Des zestes de clémentine viennent agréablement vivifier cette belle assiette de pétoncles poêlés avec tombée de poireau, oignon et fenouil, betteraves chiogga et purée de chou-fleur.

Hobbit Bistro: briller dans la durée

CRITIQUE / Avec David Forbes à la barre de ses fourneaux depuis novembre dernier, le quadragénaire Hobbit nous invite à une fort agréable redécouverte.

Il ne déborde pas de membres, le club des restos de Québec qui ont passé le cap de la quarantaine. Le Hobbit, dans Saint-Jean-Baptiste, en fait partie, lui qui a servi ses premiers plats quelques semaines avant l’élection de René Lévesque, en 1976. C’est un résistant, cet ancien magasin de cravates devenu café-théâtre, puis resto de quartier pour gens bien nantis.

Je l’ai fréquenté le midi il y a une douzaine d’années, alors que je travaillais dans le coin, et ses brunchs me faisaient parfois sortir de mon Limoilou le dimanche. Mais je l’avoue: depuis, je l’avais un peu oublié. Voilà qu’en novembre, une annonce l’a rappelé à mon souvenir: David Forbes (anciennement aux Labours et au Cercle) quittait le Ciel!, au sommet du Concorde, pour s’y installer à titre de chef-copropriétaire. L’occasion était belle d’aller y jouer de la fourchette.

Service et repas sans fautes

C’est veille de tempête. La salle est remplie au quart, d’habitués et de touristes. Nos voisins de table, originaires de Francfort, sont bien excités par la bordée à venir. Ils en auront pour leur argent le lendemain. Mais pour le moment, le temps est doux dans la chaleureuse salle du Hobbit, toute de pierres grises et de bois — mais dont les chaises en cuir, très jolies, accusent leur âge.

Notre serveuse, Alice, est une soie. Sympathique sans trop en faire, soucieuse de notre bien-être, connaissant fort bien son menu de même que les caractéristiques des vins au verre, elle nous guidera tout au long du repas avec doigté et gentillesse.

Si le terme «chaleureuse» est souvent galvaudé, il convient à merveille pour décrire l’ambiance qui règne dans la salle à manger du vénérable Hobbit.

Au moment de plonger ma cuillère dans ma soupe à l’oignon, je ne sais pas encore qu’une soirée pratiquement sans fausse note m’attend. Mais déjà, je suis ravie par le gratiné bien doré du fromage Chemin Hatley qui recouvre un consistant mélange de bouillon de bœuf, de bière rousse et de sirop d’érable, ce dernier apportant une belle profondeur aux saveurs. L’oignon ne joue pas les fanfarons, tout est ici en harmonie. Si j’étais chialeuse, je dirais qu’il y a un brin trop de morceaux de pain, mais je ne dirai rien.

Les raviolis au saumon de mon chum lui soutirent un petit cri d’extase. Cuisson al dente, saveur magnifiée du poisson, le tout déposé sur de délicats bouquets de chou-fleur grillés et accompagné d’une crème au cari de Madras qui forme une heureuse union avec les quelques câpres marinées. En guise de décoration, une feuille de chanvre, garantie sans THC. On plane quand même grâce à cette entrée toute en finesse, sans flafla.

N’étant pas douée pour réussir la polenta, je me fais toujours un plaisir d’en commander au resto. Ici, elle est rôtie (belle croûte!) et liée au parmesan et au cheddar de l’Île-aux-Grues. Dessous, une croquante salade tiède de pleurotes, bette à carde, maïs et quinoa, ainsi qu’une sauce tomate à l’acidité bien contrôlée. Un plat à la fois rustique et travaillé, aux textures variées — on aime ça. Mon vin, un assemblage soyeux de gamay et de pinot noir (Cheverny Tradition 2018, Domaine de Montcy), suscite le même enthousiasme avec ses notes de cerise. D’ailleurs, bravo à la sommelière et copropriétaire Jocelyne Veillette, qui a monté une réjouissante carte.

Le bonheur règne aussi chez mon vis-à-vis. Parfaitement grillés et dotés d’un cœur tendre comme on l’espère, ses sept pétoncles sont «réveillés» par un beurre noisette à la clémentine. En complément: une tombée de poireau, oignon et fenouil, des betteraves chiogga, et une suave purée de chou-fleur garnie de petits morceaux de zeste de clémentine qui tranchent dans le gras et le crémeux de l’ensemble. Impeccable.

La polenta au parmesan et cheddar, servie avec sauce tomate et salade tiède de pleurotes, bette à carde, maïs et quinoa.

Sucré raffiné

Un dessert nous paraît inconcevable, mais Alice nous informe qu’ils ont un chef pâtissier, en nous tendant les menus d’un air faussement détaché. Alors là… elle nous prend par les sentiments.

Nous découvrons avec plaisir les œuvres sucrées de Marc Baudet, surnommé Minou. La crème brûlée au whisky et érable, accompagnée d’un délectable chocolat au cœur de caramel, et le gâteau mousse au chocolat noir et sabayon au café sur biscuit aux amandes se disputent nos faveurs. Nos estomacs, n’en pouvant plus, appelleraient au secours s’ils le pouvaient. C’est le moment d’aller marcher. Dehors, les premiers flocons tombent lentement sur nos manteaux soudain un peu serrés.

AU MENU

Hobbit Bistro
700, rue Saint-Jean
418 647-2677
hobbitbistro.com
Ouvert de 8h à 22h la semaine (sauf le mercredi : ouverture à 17h) et de 9h à 22h la fin de semaine

Bouteilles de vin de 40 $ à 210 $
Plats de 24 $ à 40 $

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et boissons : 105 $ (pour deux entrées, deux plats et deux desserts)

Bravo: pour les plats goûteux aux textures réfléchies et à la qualité constante, la superbe carte des vins, les délicieux desserts, le service informé et sympathique.
Bof: le vin rouge était légèrement trop froid — ce qui vaut mieux que l’inverse, quand même.