Des milliards pour bébé

CHRONIQUE/ Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un soupir d’exaspération en découvrant une nouvelle invention japonaise cette semaine. Peut-être l’avez-vous vu passer, vous aussi. Je parle du nouveau kit pour que les papas allaitent leurs bébés…

L’entreprise japonaise Dentsu propose ni plus ni moins qu’une poitrine en plastique munie d’un réservoir et de tétons en silicone. On le remplit du lait maternel, ou encore d’une préparation de lait en poudre, et voilà que papa peut donner le sein comme maman, ce qui supposément l’aide à renforcer le lien entre lui et son enfant.

Parce qu’un biberon, c’est pas pantoute la même affaire!

Un génie sans limites

La maternité et la puériculture sont deux industries formidablement créatives. Et fort lucratives. À éplucher les sites internet qui se consacrent à la vente de «tout-ce-qui-est-absolument-nécessaire-pour-bébé», on n’a pas de difficulté à croire que, chaque année, elles rapportent des milliards de dollars à travers le monde. Et leur génie est sans limites pour aller chercher le maximum d’argent dans la poche des parents.

Quelques exemples, juste pour s’amuser:

- le Kickbee permet à la maman, grâce à un capteur de mouvement, d’envoyer un tweet au papa — ou à tous ses abonnés Twitter — chaque fois que le bébé donne un coup de pied.

- le iPotty est un ti-pot d’entraînement... muni d’un iPad ! L’apprentissage de la propreté n’aura jamais été autant synonyme de dépendance ! 

- le BabyNess de Nestlé permet d’infuser des capsules de lait en poudre, à la manière des cafetières Nespresso. 26 capsules de lait en poudre pour 66 $! Pour une économie de temps de heu... trois secondes?

- l’analyseur de pleurs WhyCry Mini vous dira si bébé est fatigué, a faim, a mal ou a peur. Crédible!

- l’alarme à couche Baby Poop Alarm qui vous avertit si bébé vous a fait un cadeau. Au cas où votre nez ferait défaut.

Certaines idées donnent plutôt envie de pleurer que de rire, comme:

- le support à biberons (sérieux, si t’as pas le temps de t’occuper de ton bébé...)

... ou sa version je-ne-peux-me-passer-de-mon-téléphone (entre les deux, je ne sais pas lequel est le plus triste)

Puis il y a tous ces objets qui peuvent séduire au premier coup d’œil, mais qui ne feront que nous encombrer, car ils ont essentiellement la même fonction qu’un même objet « normal », genre :

- une machine à faire des purées (autrement dit, un blender!)

- un égouttoir à biberons (heu... un égouttoir à vaisselle traditionnel, ça fait pas la même job?)

- un kit de manucure pour bébé (une lime à ongles fait très bien l’affaire)

- un sac à couches (n’importe quel sac n’a-t-il pas la même fonction?)

Les besoins réels

Ce qu’il y a de bien avec un troisième enfant, c’est qu’avec l’expérience des deux autres, on a acquis de l’expérience. Du coup, on sait aussi davantage ce dont on a réellement besoin — et on se rend compte que la liste est plutôt courte.

On sait que le petit kit de literie pour bassinette ne sert qu’à faire cute et qu’il n’est d’aucune utilité, au même titre que les petits souliers souples en cuir.

Personnellement, je me suis aussi rendu compte que j’allaite beaucoup plus souvent n’importe où ailleurs que dans le fauteuil d’allaitement qui trône dans la chambre du bébé, et que ma sécheuse possède aussi la fonction «table à langer».

Que si la balançoire électrique m’a sauvé la vie avec ma première, elle m’a été complètement inutile pour ma deuxième, qui lui préférait de loin le plancher.

Que les deux ou trois suces qu’on m’a données sont encore neuves puisque mes chéries les recrachaient systématiquement, tout comme le porte-bébé, qu’elles n’ont jamais supporté.

Oui, certains objets sont parfois indispensables pour certains, et complètement futiles pour d’autres.

Alors quand on me demande déjà si je suis prête à accueillir le prochain poupon, je sais que oui. Je n’ai encore entamé aucun préparatif, mais bien que je m’étais débarrassée de beaucoup de choses, j’ai encore l’essentiel, le vrai de vrai, entreposé dans un coin de mon sous-sol.

La seule chose que je voudrais acquérir cette fois, ce sont des couches lavables. J’ai comme eu un petit haut-le-coeur en apprenant cette semaine que chaque seconde, 635 couches jetables sont utilisées sur les bébés dans le monde. Cela représente 20 milliards de couches jetables chaque année.

«Pour un seul enfant, les couches jetables représentent 4,5 arbres, 25 kg de plastique obtenu grâce à 67 kg de pétrole brut, 6500 couches jetées aux ordures ménagères, non valorisables, et qui mettront jusqu’à 500 ans pour se décomposer», selon le site de statistiques mondiales en temps réel Planetoscope.

Je me dis aussi que, pour être conséquente, je pourrais y aller aussi avec des lingettes lavables. Ça m’évitera du coup de devoir absolument me procurer un chauffe-lingettes.