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Entrée de la Galerie des gours, dans la grotte de Saint-Elzéar
Entrée de la Galerie des gours, dans la grotte de Saint-Elzéar

Explorer le Québec souterrain

Raphaëlle Plante
Raphaëlle Plante
Le Soleil
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Le monde souterrain fascine et attire les curieux en quête d’aventure. Il y a 50 ans, seule une poignée de cavernes étaient connues au Québec, alors qu’on en compte plusieurs centaines aujourd’hui un peu partout, dont en Outaouais. Et l’exploration se poursuit, facilitée par tout le travail accompli par les pionniers de la spéléologie québécoise.

Daniel Caron est l’un de ces pionniers qui ont contribué à mettre au jour de nombreuses grottes sur le territoire québécois. Avec son comparse Michel Beaupré, il signe le tout nouvel ouvrage Cavernes du Québec – Guide de spéléologie, un outil de référence incontournable pour tout explorateur — débutant ou expérimenté — qui souhaite partir à l’aventure sous terre.

Précisons tout de suite : caverne et grotte sont des synonymes, confirme M. Caron. On utilise donc l’un ou l’autre sans distinction.

La spéléologie est souvent qualifiée de «dernier bastion terrestre de l’exploration», indiquent les auteurs en introduction de leur livre. Et au Québec comme ailleurs dans le monde, il y a toujours place aux découvertes. «On est dans une période intense d’exploration grâce à l’arrivée de nouvelles technologies. L’année dernière, lors du week-end de la fête du Travail, on a trouvé deux nouvelles grottes complètement inconnues en Outaouais. Et cette année à la même période, on se dirige dans un secteur du Bas-Saint-Laurent où il y a des indices qui nous permettent de croire qu’il y a des cavernes importantes», confie le spéléologue.

Vue de la Galerie de la radiesthésie dans la caverne de Saint-Léonard, qui est partiellement occupée par les eaux de la nappe phréatique.

Des clés pour comprendre

La parution du guide coécrit par Daniel Caron tombe à point, alors que 2021 est désignée Année internationale des grottes et du karst par l’Union internationale de spéléologie. On souligne également le 50e anniversaire de Spéléo Québec, la Société québécoise de spéléologie. 

«Il y a une volonté de la communauté internationale de faire connaître les beautés et l’importance du monde souterrain. Les grottes sont parmi les attractions touristiques les plus fréquentées dans le monde. Et avec le développement du tourisme d’aventure, les gens recherchent davantage d’authenticité. Avant, ils allaient visiter des grottes où il y avait des trottoirs de béton et des lampes aux mille couleurs, maintenant les aménagements sont moins importants», indique M. Caron, soulignant qu’il faut prendre les mesures de protection adéquates pour préserver notre patrimoine souterrain.

Un puits suivi d’un escalier donne accès à la grotte de Saint-Elzéar, près de Bonaventure en Gaspésie. On remarque la présence de nombreux ossements sur le talus à la base du puits d’entrée.

Dans Cavernes du Québec, les auteurs répertorient près de quarante grottes qui sont relativement accessibles pour les amateurs de spéléologie, en indiquant leur niveau de difficulté, comment s’y rendre, un bref historique et la description du site. L’ouvrage rassemble aussi en première partie une foule d’informations pour comprendre la formation des cavernes, le climat souterrain et la faune cavernicole (entre autres araignées, reptiles, chauve-souris et porcs-épics). En deuxième partie, on donne des conseils pour parcourir en toute sécurité un lieu méconnu, en présentant la formation et le matériel requis.

«On a postulé dès le départ que pour apprécier le monde souterrain, il faut fournir les clés pour un peu le comprendre, parce que sinon on se bat contre cette image que “les grottes sont toutes pareilles, c’est des tunnels dans la roche”», mentionne M. Caron.

Un groupe d’enfants parcourt la base du puits à la caverne de Saint-Léonard.

« Environ 40 000 personnes descendent sous terre chaque année au Québec »
Daniel Caron, précisant que ce chiffre comptabilise uniquement les visites dans les cavernes où il y a des structures d’accueil


Découvertes marquantes

Quelles sont les grottes les plus marquantes explorées par le spéléologue? 

«Les endroits les plus marquants dans une carrière de spéléologue, ce sont les grottes qu’on trouve soi-même! J’en ai trouvé beaucoup au Québec, j’ai connu de grands moments très intenses en voyant ce que personne n’avait vu avant.»

