Les arancinis, baptisés «Lingots d’orge», sont servis avec une purée de panais et faits à base d’orgeotto, avec champignons, oignons et tartufata.
Les arancinis, baptisés «Lingots d’orge», sont servis avec une purée de panais et faits à base d’orgeotto, avec champignons, oignons et tartufata.

Brasserie générale: les ailes du désir

CRITIQUE / Tout a commencé par une splendide fin de journée d’été. David et moi étions allés boire une pinte ou deux dans la salle inondée de soleil de la Brasserie générale, qui a succédé au Louénok dans un bâtiment neuf près de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. L’endroit était bondé de joyeux adeptes du 5 à 7, la bière était bonne, le service plus qu’aimable, et pour combler un petit creux, nous avions commandé des ailes de canard général Tao et sésame. La première bouchée avait failli nous jeter en bas de nos tabourets. Notre voisin de comptoir, qui se léchait les doigts après avoir terminé la même entrée, nous avait glissé : «C’est quelque chose, hein?» En effet, ça l’était.

Je m’étais alors juré qu’on reviendrait pour un souper en bonne et due forme. J’avais mené ma petite enquête, et découvert que le chef de ce pub, Jason Aubut, provenait des cuisines du Patente et Machin — il a depuis été remplacé par Jossimar Portacarrero.

La vie étant ce qu’elle est, ça aura pris six mois avant que j’y remette les pieds, dans un tout autre cadre : neige, noirceur installée dès 16h30 et salle quasi déserte, hormis notre tablée de six. En ce samedi soir suspendu entre Noël et le jour de l’An, l’une des serveuses semblait d’ailleurs n’avoir qu’une envie : rentrer chez elle.

Des hauts, des bas

Des plaisirs à boire, brassés maison ou non, il y en a ici tout un éventail. Bière de glace à la cerise, stout, IPA, brown ale au café, bitter et autres sûres composent une carte consistante, bonifiée par des spiritueux québécois et des shooters à la bière. Mes comparses ont bien aimé leur Ïzy, une session IPA rafraîchissante, mais ma Pignon sur rue (une saison houblonnée au Galaxy) manquait de cette acidité qui appelle irrésistiblement la gorgée suivante.

Côté bouffe, burgers (végé ou non), côtes levées et poutine côtoient un fish’n’chips, des tartares et un cassoulet convenant parfaitement à la météo. Sans oublier les ailes... Il fallait les commander de nouveau, savoureux souvenir oblige. Petite déception : elles étaient un brin sèches, moins bien nappées de cette incroyable sauce sucrée vinaigrée qui leur donnait un fini caramélisé lors de notre première rencontre. Cette fois, ce sont les arancinis, baptisés «Lingots d’orge», qui m’ont ravie. Servis avec une purée de panais et faits à base d’orgeotto plutôt que de risotto, ils contenaient champignons, oignons et tartufata, et leur coque était frite à la perfection. Un peu plus de fromage pour plus d’onctuosité, et ils auraient été impeccables.

Même si nous n’étions pas plus qu’une dizaine de clients, l’attente de nos plats principaux a été plus que longue. Le burger de David en a souffert : son séjour prolongé sous le réchaud a durci son pain brioché. Mis à part ce défaut, il était fort réussi, avec sa galette de bœuf tendre, son oignon français, sa relish de poivrons rôtis, sa mayo au cari et sa salade de chou. Les frites étaient bonnes, mais peu nombreuses et tièdes (un commentaire sur leur température nous a d’ailleurs valu un rabais sur notre facture, une attention appréciée).

Contenant une saucisse de porc à la bière S.I.R. Popov confectionnée par les Délices de Charlevoix, mon cassoulet était satisfaisant, ses vedettes demeurant ses tranches de flanc de porc au riche goût d’anis et de sirop d’érable. Puisque j’adore le poulet frit, j’en avais commandé un pilon en extra; pas mal, mais son absence de panure le classe plutôt dans la catégorie poulet rôti.

Il n’y avait qu’un dessert au menu — une tarte aux pommes —, nous étions trois à en vouloir, il ne restait qu’une part, nous l’avons partagée, et c’était très bien comme ça car elle n’était pas particulièrement digne de mention.

Bref, ce fut un souper en montagnes russes. Les petits défauts des plats sont pardonnables : ils ne relèvent pas d’une conception ratée, mais de quelques failles dans l’exécution — j’ai d’ailleurs appris plus tard que le chef est en voyage pour quelques semaines; les choses sont probablement fort différentes quand il est en cuisine. C’est surtout le service, lent et pas toujours sympathique, qui a plombé notre humeur. Disons que ça sentait la soirée où le cœur n’y était pas trop. Tout le monde a ses mauvais jours. Les restos aussi.

La Brasserie générale, qui a succédé au Louénok dans un bâtiment neuf près de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus.

Brasserie générale
1165, 18e Rue
418 204-2031
brasseriegenerale.com

> Ouvert le soir du lundi au samedi et le midi du lundi au vendredi

Bières de 5,50 $ à 25 $
Plats de 13 $ à 26 $

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool : 73,88 $ (pour deux entrées, deux plats, un extra et un dessert)

Bravo : Pour la carte des bières très variée et les ingrédients de qualité à la base des plats.
Bof : Ce serait bien d’annoncer les promotions aux clients avant qu’ils commandent; nous avons appris au moment de payer que nous avions droit au tarif spécial «table d’hôte pintes», chose dont nous n’avions pas entendu parler auparavant.