Des Québécoises à la rescousse des koalas [MISE À JOUR]

Un groupe de Québécoises se préparent à s’envoler vers l’autre côté du globe dans l’espoir de rescaper, de soigner et de nourrir les koalas et autres bêtes blessées ou menacées par les incendies qui ont ravagé l’Australie.

*MISE À JOUR : Le consulat canadien en Australie a informé Mme Leclerc et Zoologistes sans frontières que le départ de la Mission Québec Koala doit être reporté en raison de la COVID-19. Le périple n'est toutefois pas annulé. L'équipe prévoit partir pour l'Australie dès qu'elle recevra le feu vert du gouvernement canadien ainsi que les fonds nécessaires au voyage.

En plus de provoquer une trentaine de morts humaines et la destruction de milliers de bâtiments, les feux de forêt qui ont embrasé la contrée australienne ces derniers mois ont aussi décimé la faune locale. Un professeur de l’Université de Sydney a même estimé à plus d’un milliard le nombre d’animaux — souvent issus d’espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète — qui ont trouvé la mort dans les flammes.

L’ampleur du drame a de quoi émouvoir. Alors toute aide est la bienvenue, même celle de l’autre bout du monde.

Mais qu’est-ce que des Québécois peuvent bien connaître aux koalas? «Au début, je me disais que c’est trop loin, que je ne connais pas le pays. On n’est pas vétérinaires, on ne peut pas soigner les koalas, les chauves-souris, etc. Mais on peut les rescaper et en prendre soin. On a l’expertise. On peut rendre service», explique Johanne Leclerc, présidente et fondatrice de Zoologistes sans frontières lors d’une entrevue accordée au Mag à quelques jours de son départ prévu le 25 mars.

De nombreux koalas ont nécessité des soins d’urgence ces derniers mois en Australie.

Pendant un mois, cette équipe de bénévoles inspectera plusieurs zones dévastées (à partir du camp de base de Mirboo, à 150 km au sud-est de Melbourne) en quête de survivants. Leur rôle sera d’établir des stations où les animaux pourront trouver à boire et à manger, d’examiner les koalas — «des bêtes angoissées de nature» — pour vérifier s’ils ont besoin d’aide médicale et assurer leur transport le cas échéant. À d’autres moments, elles travailleront dans les refuges pour soigner, panser, nettoyer et nourrir les petits patients en attendant leur congé ou leur transport vers un hôpital vétérinaire.

Ce projet humanitaire baptisé Mission Québec Koala, le premier du genre pour Mme Leclerc et son entreprise, dépend entièrement des dons du public via Facebook et GoFundMe (voir encadré). Le nombre final de participantes (biologistes, éthologistes et techniciennes en bioécologie, toutes du Québec à l’exception d’une Française) dépendra du magot accumulé. Mme Leclerc et Laura Da Silva sont assurées de partir. Deux autres sont aussi prêtes, mais en attente.


« J’ai averti mon monde : on va vivre des choses difficiles, en dents de scie. Même si c’est triste, on ne peut pas s’asseoir et se mettre à pleurer. On pleurera après. »
Johanne Leclerc, présidente et fondatrice de Zoologistes sans frontières

«On a seulement besoin de 15 000 $, on n’est pas si gourmandes. C’est pour les billets d’avion, le transport sur place, le lait maternisé en poudre pour les bébés, entre autres», explique Mme Leclerc, biologiste experte du comportement animal (une science appelée éthologie) et spécialiste de la faune sauvage.

Des lits tricotés chez nous

En plus de son savoir-faire et de ses années d’expérience, Mme Leclerc apportera du matériel médical, qui fait parfois cruellement défaut. «Beaucoup de refuges manquent d’argent et de matériel tellement les besoins sont immenses et pressants. Ce que j’apporte servira pour les soins d’urgence en forêt et pour les refuges qui ont moins de moyens», indique celle qui a vécu plusieurs années au Togo et en Côte d’Ivoire, mais dont c’est le premier périple en Australie.

