D’un océan à l’autre : 2 vignobles canadiens à découvrir absolument

CHRONIQUE / Il se fait des cuvées extraordinaires au Canada, et ce, d’une rive à l’autre. Nos quatre régions viticoles sont certes jeunes, mais on trouve des vignobles d’une étonnante maturité dans chacune d’elles. En voici deux qui s’illustrent particulièrement bien, de part et d’autre du pays, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

BENJAMIN BRIDGE, NOUVELLE-ÉCOSSE

L’offre de vins en provenance des Maritimes est très restreinte à la SAQ. En fait, elle se limite à quelques cuvées du domaine Benjamin Bridge, un prodigieux vignoble qui prend place dans la vallée de Gaspereau, dans la baie de Fundy.

La vigne y jouit d’un environnement de croissance aussi unique que puisse l’être la baie de Fundy dans le monde. Comme les plus grandes marées du monde ont lieu ici (jusqu’à 16 mètres — l’équivalent d’un édifice de 4 étages!) il y a plus d’eau qui passe dans la baie que dans tous les cours d’eau douce du monde réunis. Cette affluence d’eau produit l’effet d’une pompe, en soufflant de l’air modéré sur la vallée, tempérant continuellement la région, hiver comme été.  

Ce scénario climatique aussi atypique qu’exceptionnel se prête idéalement à l’élaboration de mousseux méthode traditionnelle — comme en Champagne. Les chefs d’orchestre, le viticulteur en chef, Scott Savoy, et l’œnologue, le Québécois Jean-Benoît Deslauriers, révèlent brillamment l’immense potentiel du terroir grâce à des pratiques biologiques et peu interventionnistes donnant lieu à des mousseux distinctifs, tendus et élégants —
incontestablement parmi les meilleurs du pays.

Nova 7 2016 (SAQ : 12 133 986 — 25 $)

Nova 7 2016 (SAQ : 12 133 986 — 25 $)

À sa sortie en 2007, la cuvée Nova 7 (initialement, le vin devait changer de nom chaque millésime pour suivre les années!) a fait tout un tabac. Durant leurs premiers millésimes, les bouteilles étaient attendues de pied ferme par les consommateurs qui se les arrachaient comme des petits pains chauds.

Les bulles sont obtenues par fermentation indigène spontanée, sans ajout de levures, ni soufre. Dans un style qui se rapproche d’un moscato d’asti, le Nova 7 se montre légèrement perlant et présente un apport de sucre considérable. Le pamplemousse s’impose joliment au nez, tandis que la bouche brille de sa vibrante fraîcheur. Léger, juteux, tropical et énergique, c’est le verre de milieu d’après-midi à servir lors d’une chaude journée d’été.

NV (SAQ : 13 593 239 — 29,95 $)

NV (SAQ : 13 593 239 — 29,95 $)

Un assemblage original d’acadie blanc, vidal, seyval, pinot noir, chardonnay et pinot meunier compose cette méthode classique. Certains vins de réserve inclus dans ce non millésimé ont été élevés jusqu’à 13 ans sur lies. De délicieuses notes de fumé, de poivre blanc et une légère touche maritime s’échappent du verre. Faiblement dosé à 12 g/l, le NV démontre de l’amplitude et une fin de bouche électrique. Longueur parfaite. Tout le savoir-faire de Benjamin Bridge, dans une bouteille au rapport qualité-prix délicieux.

QUAIL’S GATE, COLOMBIE-BRITANNIQUE

QUAIL’S GATE, COLOMBIE-BRITANNIQUE

Il y a quelques décennies, il fallait être un peu fou pour planter du pinot noir dans la vallée de l’Okanagan. Un pari risqué qui a valu toute une renommée à Quail’s Gate. C’est que le pinot noir s’épanouit spécialement bien sur les pentes volcaniques du mont Boucherie. La famille Stewart a su sélectionner de beaux terroirs, tout au long de la vallée, adaptés sur mesure à la douzaine de cépages qu’elle cultive, afin d’en extraire des jus complexes et profonds.

Gewurztraminer 2016 (SAQ : 12 901 682 — 19 $)

Un vigneron alsacien m’a un jour expliqué que le gewurztraminer avait besoin d’un peu de sucre pour bien s’extérioriser. Et, il avait complètement raison. Ici, 7 g/l suffisent à amplifier le caractère du vin et ajouter de la rondeur. Le verre exhale la banane, la fumée et les fruits exotiques. Une lampée sur une salade asiatique et c’est le bonheur.

Gewurztraminer 2016 (SAQ : 12 901 682 — 19 $)

Pinot noir 2016 (SAQ : 11 889 669 — 29,10 $)

La chaleur de la vallée elle-même semble avoir été emprisonnée dans cette bouteille. La famille Stewart a une façon bien à elle d’interpréter le pinot noir. Un style musclé où les tannins étoffés et l’intensité confèrent au vin un caractère gourmand, mais retenu. Les arômes de charcuterie, d’épices et de mûres s’estompent tranquillement dans une finale fort élancée.

Pour plus de finesse, de caractère et d’élégance, tentez de mettre la main sur les quelques flacons restants de leur pinot noir issu de la gamme Stewart Family Reserve (SAQ : 11 140 341  — 48 $). C’est grand.

Pendant ce temps, entre les deux, au Québec, beaucoup de vin continue de couler, et du très bon. Je vous réserve un article complet sur le sujet dans les semaines à venir!