La rousse

CHRONIQUE / Fort de mon expérience ces derniers mois à vous faire découvrir les bières du Québec sur le plancher de plusieurs sections bières, vous m’avez surpris à vouloir consommer de plus en plus de bière « rousse ». Analogie d’une couleur qui n’en est pas tout à fait une.

La première bière dite « rousse » au Québec a été brassée et distribuée par les Brasseurs du Nord, sous la marque Boréale, à une époque où la bière de microbrasserie n’avait vraiment pas le vent dans les voiles comme aujourd’hui. Les fondateurs de la brasserie devaient rivaliser avec une clientèle qui avait vu très peu de bières de « couleur » et qui ne semblait pas adopter les habitudes de consommation vers des produits plus savoureux et, parfois, plus alcoolisés que les « blondes » très populaires à l’époque. C’était les années 80.

La révolution microbrassicole avait timidement commencé dans l’Ouest américain et arrivait à peine au Québec. De jeunes brasseurs découvraient l’étendue des styles de bières des pays ayant une grande influence sur la culture bière. La « rousse » s’était inspirée d’une recette de Red Ale, une bière brassée avec des malts caramel, des houblons discrets et une levure assez timide. Une bière de « soif », mais plus traditionnelle. Depuis 30 ans, elle fait partie du paysage brassicole québécois. 

Aujourd’hui, de nombreuses brasseries nous ont proposé — et continuent de le faire — des bières rousses offrant de belles notes de caramel, légèrement amères et au profil aromatique discret. Est-ce que la Red Ale est encore source d’inspiration ? Mes nombreuses discussions avec les brasseurs me laissent croire que non. La source d’inspiration de plusieurs brasseries québécoises — outre le style indiqué sur leurs étiquettes — est le franc succès qu’a remporté la « Rousse » de Boréale ces dernières années. 

D’ailleurs, si on compare les « rousses » du Québec avec différents styles provenant des pays anglo-saxons, on y trouverait souvent un profil de saveurs légèrement plus doux. N’est-ce pas là le signe que les « rousses » du Québec ne sont pas juste une pâle copie d’un style anglais, mais bien une interprétation originale d’une bière devenue référence au Québec. D’autant plus que seul le Québec utilise largement le terme « rousse » sur ses étiquettes. Un sujet de conversation parfait entre amateurs de bières.

Envie d’en savoir plus sur les « rousses » ? En voici trois que je vous invite à découvrir.

Boutefeu

Microbrasserie du Lac St-Jean

Alma

D’inspiration Red Ale, cette rousse du Saguenay est distribuée à l’année. Vous y retrouverez d’agréables notes caramélisées sur un corps pas trop rond et pas trop aqueux. Ne la servez pas trop froide, vous risquez de passer à côté de plein de subtilités aromatiques.

St-Ambroise Rousse

McAuslan

Montréal

Disponible partout au Québec, la St-Ambroise Rousse est la plus ronde des « rousses » présentées dans cette chronique. Au nez, des notes de caramel et de biscuits sont fort agréables. En bouche, l’amertume vient couper légèrement la rondeur des céréales. 

Boréale Rousse

Brasseurs du Nord

Blainville

Je n’allais pas terminer ma chronique sans parler de la mère de toutes les rousses au Québec. À boire dans un verre — et non à la bouteille ou en canette — pour bien profiter de ses arômes subtils et discrets qui se réchauffent avec le temps. Pas trop amère, cette « rousse » a placé la couleur sur l’échiquier complexe de la culture bière au Québec.