Philippe Wouters
Coopérative nationale de l'information indépendante
Philippe Wouters
La ferme du Tarieu
La ferme du Tarieu

Les fermes brasseries: un retour aux sources

CHRONIQUE / Historiquement, la brasserie n’était jamais bien loin de la ferme. Pour brasser de la bière, il fallait semer, récolter et malter la céréale. La ferme brasserie était donc très populaire aux 18e et 19e siècles, permettant aussi d’offrir du travail aux gens de la ferme pendant les longs mois d’hiver.

La révolution microbrassicole des années 70 a transformé un modèle d’affaire gigantesque — les grandes brasseries — en modèle plus artisanal et aux dimensions plus modestes : les microbrasseries. Mais l’environnement était sensiblement le même: une zone industrielle ou commerciale, proche d’un grand centre, loin des champs. C’est dans le nord de la France, en Belgique et en Allemagne qu’on retrouve encore des fermes brasseries qui ont réussi à passer à travers le temps et les périodes plus noires de la bière artisanale.

Aujourd’hui, de réelles fermes brasseries apparaissent dans les régions du monde où la bière de microbrasserie gagne en popularité. Un retour aux sources, appuyé par le mouvement de plus en plus populaire d’acheter et consommer local. Le Québec n’y échappe pas.

Sur la route entre Québec et Trois-Rivières, sur le bord de l’autoroute 40, se dresse une nouvelle microbrasserie-distillerie qui se veut une vraie ferme brasserie. Une brasserie située sur les terres de la ferme familiale et menée par la 4e génération de fermiers : Alexandre Perreault et son associé Maxime Carpentier. En activité depuis décembre 2019, la brasserie La ferme du Tarieu fait pousser son orge, le fait malter en sous-traitance — le maltage est une expertise à part entière — et brasse des bières avec les ingrédients de la ferme, tout en continuant à faire vivre la ferme et à produire 50 tonnes de malt pour les besoins de la brasserie.

En guise de salle de brassage et salon de dégustation, un majestueux bâtiment — rappelant les granges de couleur rouge qui se repèrent de loin — est stratégiquement placé à la sortie de l’autoroute 40 et au croisement d’une des pistes de motoneige les plus fréquentées l’hiver. À l’intérieur, on y retrouve un petit magasin proposant les bières brassées sur place, un salon de dégustation et une cuisine tenue par des passionnés de la gastronomie qui ne sont pas les brasseurs. «On voulait offrir une carte intéressante, mais ne pas s’en occuper, car ce n’était pas notre expertise», indiquent les associés. Un choix judicieux qui permet de se consacrer aux bières et, dans un futur proche, à la distillerie.

Et côté bière, les deux jeunes copropriétaires ont su se démarquer assez rapidement et s’assurer d’offrir une gamme qui plaît à une grande majorité de consommateurs. «Nous avons une clientèle qui travaille dans la région et qui ne consomme pas le même genre de bière que les consommateurs avertis. On veut offrir une palette de goûts pour tout le monde». Le pari est réussi.

La ferme du Tarieu

Mention spéciale à la Brown Ale Jersey, légère en entrée de bouche, mais si complexe jusqu’à la dernière gorgée, laissant apparaître de belles notes de biscuits et de pain grillé. Et La Terre d’Henri, une blonde allemande d’inspiration köslch, ne trahissait pas le jeune âge de la brasserie, bien au contraire.

Difficile de brasser ce genre de bières; les deux jeunes brasseurs passionnés s’en sortent très bien. Autre mention spéciale à la Hâche-paille — une collaboration avec la brasserie artisanale Gambrinus de Trois-Rivières — et à la méthode particulière d’avoir déposé des pailles de brin d’orge au fond de la cuve pendant le brassage. On retrouve justement un agréable goût de paille sèche au fond d’une grange un beau jour d’été.

La terrasse à côté de la grange, le petit champ d’orge en face (pour rappeler la vocation de la brasserie et s’assurer d’en avoir tout le temps en culture) et la houblonnière en arrière vous feront vivre une expérience visuelle et sensorielle complète.

Voilà un très sympathique nouvel arrêt sur la route des vacances au Québec.

La ferme du Tarieu
705, 2e Avenue
Sainte-Anne-de-la-Pérade
G0X 2J0