Brigitte Morneau et Johanne Leclerc, respectivement relationniste et présidente de Zoologistes sans frontières

«En plus, trois femmes de Québec m’ont confectionné au crochet ou en polar de petits lits pour les koalas, des enveloppements pour chauves-souris, des pochettes pour bébés kangourous, etc. On a aussi des jouets et des ballons» ajoute-t-elle.

Le métier de Johanne Leclerc l’a amenée à évaluer les conditions de vie — souvent inimaginables — d’animaux en captivité partout dans le monde. Elle est donc bien consciente de la désolation qui attend son équipe et elle.

«C’est l’inconnu. Encore aujourd’hui, on continue de trouver des corps de kangourous. J’ai averti mon monde : on va vivre des choses difficiles, en dents de scie. Même si c’est triste, on ne peut pas s’asseoir et se mettre à pleurer. On pleurera après. On est là pour aider. Et parfois aider peut aussi vouloir dire l’euthanasie, il faut y penser.» noter que pareille décision médicale sera prise et exécutée sur place par les vétérinaires et non par l’équipe de Mme Leclerc.

«Ce voyage risque d’être triste par moments, mais c’est nécessaire. Mon objectif est de revenir de là-bas avec le sentiment d’avoir fait quelque chose d’utile, tout simplement.»

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QU'EST-CE QUE ZOOLOGISTES SANS FRONTIÈRES?

Malgré son nom qui rappelle l’organisme Médecins sans frontières, Zoologistes sans frontières est une entreprise privée — fondée à Québec il y a huit ans par Johanne Leclerc— dont le mandat est la sensibilisation et l’éducation sur le bien-être de la faune sauvage (primates et grands félins). Mme Leclerc travaille aussi comme «espionne zoologique»— à la manière d’un «client mystère» de restaurant — pour évaluer les conditions de vie de bêtes en captivité, à l’étranger et au Québec. «J’ai travaillé beaucoup à faire sortir les tigres du Temple des tigres en Thaïlande. J’ai visité des élevages de guépards en Afrique du Sud; de soi-disant sanctuaires qui sont en réalité des fermes d’élevage pour la chasse en enclos.» L’entreprise prévoit bientôt un stage d’études au Rwanda et l’ouverture d’un centre de recherche en comportement animal au Québec. 

Info : zoologistes-sansfrontiere.com

En plus de leur savoir-faire, les femmes apporteront du matériel médical, qui fait parfois cruellement défaut.

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L'IMPACT HUMAIN A FAIT GRIMPER DE 30% LE RISQUE DE FEUX

Le changement climatique causé par les humains a contribué aux conditions favorables aux feux de forêt qui ont ravagé l’Australie, selon une étude publiée récemment qui avertit que ce risque va aller croissant.

Les chercheurs d’universités australiennes, européennes et américaines du réseau World Weather Attribution (WWA) ont voulu savoir si les activités humaines ont modifié le danger météorologique de feux de forêt dans le Sud-Est australien. «Cette étude montre, pour la première fois pour l’Australie, que les conditions météorologiques de 2019 ont eu une probabilité plus forte de se produire aujourd’hui qu’au début du 20e siècle», a expliqué Robert Vautard, climatologue du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.

En effet, «les changements climatiques causés par les humains ont augmenté les chances que l’Australie connaisse des conditions météorologiques propices aux incendies extrêmes d’au moins 30 %», selon cette étude. «Mais l’augmentation réelle pourrait être beaucoup plus importante, étant donné que les chaleurs extrêmes sont une des causes de cette augmentation et que les modèles sous-estiment» ce facteur.

Si le réchauffement climatique atteint 2°C par rapport à la période préindustrielle (soit 1°C de plus qu’aujourd’hui), «l’étude a démontré que les conditions météorologiques propices aux incendies enregistrées en 2019-2020 auront au moins quatre fois plus de chance de se produire», selon WWA. D'après l'Agence France-Presse