La Brown Ale

En pleine activité de dégustations, chez un détaillant spécialisé, on m’a demandé quel était mon style de bière du moment. Sans hésiter, j’ai répondu la Brown Ale. L’antithèse des bières houblonnées. Un peu de simplicité et d’équilibre­, ça fait du bien.

Un peu d’histoire

Historiquement, la Brown Ale est tout simplement une bière brassée exclusivement de malt brun. C’est au 17e siècle, en Angleterre, que le terme commence à être employé. La bière était riche, sucrée et proposée à différents taux d’alcool. Contrairement aux croyances, les bières les plus populaires d’Angleterre étaient très souvent peu houblonnées, mais bien maltées. Comme pour la Pale Ale, les brasseurs ont commencé à privilégier des mélanges de malt pâle et de malt brun, diminuant les coûts de production et les taxes, imposées sur la quantité d’orge utilisée. 

C’est au 20e siècle que plusieurs brasseries vont faire revivre la Brown Ale. On les confondra avec certains stouts, tellement elles sont foncées et sucrées. Mais la plus populaire, celle qui a fait revivre l’appellation, est sans aucun doute la Newcastle Brown Ale. Elle réinvente le style en s’offrant plus pâle, plus sèche et peu fruitée. La Brown Ale contemporaine, comme beaucoup d’autres styles de bières, est donc différente de l’époque.

Un style devenu contemporain

En Amérique du Nord, l’influence du houblon dans la révolution microbrassicole a considérablement ralenti l’essor de la Brown Ale ces dernières années. Depuis peu, on entrevoit un regain de popularité — rafraîchissant — de ce genre de bières, plus maltées que houblonnées. Il faut cependant faire la différence entre une American Brown Ale — le terme utilisé rappelant l’ajout sans demi-mesure de houblon dans la recette — et la English Brown Ale — équilibrée sur le malt et les arômes de biscuits, de pain cuit et de caramel. Je préfère largement la version anglaise.

Mention spéciale à la différence qu’aiment faire les Anglais entre une Brown Ale du Nord et une version du Sud. La première offre des notes subtiles de noix, de noisettes et de biscuits, alors que la seconde présente un profil de caramel cuit, voire de mélasse pour certaines versions. Par contre, aucun arôme de houblon pour les deux versions. C’est le point commun.

Partout dans le monde, on retrouve quelques très agréables Brown Ale comme la Samuel Smith, qui se veut une excellente Brown Ale du Nord ou la Pete’s Wicked Ale, que l’on considère comme la première American Brown Ale des États-Unis.

Un goût de plus en plus recherché

Lorsque très bien brassée, la Brown Ale offre un nez complexe qui demande un peu d’expérience pour profiter de tous les arômes qui s’en dégagent. Le malt le plus souvent utilisé est connu sous le nom de Maris Otter. Développé dans les années 60, il est aujourd’hui la référence lorsqu’il s’agit de brasser des bières anglaises. On retrouvera également du malt caramel et du malt chocolat pour développer les arômes particuliers. Un bon dégustateur est en mesure de donner la recette de malts rien qu’en sentant la bière. Du côté du houblon, on utilise des houblons anglais en faible quantité, ça devrait aider notre dégustateur.

Devant autant de matières premières délicates, il est très difficile de brasser d’excellentes Brown Ale, voilà pourquoi, lorsque j’en déguste une, je respecte considérablement le brasseur, véritable chef d’orchestre des saveurs et arômes de ce style à découvrir. On ne se trompe pas avec une bonne Brown Ale.

SUGGESTIONS DE LA SEMAINE

ORDRE DE TOASTS

Lagabière

Saint-Jean-sur-Richelieu

Description
Une Brown Ale titrant 5 % d’alcool/vol. Vendue en format 500 ml. 

Dégustation
Un petit bijou. J’y retrouve les notes de biscuits, de noix et de malt. La finale est d’une finesse incroyable et la bière propose un voyage à travers les arômes, sur un corps rond, qui changent à chaque gorgée. On passe du biscuit aux fruits en terminant sur une amertume très bien équilibrée.

Accord
Un Fish and chips

MR BROWN

Avant-Garde

Montréal

Description
Titrant 4.5 % d’alcool/vol. Également vendue en format 500 ml

Dégustation
On y respire des notes plus champêtres et terreuses. La noix y est encore bien présente. En bouche, la bière est sur le caramel et les grains rôtis. Moins fruitée que la première, elle est cependant fort intéressante pour l’amateur de bières bien maltées, mais équilibrées. 

Accord
Une soupe d’orge, légèrement fumée.