Des étoiles plein les yeux

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
Chaque année, le passage des perséides éveille l’intérêt des astronomes, amateurs et professionnels, ainsi que des astronomes d’un soir. Cette année, en raison du contexte sanitaire, l’accès aux observatoires est restreint et les festivals d’observation du passage de cet essaim de météores sont, pour la plupart, annulés. La chasse aux étoiles sera vraisemblablement plus complexe cet été, mais tout de même possible.

Notamment, grâce à la complicité des clubs d’astronomes amateurs de Québec et de la Rive-Sud qui ont accepté de partager leurs astuces pour s’adonner à l’observation du ciel nocturne à moins d’une heure de route de la capitale et sans avoir besoin d’équipement professionnel.

Toutefois, il est bien d’avoir avec soi une source de lumière, plus puissante qu’un téléphone, puisque vous risquez de vous retrouver dans des endroits très sombres. Cela vous permettra aussi de réserver la batterie de votre téléphone intelligent pour l’utilisation d’applications utiles à l’observation du ciel, tel Sky Map qui permet de s’orienter et d’identifier ce que l’on voit.

Que peut-on observer?

Plusieurs objets et phénomènes sont distinguables à l’œil nu : c’est d’ailleurs ce qui rend le passage des perséides si populaire! Ces météores visibles dès le 20 juillet jusqu’au 25 août tiennent leur nom de la constellation de Persée d’où elles semblent provenir, explique le président du club d’astronomie Véga, Philippe Moussette. Les perséides atteindront leur visibilité maximale les 12 et 13 août prochains.

Perséide photographiée au Mont Cosmos. Le Mont Cosmos, comme les autres terrains appartenant à l'Université Laval, n'est pas accessible au public cet été.

En direction du sud-est, on peut distinguer Saturne et Jupiter qui se lèvent à l’horizon alors que le soleil se couche. Les deux planètes sont très brillantes et se suivent dans le ciel.

Plutôt orangée, Mars monte haut dans le ciel et devient particulièrement visible entre 1h15 et 1h30 AM en direction est, partage Daniel Beaulieu, membre du club IO.

Dans un environnement suffisamment obscur, on peut apercevoir la galaxie d’Andromède. Il s’agit de l’objet le plus lointain visible à l’œil nu.

Avec les bonnes conditions, une paire de jumelles vous permettra de distinguer les satellites de Jupiter (gauche) ou encore les anneaux de Saturne (droite).

À tout moment de l’année, on peut aussi guetter le passage de la station spatiale internationale grâce au site Web : spotthestation.nasa.gov, suggère Hélène Gamache, présidente du club Cassiopée. Il suffit d’indiquer la ville où on se trouve et le site fournit les dates, les heures et les orientations propices à apercevoir ce point rapide et lumineux dans le ciel.

Également, on peut toujours s’amuser à repérer les constellations, telle Persée en direction nord-est d’où arriveront les perséides.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’on peut voir des aurores boréales sans quitter la ville, quand les conditions sont réunies. Comme pour la station spatiale internationale, il existe des sites Internet et des applications pour tenter de prédire les aurores boréales, notamment l’application gratuite My Aurora Forecast qui indique le taux de probabilité de voir une aurore boréale dans votre secteur. L’indice kp mesure cette probabilité sur une échelle de 0 à 9; en bas de 2, les chances d’en apercevoir sont faibles. D’ailleurs, cette année ne sera pas optimale pour les aurores boréales qui apparaissent selon l’activité du soleil qui lui suit un cycle de 11 ans, prévient le président du club Véga.

La galaxie d’Andromède.

Où aller?

C’est au du bout du quai de Saint-Michel-de-Bellechasse que la présidente du club Cassiopée se rend pour observer les aurores boréales. Même sans aurore, il s’agit d’un lieu assez écarté de la lumière de la ville pour s’adonner à l’observation du ciel.

Certaines bases de plein air de Québec ont des terrains assez écartés de la pollution lumineuse pour permettre une observation du ciel intéressante. L’observatoire situé sur la base de plein air La Découverte à Val-Bélair ne sera pas accessible au public, mais le site est tout de même propice à l’observation du ciel nocturne.

La station touristique Duchesnay est également un endroit commode pour observer les étoiles. Malgré le contexte, la station a réussi à maintenir une activité pour le passage tant attendu des perséides. De plus en plus populaires avec les années, les trois soirées d’observation du ciel sur planche à pagayer debout sur le lac Saint-Joseph sont déjà complètes. Cela étant dit, il s’agit tout de même d’un bon endroit pour admirer le passage des perséides.

Aurore boréale photographiée au quai de Saint-Michel-de-Bellechasse.

