Concierge à domicile: du temps en banque

Rêvons un peu. Avoir quelqu’un pour changer les pneus, magasiner les cadeaux de Noël, commander la bûche, préparer le chalet pour l’hiver. Bref, nous libérer du temps. Voilà un aperçu de ce que proposent les entreprises de conciergerie à domicile. Un service à la carte ou à forfait plus courant aux États-Unis et en Europe, qui fait doucement sa place au Québec.

Après plus de 20 ans de carrière comme agent manufacturier, Joane Cantin s’est retrouvée à la maison. Elle s’est occupée de ses enfants, «une job à temps plein» et a combattu un cancer du sein. Cette expérience de vie l’a menée à fonder Espace Concierge, à Québec, il y a deux ans, pour accompagner les gens dans le brouhaha du quotidien.

On connaît les concierges d’immeuble, les concierges d’hôtel aux petits soins des clients, mais moins les concierges à domicile. Leur mission: trouver des solutions à divers problèmes et désengorger la liste de choses à faire pour permettre aux gens de profiter de leur maison, de leur chalet, de leur vie de famille.

Avec son équipe de huit sous-traitants, souvent des gens à la retraite, Joane Cantin offre toute une gamme de services: entretien ménager, homme à tout faire, chauffeur et commissionnaire, soins esthétiques, alouette! 

Le jour de l’entrevue, une dame de compagnie allait chez une cliente âgée qui ne conduit plus sa voiture. Au programme : aller chercher des appareils auditifs, comprendre comment les mettre et les nettoyer pour réexpliquer à la cliente qui perd la mémoire, faire l’épicerie et partir une brassée de lavage.

Dans une jeune famille, une autre dame reçoit le vendredi matin la commande d’épicerie faite en ligne, range le tout, change les lits pour permettre aux parents de consacrer leur fin de semaine aux enfants.

«C’est du temps en banque. Je vends du temps», résume Joane Cantin, qui accompagne elle-même des gens à leur traitement de  radiothérapie, en évitant le stress du trafic et du stationnement.


« C’est du temps en banque. Je vends du temps »
Joane Cantin, fondatrice d’Espace Concierge, à Québec

Elle offre aussi ses services d’assistante personnelle, par exemple pour des gens fortunés qui viennent en vacances à Québec et ont besoin d’une gardienne. Ou des gens d’affaires relocalisés dans la capitale qui cherchent une aide ménagère, une gardienne, un menuisier…

Elle fait aussi des décors d’Halloween, de Noël, peut organiser un brunch du réveillon avec tout le repas et un violoniste sur place. 

La demande la plus spéciale reçue par Espace Concierge? Deux jeunes femmes de l’extérieur étaient en ville pour une chirurgie esthétique. Elles avaient besoin de la signature de quelqu’un pour autoriser leur départ de la clinique, ce que ne peut pas faire un chauffeur de taxi. Joane Cantin les a prises en charge, jusqu’à préparer leur chambre d’hôtel.

«Ça peut être ponctuel, il n’y a pas d’abonnement. C’est archipersonnalisé.» 

Quand elle reçoit une demande, elle se déplace pour une première rencontre et évaluer les besoins. Puis elle y retourne avec un membre de son équipe pour faire les présentations. Les antécédents de tous les employés d’Espace Concierge sont vérifiés par une compagnie qui remet un certificat de bonne conduite. Dans sa clientèle, il y a des gens âgés ou fortunés qui ont besoin de se faire rassurer, souligne Joane Cantin, qui tient à ce sceau.

Joan Cantin

Elle estime que ses services sont «accessibles» et «pas seulement pour les riches». Elle-même demande 45$/h pour son service d’assistance personnelle et de planification d’événement, 35$/h pour les services de surveillance de maison, de chauffeur, de commissionnaire et d’homme à tout faire (au-delà de 4h), 30$/h pour une dame de compagnie, 26$/h pour l’entretien ménager et un taux fixe de 75$ pour pédicure à domicile et soins de pieds complets.

