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Philippe Wouters
Coopérative nationale de l'information indépendante
Philippe Wouters

Une drôle d’année 2020

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CHRONIQUE / Pour cette dernière chronique de l’année, l’habitude est prise de vous présenter les faits saillants et les dossiers à retenir pour 2021. L’année fut particulière, la crise de la COVID-19 a chamboulé le quotidien des gens, mais aussi des acteurs du monde de l’alcool. Rétrospective d’une année charnière.

Je change de chapeau pour porter celui d’analyste de marché et observateur de tendances, le temps d’une chronique. Derrière ma passion pour la bière se cache un intérêt pour le marché de l’alcool au Québec. Rares sont les chroniqueurs qui s’intéressent au sujet, mais il faut avouer qu’il est très complexe et souvent rébarbatif.

On retiendra l’année 2020 comme celle de l’adaptation, mais surtout de l’arrivée du Québec au 21e siècle. Une arrivée très timide, certes, car notre législation face à l’alcool est déficiente et obsolète.

Lorsque le gouvernement a décidé de maintenir ouvertes les succursales de la SAQ, elle a également autorisé les détenteurs de permis de production à continuer de produire, distribuer et vendre. Une question d’équité. De nombreuses brasseries industrielles ont pu profiter de l’intérêt soudain des Québécois à consommer local, voire régional. Des augmentations de ventes non négligeables en temps de crise. Même son de cloche du côté des vignobles et distilleries.

Du côté des restaurants et des bars, l’ambiance était beaucoup plus morose et les récents propos du directeur de la Santé publique en commission parlementaire ont sonné le glas de plusieurs milliers de propriétaires et entrepreneurs, y compris parmi les détenteurs de permis de brassage artisanal, qui n’avaient pas le droit de vendre leur production en dehors de leurs murs.

Sont arrivées les dernières modifications à la loi, votée la semaine dernière, autorisant les restaurants à vendre de l’alcool sans vendre de nourriture, à distribuer — par l’entremise d’un tiers — de l’alcool avec des aliments, et permettant aux brasseurs artisans de distribuer leur production aux détenteurs de permis de vente d’alcool.

Détrompez-vous, il ne s’agissait pas forcément de modifications de dernière minute, mais de demandes des diverses associations depuis plus de 20 ans. Rien de nouveau dans le milieu.

Par contre, c’est une véritable boîte de Pandore que vient d’ouvrir le gouvernement. Les restaurateurs et brasseurs artisans peuvent savourer une légère victoire, ils ont eu gain de cause sur différents dossiers, mais les modifications aux diverses dispositions de la loi ouvrent des brèches que d’autres associations n’hésiteront pas à souligner dans les prochains mois.

Par exemple, les brasseurs industriels, qui se demandent s’il y a encore pertinence d’avoir deux types de permis, et les détaillants, qui revendiquent depuis longtemps le droit de vendre de la bière en fût. Mais je remarque surtout le manque de clarté quant à la définition d’un « tiers » dans les nouvelles dispositions de la loi, laissant place à l’interprétation. Un dossier à suivre en 2021.

L'espace tablette

Le phénomène n’est pas nouveau, mais la crise de la COVID a accentué la problématique : de l’espace tablette, il n’y en a plus. Le marché C.A.D. (consommation à domicile) est très sollicité, les brasseries doivent donc rivaliser d’astuces commerciales et d’ententes. L’année prochaine sera déterminante pour plusieurs. Il ne suffit pas de brasser la meilleure bière pour la vendre; il faut aussi être en mesure de la mettre dans le panier du consommateur.

Alors que les brasseries indépendantes critiquaient les efforts commerciaux des grands brasseurs il y a quelques années, il est de moins en moins rare de voir des initiatives semblables provenant des mêmes microbrasseries. Les défis sont nombreux. La tendance de proposer de plus en plus de nouveautés, la crise des formats et le prix moyen des bières seront autant de défis que devront rencontrer les brasseries qui misent sur une distribution plus large.

J’en profite pour vous souhaiter un très agréable temps des Fêtes et vous inviter à faire de belles découvertes auprès de nos artisans du terroir. On se donne rendez-vous l’année prochaine.