Daniel Caron évoque la caverne de Saint-Léonard, à Montréal, pour laquelle il a un intérêt particulier. Cette caverne qui offre un programme d’initiation à la spéléologie «était connue depuis 1812. Elle a été bouchée en 1968, puis rouverte en 1981. En 2017, elle ne comptait encore que 40 m de longueur, mais on a alors débouché vers le nouveau passage et maintenant la caverne fait 400 m! C’était un travail de longue haleine où entre en jeu la dimension scientifique : le fait d’avoir les clés de compréhension de la formation d’une grotte, ça nous permet aussi de déterminer son potentiel d’être plus grande que ce qu’on voit d’abord. À Saint-Léonard, on a persisté et maintenant on peut y faire du kayak souterrain!»

Le spéléologue a aussi participé à la découverte de la grotte de Boischatel, dans la région de Québec. Longue de 2,4 km, elle est la plus grande caverne émergée de la province (la plus grande au Québec fait 6,6 km et se trouve en Outaouais, mais elle est remplie d’eau). «Il y avait un endroit où un ruisseau rentrait sous terre et ressortait plusieurs centaines de mètres plus loin. Il y avait quelques indices qui suggéraient qu’il y avait une galerie en dessous, mais il n’y avait aucun orifice, aucun accès. Donc pendant des années on a désobstrué jusqu’à ce qu’on débouche finalement à l’intérieur du réseau et qu’on explore ses 2,4 km.»

L’ingénieur géologue Michel Beaupré et le spéléologue Daniel Caron explorent le Québec souterrain depuis plus de 50 ans.

Daniel Caron nomme aussi parmi ses coups de cœur la grotte de Point Comfort en Outaouais, «une grotte blanche creusée dans des marbres, extrêmement esthétique». Le Trou du Diable à Saint-Casimir, les grottes de La Rédemption et de Saint-Elzéar aussi… «Chaque grotte a sa personnalité, on y trouve un intérêt particulier.»

Et pour celui qui a voyagé un peu partout dans le monde pour explorer des cavernes, la plus belle à son avis est le gouffre Berger en France. «C’est celle où j’ai été le plus impressionné. Elle représente la synthèse de ce que cherche le spéléologue, à la fois des puits verticaux, des salles gigantesques, des concrétions énormes [stalactites, stalagmites, etc.], une rivière souterraine magnifique, des cascades… le pied quoi! C’est la caverne rêvée : profonde, longue, immense, variée, et un défi aussi sur le plan sportif. J’y ai fait plus de 30 heures d’exploration continue», relate Daniel Caron.

Pour ce spéléologue tombé amoureux du monde souterrain dès l’adolescence, la retraite ne rime pas avec la fin des découvertes… bien au contraire!

La salle des Treize, un espace souterrain spectaculaire qui s’ouvre dans le réseau du gouffre Berger, profond de 1323 m, en France.

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UN ASPECT LÉGENDAIRE

Quand Daniel Caron a commencé à explorer le Québec souterrain à la fin des années 60, il y avait environ sept ou huit cavernes connues à ce moment, et elles s’appelaient à peu près toutes trou de fée, trou du diable, trou de la fée ou trou sans fond, relate le spéléologue. Une appellation «quasi universelle».

«Dans l’histoire, le monde souterrain a connu des périodes d’utilité pour l’humanité, comme à l’époque des hommes de Néandertal. Puis cela a été suivi au Moyen Âge par une période assez sombre où les cavernes n’étaient plus des abris, mais plutôt des lieux obscurs, dangereux, cachant des diables et autres êtres maléfiques. Au Québec, systématiquement c’est cet aspect légendaire qui restait associé aux grottes», explique M. Caron.

Certains noms de grottes ont d’ailleurs été officiellement conservés, notamment le Trou de Fée dans Lanaudière, le Trou du Diable dans la Capitale-Nationale, le Trou de la Fée au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le Trou des Perdus et le Spéos de la Fée dans le Bas-Saint-Laurent.

«Encore aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui ont une peur assez viscérale d’entrer dans une grotte : c’est noir, c’est sombre et on ne sait pas trop ce qu’il y a… c’est une crainte inhérente qui persiste depuis le Moyen Âge sur le monde souterrain», souligne Daniel Caron.

Coulées et stalagmites décorent une section de la galerie principale du Trou du diable en hiver.

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DES CAVERNES ACCESSIBLES

Huit cavernes sont facilement accessibles au Québec et sont dotées d’une structure d’accueil pour les visiteurs : 

Info : speleo.qc.ca/carte-des-cavites

<em>Cavernes du Québec — Guide de spéléologie</em>, Michel Beaupré et Daniel Caron, Éditions Michel Quintin, 368 pages, 34,95$