Les vacances estivales offriront une pause aux parents fatigués de préparer des boîtes à lunch, même s'il reste encore les camps de jour...

Fini les lunchs !

CHRONIQUE / La mère marchait sur le trottoir avec ses deux filles, en chemin pour le dernier jour de classes. Quand je l’ai croisée, elle m’a salué et, comme dans un élan de libération, m’a lancé : «fini les lunchs!»

C’est comme si elle avait lu dans mes pensées. Cet été, ce n’est pas le répit de devoirs qui va me soulager le plus, mais celui de préparer les maudites boîtes à lunch. 

Bien sûr, il y aura encore une vingtaine de dîners à confectionner pour les camps de jour. Mais durant les vacances parentales, au moins, je n’aurai pas à chercher les couvercles des plats de plastique, trancher des fruits qui se gaspillent une fois sur deux, remplir des thermos de restes coagulés et culpabiliser d’ajouter des collations suremballées genre compotes à téter. 

Je ne suis sûrement pas le seul parent d’élèves du primaire à éprouver tant de haine pour les lunchs. Comme la maman que j’ai croisée, plusieurs ont sûrement eu envie de lâcher un «fini les lunchs!» au dernier jour d’école. 

C’est sans doute une utopie, mais j’aimerais qu’on profite collectivement de l’été pour se demander comment on pourrait mettre fin à la tyrannie des boîtes à lunch. Est-ce que des centaines de milliers de parents québécois sont vraiment obligés de faire des sandwichs chacun de leur bord? 

À vrai dire, je me pose la question depuis que j’ai vu à quel point on pouvait faire mieux. 

Dans le documentaire Where to Invade Next (2015), le réalisateur Michael Moore se promène un peu partout dans le monde à la recherche de bonnes idées à importer chez l’oncle Sam. À un moment, il se rend dans un modeste village de Normandie pour aller voir une des «meilleures cuisines» de France. La caméra filme une petite brigade de chefs avec des tabliers blancs et des filets pour les cheveux qui préparent un menu gourmet.

C’est la cafétéria de l’école primaire. Les cuisiniers mettent les couverts avant l’arrivée des élèves : assiettes, ustensiles, verres en vitre, carafes d’eau. La cloche sonne, les enfants se lavent les mains et s’assoient par groupes de six autour de tables rondes. Puis ils mangent avec appétit. 

Après, on assiste à une réunion du chef et de sa brigade qui discutent du menu avec une nutritionniste, des responsables de l’école et de la ville. «Donc, le mardi, ce sera une salade de tomates avec de la mozzarella, du jambon à la moutarde, des pâtes et un entremets à la vanille», dit le chef. Juste avant, on l’avait vu ouvrir le frigo de fromages. Le préféré des élèves? «Le camembert».

Pour les Français, décrit Michael Moore, «le lunch ne dure pas juste 20 minutes où il faut se bourrer le plus vite possible. Ils considèrent le dîner comme un enseignement, une pleine heure où tu apprends à manger d’une manière civilisée et savoures de la nourriture saine». 

Le contraste avec le Québec m’a semblé impressionnant. Dans les écoles primaires de la province, on a souvent de longues tables dans des salles à dîner excentrées, des rangées de boîtes à lunch, des files pour les micro-ondes, des tas de pseudo-aliments dont les contenants en plastique finiront à la poubelle. 

Une éducatrice m’a déjà décrit les déserts nutritifs qu’elle voyait dans certaines boîtes à lunch débordant de malbouffe ou, à l’inverse, presque vides, laissant le ventre des enfants gargouiller tout l’après-midi. 

Bien sûr, il y a aussi une panoplie des lunchs qui raviraient les nutritionnistes. Mais en coulisse, il y a des papas et des mamans qui s’échinent : chaque semaine, cocher la liste d’épicerie dédiée aux lunchs; chaque jour, assembler tout ça sans rien oublier; chaque soir, répéter cinq fois aux enfants de défaire leur boîte à lunch ou laver nous-mêmes les plats oubliés dans le sac à dos depuis deux jours.

Quel gaspillage de temps, d’énergie, d’argent et de ressources parce qu’on n’est pas foutus de s’occuper collectivement des dîners nos enfants!

Mais, hé, au moins, le gouvernement ne se mêle pas des dîners de nos rejetons, on est libre de choisir ce qu’on met dans leurs boîtes à lunch.... Je sais pas pour vous, mais moi j’échangerais ça n’importe quand pour la fine cuisine servie aux p’tits Normands. Et je serai très heureux de payer un surplus de taxes scolaires pour ça.

Au Québec, il y a quand même des écoles primaires qui disposent de cantines scolaires où on sert sans doute de l’excellente bouffe. Mais c’est encore loin d’être la norme. Dans certaines écoles, les élèves n’ont même pas de cafétérias dignes de ce nom. Ils mangent rapido sur des pupitres, vite, vite, on n’a pas juste ça à faire le midi. 

Le Canada est un des seuls pays du G7 à ne pas offrir de programme universel de repas scolaires; on est 37e sur 41 pays du point de vue de l’accès des enfants à une alimentation saine, selon l’UNICEF.

Quand ma cadette était au CPE Les P’tits Loups du Cégep Limoilou, elle se délectait chaque midi des repas préparés par Étienne St-Michel, le formidable cuisinier. Vous devriez voir son menu : salade de quinoa au poulet et bleuet, tofu masala, quiche broco feta, enchiladas végés, boulettes de poisson, tortellinis à la piémontaise, etc. 

Chaque matin, Étienne accueillait chaleureusement les marmots et leurs parents, libres de boîtes à lunch. Pendant qu’il coupait des légumes ou popotait dans des cocottes géantes, il nous piquait une petite jasette, puis nous laissait repartir les narines jalouses du dîner de nos enfants. 

Il me manque beaucoup.