleur artiste freestyle de la décennie. Il y a pratiquement un moment de l’histoire de la culture hip-hop qui s’est définie avec un chapeau Larose sur sa tête. C’est quand même assez flatteur!»

Le chanteur du groupe The Roots, Black Thought, portant un chapeau Larose Paris

La signature visuelle de votre nouvelle collection Larose Paris est très forte, avec ses images malmenées, essentiellement noir et blanc. Qui est derrière?

«La collection s’inscrit dans la continuité de ce qu’on a toujours fait avec Larose, soit des produits intemporels. Mais après cinq ans, on s’est dit que notre image de marque était assez posée pour se permettre d’explorer et d’avoir un peu de plaisir créatif. On est de grands fans du photographe montréalais LePigeon. On lui a donc donné carte blanche.»

La nouvelle collection Larose Paris, dans l'oeil du photographe LePigeon