Ève Salvail
Ève Salvail

Dans la tête de la top-modèle Ève Salvail

Caroline Grégoire
Caroline Grégoire
Le Soleil
Ève Salvail vit sous les flashs depuis les années 1990. Mannequin internationale, elle se démarque par son allure unique au crâne rasé et au tatouage de dragon. Elle vient de lancer sa biographie Sois toi et t’es belle, un recueil qui se veut un partage entre ses histoires de carrière et le parcours d’une vie marquée par les échecs. Une rencontre avec Le Mag qui a permis de découvrir une femme actuelle et une artiste pluridisciplinaire pleine de projets.

Le récit biographique d’Ève Salvail se veut une ode aux aléas d’une vie digne d’un roman. Adoptée par des parents artistes, elle passe son enfance à Matane. À la suite d’une participation au concours «Devenez mannequin» du magazine Clin d’œil, elle reçoit un prix pour sa photogénie et entame une carrière à Montréal puis au Japon. Cette entrée dans le monde de la mode lui apporte un certain succès.

Lors de ce premier séjour à Tokyo, l’idée lui vient de devenir le premier mannequin au crâne rasé et tatoué. Ce geste apparaît audacieux auprès de ses agents. Nous sommes en 1992. Que ce soit à Montréal ou en Asie, on la laisse tomber. Elle se retrouve sans représentation.

De retour à Montréal, tous croient sa carrière terminée. Il suffira du passage de Jean-Paul Gaultier à Montréal. Il découvre sur les murs d’un restaurant des clichés de la belle par le photographe Carl Lessard. Coup de foudre. Elle sera la vedette de son prochain défilé et deviendra une de ses muses.

Du jour au lendemain, sa carrière stellaire est lancée. Il aura suffi d’un défilé. «J’avais la conviction que j’allais devenir le premier mannequin au crâne rasé. Je n’avais pas peur. Je me dis “wow” en pensant à la façon dont les étoiles se sont alignées», relate-t-elle.

Un style unique

Au fil des années, elle devient une figure au style unique. Avec sa taille fine en opposition aux courants de mode de la femme fatale, elle incarne l’archétype du mannequin brindille. Et ce crâne rasé est un point focal pour les créateurs. En plus de charmer Jean-Paul Gaultier, on la retrouve chez les plus grands noms : Chanel, Versace, Mugler, Armani, Prada, Donna Karan, Paco Rabane ou Christian Lacroix.

En plus de sur les passerelles, on la voit aussi sur papier glacé. Ève excelle au jeu de la pose et de l’image. Dans son jeune âge, elle a apprivoisé la photographie en devenant le modèle de prédilection de son père.


« Les mannequins de mon âge reviennent à la mode. Les filles avec qui je travaillais sont de retour! »
Ève Salvail

Ève Salvail est plus qu’une figure de mode. Elle touche à plusieurs sphères du domaine artistique. Elle possède un talent pour le dessin; ses cahiers l’accompagnent partout. Le cinéma s’intéresse à elle. Ève possède une voix et un talent musical qui se traduiront par une carrière de DJ.

La vie, les échecs…

Sa vie personnelle a connu des frasques, dont une période d’excès et de consommation. Aujourd’hui sobre, elle partage ses expériences sous forme de conférence sur le thème de l’échec et sa perception. Cette conférence a d’ailleurs été l’un des éléments déclencheurs de l’écriture de sa biographie. «Un ami a vu ma conférence sur l’échec et la perception de l’échec. Il m’a conseillé d’écrire un livre», dit-elle.

Sois toi et t’es belle connaît un bon rayonnement. Il sera lancé en Europe. Une tournée médiatique débutera en France le 18 février durant la semaine de la mode de Paris. Elle affirme toujours aimer les séances de photos et se dit prête pour un retour sur les podiums internationaux en marge de la distribution de son livre en Europe.

«Les mannequins de mon âge reviennent à la mode. Les filles avec qui je travaillais sont de retour!»

<em>Sois toi et t'es belle</em> par Ève Salvail, Éditions de l'Homme, 29,99 $

Elle nous parle de la possibilité d’une traduction anglaise. «Il faut que ça sorte aux États-Unis. J’ai vécu 23 ans à New York, j’ai des demandes pour la traduction.» Pour l’instant, la pandémie bouleversant tout, son seul souhait est la santé des gens.

Au-delà de l’emblématique mannequin tatouée, on découvre une Ève Salvail aux multiples facettes, tant sur le plan professionnel que personnel. Mais hors de question de ne pas lui demander quelques conseils avant de conclure notre conversation…

Quel conseil donnerais-tu à une aspirante mannequin?
«Je recommande Tokyo. Chaque audition est faite de façon encadrée. Il y a peu de criminalité dans cette culture basée sur le respect. La société est très calme et respectueuse. J’ai trouvé cela fascinant.»

Sera-t-il possible de te voir un jour avec les cheveux longs?
«J’ai essayé de les laisser pousser pour les 20 ans de Leucan. Le confinement est arrivé, j’ai fait ma teinture et ma coupe de cheveux maison, au-dessus du lavabo. C’était tout croche. J’ai finalement tout rasé. Professionnellement, je ne peux pas avoir les cheveux longs. Ma marque de commerce est le tatouage. On me demande toujours de raser au moins les côtés pour le voir.»

La dépense extravagante que tu as faite?
«Mon premier veston Jean-Paul Gaultier, à la suite de mon premier défilé. Il était dans la vitrine, c’était un veston pour homme que j’ai payé 1700 $, soit environ l’équivalent de mon cachet de défilé. Je n’ai pas fait une cenne avec mon premier show...»

La tendance que tu ne portes pas?
«Je ne suis pas vraiment une fille de jeans ou de t-shirt. J’ai mon propre style.»

Question pour DJ Ève: comment fait-on pour réussir une fête?
«Il faut faire danser les femmes! Les gars restent plus longtemps et ils ont tendance à payer plus de cocktails aux dames qui, elles, continuent de danser.»

Entendrons-nous un jour Ève chanter?
«Je trouve ça intimidant malgré ma qualité de voix. Je continue, mais je suis gênée.»

Un ami a un problème de consommation, on fait quoi?
«Demande de l’aide. Demande de l’aide. Demande de l’aide. Demande de l’aide, parles-en! Dépendance, violence conjugale, tout ce qui est un problème, tu en parles à quelqu’un.»

Que dirais-tu à Ève à 18 ans qui s’apprête à devenir mannequin?
«Je ne dis rien. Je la regarde et je rigole. Je sais qu’elle va y arriver.»

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Les manteaux hoodies de la collection d'Ève Salvail avec le créateur Pascal Labelle.

Ève Salvail, créatrice de mode

Ce projet cher aux yeux d’Ève a vu le jour après deux années. Essuyant refus par-dessus refus de la part des distributeurs, une rencontre avec le créateur de manteaux Pascal Labelle a permis à sa collection d'enfin voir le jour.

Le concept est de proposer des manteaux hoodies assez chics pour être porté lors d’événements spéciaux. «Ève m’a confié son désir d’avoir une ligne à son image avec son dragon comme effigie», nous raconte le designer.

Voici donc la pensée d’Ève avec le savoir-faire de Pascal Labelle. La collection présente quatre modèles, trois vestes pour femmes et une pour homme. Chaque pièce est confectionnée sur mesure.

Info : pascallabelle.com