Dès la mi-janvier, elle prévoit ajouter un menu pour 4 à 6 personnes sur 5 jours au coût de 200$. Des soupers «réconfortants» à mettre simplement au four, mais plus haut de gamme que les produits prêt-à-manger vendus en épicerie, dit-elle en évoquant un pâté chinois au canard effiloché. Pour avoir déjà offert un menu hebdomadaire dans le passé, elle note une forte demande chez sa jeune clientèle.

Certes, il existe sur le marché une panoplie de services à domicile: traiteur, entretien ménager, menus travaux, transport, toilettage pour animaux, stylisme… Mais ils sont offerts séparément, souligne Joane Cantin. «Avec Espace Concierge, ils se retrouvent tous sous un même toit, à la carte. Les clients profitent de différents services et sont facturés une fois par mois.»

Info: espaceconcierge.com

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BUTLER'S CLUB: LE QUÉBEC, UN MARCHÉ À DÉVELOPPER

Dans certains pays comme la Suisse, les compagnies de conciergerie sont très développées. Au Québec, le marché en est à ses balbutiements, remarque Jean-Hugues Coudry, président du Butler’s Club, fondé à Montréal en 2005.

Il était sur les bancs d’école quand l’idée d’une compagnie de conciergerie a germé. Pour un projet universitaire en entrepreneurship finances à HEC Montréal, il voulait offrir des services haut de gamme aux résidences pour personnes âgées. En cours de route, l’intérêt suscité a débordé du cadre et sa clientèle a bifurqué. Il sert aujourd’hui plus de professionnels, voire de jeunes professionnels du monde des affaires.

Il existe aussi un marché pour monsieur et madame Tout-le-Monde. «Tout est une question de temps. Pour un client de la classe moyenne, c’est parfois plus avantageux de passer 4 heures au bureau que d’aller perdre 4 heures au garage, le calcul se fait facilement.» 


« On fait tout ce que les clients n’ont pas le temps de faire, pas le goût de faire »
Jean-Hugues Coudry, président du Butler’s Club

Il ajoute qu’avec la pénurie de main-d’œuvre, beaucoup de gens ont perdu leur plombier, leur électricien et ne savent plus vers qui se tourner. «Un bureau comme le nôtre chapeaute tout ça et évite de courir à gauche et à droite pour trouver une personne de confiance.» 

Le Butler’s Club n’offre toutefois plus de forfait à la carte, mais un forfait minimal sur une base régulière.

«Partenaire» de vie

Nœud papillon et gants blancs? Très peu pour le Butler’s Club (qu’on peut traduire par le Club des majordomes). Les employés ne sont pas juste des «yes men», mais des «partenaires» de vie, insiste Jean-Hugues Coudry. «On devient des amis, on rencontre les enfants, la famille. La relation est beaucoup plus agréable.» 

Un lien de confiance s’est forgé avec le temps. Si bien qu’avec les Fêtes qui approchent, le Butler’s Club connaît ses clients «dernière minute»… et a déjà commandé les bûches de Noël selon les goûts.

Décembre est aussi la période de magasinage des Fêtes. Certains fournissent des listes précises aux coursiers. D’autres demandent des idées pour des neveux et nièces de tel âge. «À date, le taux de succès est bon», note Jean-Hugues Coudry, en comptant sur les employés qui ont des enfants et connaissent les tendances. Les cadeaux sont emballés et identifiés, le service est clé en main.

Après le temps des Fêtes, certains clients partent en vacances au chalet. Le Butler’s Club offre un service de sécurité et de surveillance résidentielle. «La seule chose qu’on ne fait pas est le ménage.»

Le Butler’s Club a déjà eu une équipe à Québec. La demande venait souvent des parents de clients montréalais, indique Jean-Hugues Coudry. Face à la croissance du marché dans la métropole, l’entreprise a toutefois décidé d’y concentrer ses ressources pour le moment. Il existe toutefois un bureau satellite qui se déplace selon les besoins dans la région.