Philippe Wouters
Coopérative nationale de l'information indépendante
Philippe Wouters
Chaque printemps est attendu avec impatience, la nature se réveille, les animaux d’élevage retrouvent leurs pâturages et les brasseurs redeviennent fermiers… La bière, c’était aussi un moyen d’entretenir un métier pendant les longs mois d’hiver.
Chaque printemps est attendu avec impatience, la nature se réveille, les animaux d’élevage retrouvent leurs pâturages et les brasseurs redeviennent fermiers… La bière, c’était aussi un moyen d’entretenir un métier pendant les longs mois d’hiver.

La bière de mars, tradition peu ancrée au Québec

CHRONIQUE / Chaque printemps est attendu avec impatience, la nature se réveille, les animaux d’élevage retrouvent leurs pâturages et les brasseurs redeviennent fermiers… La bière, c’était aussi un moyen d’entretenir un métier pendant les longs mois d’hiver. Mais le printemps, c’est surtout signe de bière de printemps.

Le Nord de la France a toujours été reconnu pour son univers brassicole et ses brasseries familiales. Dans les années 80-90, lorsque la bière était beaucoup moins populaire et tendance qu’aujourd’hui, se tenaient fièrement plusieurs brasseries de taille modeste qui ont tenu la culture bière de France à bout de bras. Une volonté qui se doit d’être reconnue aujourd’hui.

Depuis des siècles, au printemps, il était coutume de distribuer une bière dite « bière de printemps » ou « bière de mars ». Fraîche, désaltérante et légère, elle est le symbole du réveil après la longue période d’hiver. Une fois la bière brassée et distribuée, le personnel des fermes brasseries quittait tranquillement la salle de brassage pour se diriger vers les champs. Auparavant un mode de vie, elle est très vite devenue un symbole.

Dans les années 80, les brasseries de France ont décidé de ressortir le style des anciens livres de recettes et de proposer des bières en primeur, fraîches et désaltérantes pour souligner le printemps. Mais attention, pas question d’en brasser des quantités astronomiques, la bière se doit d’être exclusive, vendue pour une période déterminée, mais surtout unique. Une décision qui a permis de développer une stratégie commune, et de nombreuses brasseries proposent dorénavant une « bière de mars » ou « bière de printemps » disponible partout en France.

Quelques faits intéressants :

• Souvent dite « bière de mars », l’appellation « bière de printemps » est arrivée un peu plus tard, car elle ne limitait pas uniquement la vente de bière au mois de mars selon la perception populaire.

• Plusieurs considèrent la « bière de mars » du Nord de la France comme une bière de type « Saison », brassée et consommée par les fermiers de Belgique aux siècles derniers. C’est fort probablement vrai, si on se fie au fait que les fermiers belges et les fermiers francais, il y a 200 ans, partageaient les mêmes techniques et les mêmes contraintes de brassage. La saison n’étant pas un style, mais une philosophie de brassage, on peut donc y placer les « bières de mars » ainsi que d’autres bières fermières.

• En Allemagne, il existe également une Marzen bier. Il s’agit plutôt d’une bière brassée en mars, plus houblonnée pour tenir quelques mois en cave pendant le printemps et l’été, période d’interdiction de brassage aux siècles derniers. On l’appelle également « oktoberfest bier », car celle-ci était consommée en octobre, alors qu’il fallait vider les stocks rapidement, avant de recommencer une nouvelle saison de brassage.

• Au Québec, la tradition n’est vraiment pas très populaire. Pourtant, ce ne sont pas les fermes brasseries qui manquent sur le sol québécois.


Cette chronique fera relâche la semaine prochaine. Philippe Wouters sera de retour dans notre édition du samedi 21 mars.