Philippe Wouters
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Il est grand temps que la SAQ prenne les amateurs de bière au sérieux, selon Philippe Wouters.
Il est grand temps que la SAQ prenne les amateurs de bière au sérieux, selon Philippe Wouters.

La SAQ ne comprend toujours pas

CHRONIQUE / Le mardi 29 septembre à 10h devait se tenir une vente en ligne de bières importées très recherchées par les amateurs avertis du monde entier, y compris du Québec. Mais le mardi 29 septembre à 10h, le serveur de la SAQ a planté...

Gueuzes, krieks, lambics et autres bières affinées étaient annoncées sur le site de la SAQ et dans une publication Facebook. On nous promettait « une sélection de bières de caractère acclamées par la critique et jouissant d’une solide réputation ».

Des bières rares de la très réputée Brasserie Cantillon, des lambics affinés de chez 3 Fonteinen et d’autres produits du monde entier. Des produits recherchés par des milliers d’amateurs de bière. Des milliers.

Mais le mardi 29 septembre à 10h, le serveur de la SAQ a encore planté.

Ce n’est pas la première vente de ce genre qui se termine en fiasco. C’est la quatrième. Les passionnés de bière du Québec sont déçus, je dirais même tannés.

Qu’est-ce que la SAQ ne comprend pas ? Quatre fois, elle a voulu vendre ce genre de bières rares via son site Internet et quatre fois, son site internet et son processus de sélection, de mise en panier et de paiement ont fait chou blanc.

Il est grand temps que la SAQ prenne les amateurs de bière au sérieux.

Les excuses n’ont pas été bien longues à venir après l’apparition des premières pages d’erreur sur le site. L’équipe des médias sociaux de la société d’État a travaillé fort, très fort. Mais les plus exigeants des amateurs n’ont pas accepté ces excuses, signe d’un ras-le-bol général.

Le fiasco de l’opération aurait pu passer inaperçu, mais la vente de bières importées par une agence est un privilège réservé à la société d’État. Il n’y a pas d’autres moyens de se procurer ce genre de bières, donc, la notion de libre concurrence et de solutions alternatives n’existe pas. C’est la SAQ ou rien.

En fait, presque rien, puisque certains restaurants ont accès à la liste des bières importées et peuvent les offrir à leurs clients. Mais impossible pour le grand public d’en acheter pour de la vente à emporter, par exemple.

Je serais de mauvaise foi de dire que la SAQ ne travaille pas pour régler le problème, car il y a effectivement une volonté de s’améliorer.

Mais la SAQ ne comprend pas la culture bière, ses artisans et, surtout, ses consommateurs. Elle a toujours eu une philosophie très orientée sur le vin; c’est un secret de polichinelle dans le milieu des alcools.

Considérant que les bières importées ont des tarifs beaucoup plus bas que les vins les plus recherchés, le nombre de consommateurs intéressés est inversement proportionnel à la différence de prix. Les inviter à « cliquer » sur le site tous en même temps ne fonctionne pas, semble-t-il.

Pourquoi la SAQ n’utilise-t-elle pas ses compétences dans la vente de vins rares pour comprendre le phénomène de la bière? Les consommateurs sont prêts à participer à un tirage au sort pour l’attribution de bouteilles ou à toute autre initiative qui sera, par défaut, beaucoup plus agréable que l’expérience client qu’offre actuellement la SAQ.