Située entre Saint-Augustin et Neuville, la réserve naturelle du Marais-Léon-Provancher est une autre option pour observer l’essaim de météores en août. À partir de la digue du marais, on peut voir environ 60 % du ciel, estime la coordonnatrice de la Société Provancher, Pascale Forget, qui précise qu’il est interdit de faire du camping ou d’allumer un feu de camp sur ce site.

À moins d’une heure de Québec, dans le parc de la Jacques-Cartier, le Camp Mercier est librement accessible et souvent cité par les astronomes amateurs comme un bon endroit pour regarder le ciel. Toutefois, des travaux de reconstruction en cours rendent le lieu un peu moins charmant en ce moment.

Le club d’astronomie du Ciel étoilé de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud a installé des observatoires sur un site mis à leur disposition par la MRC de Montmagny. En contactant ce club, vous obtiendrez les informations pour vous rendre et quelques chanceux (nombre limité en raison du contexte sanitaire) pourront même accéder au matériel astronomique, informe Martin Aubé, membre du club du Ciel étoilé. Contact : cieletoilestpierre@gmail.com

Les astronomes amateurs se donnent aussi rendez-vous au bout de routes de campagne, à l’abri de la lumière des villes. Le bout du chemin de Plaisance Ouest près de Lévis est notamment un point de rencontre pour les membres du club Mars. «Il s’agit d’un excellent compromis entre distance et ciel noir», commente leur président, Martin Roy. Le bout du rang 3 à Saint-Agapit est également un lieu prisé des astronomes amateurs de la région.

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Cette photo de la nébuleuse de la trompe d’éléphant prise par Daniel Beaulieu a été choisie par la revue SkyNews comme photo de la semaine en mai 2019.

CAPTURER LA BEAUTÉ DU CIEL

C’est sans surprise qu’on retrouve dans les clubs d’astronomie des astrophotographes qui tentent de capturer les splendeurs qu’ils observent afin de les partager. 

Pour débuter en astrophotographie, on peut se munir d’un trépied, d’une caméra réflexe ou hybride avec l’option pose B et d’un déclencheur à distance. Une durée d’exposition de 15 secondes suffira pour capter les objets visibles à l’œil nu, explique Philippe Moussette qui pratique l’astrophotographie depuis 1998.

La prochaine étape consiste à se munir d’une monture motorisée autoguidée qui, coordonnée avec l’étoile Polaire, suivra le mouvement de rotation de la Terre durant le temps d’exposition de la photo qui sera alors d’une minute ou deux.

Vient ensuite l’astrophotographie avec télescope qui demande une grosse monture équatoriale motorisée et un système de guidage, tel un ordinateur avec caméra guide, pour suivre le mouvement de la Terre de manière encore plus précise. À ce niveau, on peut photographier des objets plus lointains qui exigent des temps d’exposition de 5 à 10 minutes.

Cette photo d’aurore boréale prise par Philippe Moussette a fait la une du Soleil le 7 novembre 2004.

Ciel profond

Pour photographier des objets lointains, Daniel Beaulieu peut passer 4 à 5 heures à prendre des photos du même sujet. Il assemble ensuite les photos grâce à un logiciel de traitement d’image pour n’en faire qu’une seule. «Il faut toujours s’assurer qu’on n’exagère pas les détails», précise l’astrophotographe membre du club io. La tentation est grande d’embellir les photos, puisqu’elles rendent rarement toutes la splendeur du sujet. Il faut donc beaucoup de pratique et de patience pour obtenir des résultats intéressants. 

Six années auront été nécessaires à Daniel Beaulieu avant de voir sa première photo publiée en 2019 sur Sky News qui organise chaque semaine un concours d’astrophotographie amateur. En février 2020, Sky News a encore choisi de publier une photo de Daniel Beaulieu et, cette fois, la photo est en lice pour la meilleure photo de l’année dans la catégorie «ciel profond». Le public pouvait voter tout au long du mois du juillet et les résultats seront connus en octobre.

Astrophotographe de banlieue

Étonnamment, Daniel Beaulieu ne s’éloigne pas de Québec pour prendre ses clichés. «Je fais principalement mes photos dans un ciel urbain pollué par la lumière, dévoile l’astrophotographe membre du club io. Toutes mes photos sont prises à partir d’un ciel de banlieue à Québec.»

Il faut dire que Daniel Beaulieu détient un équipement de qualité et une technique de traitement qui lui permettent de réduire l’impact de la pollution lumineuse sur ses photos. Il remarque d’ailleurs qu’il n’est pas le seul à se contenter d’un ciel urbain; à travers le monde, des photos de qualité sont prises depuis des centres-ville, comme à Bruxelles, mentionne-t-il.

Cette photo de la nébuleuse NGC-1491 prise par Daniel Beaulieu a été choisie par la revue SkyNews comme photo de la semaine en février 2020.