Bière

Trou du Diable – Émotions et inquiétudes

CHRONIQUE / L’achat de la brasserie Trou du Diable par la division Six Pints de Molson­ a créé un tsunami d’émotions dans tout le Québec, mais également ailleurs dans le monde ; les petits gars de Shawinigan étant connus bien plus loin que le poste de Lacolle­. Dans la dernière semaine, j’ai dû lire des centaines de témoignages et réactions. Je profite de cette tribune pour présenter la différence entre une brasserie indépendante et une brasserie af­filiée. J’en profite également­ pour rétablir­ quelques faits.

INDÉPENDANTE OU AFFILIÉE

La différence marquante entre une brasserie indépendante et une brasserie affiliée est basée sur le chemin qu’empruntent les profits de la vente d’une bouteille de bière. Dans beaucoup de régions du Québec, de très nombreuses brasseries sont la propriété de gens du coin, parfois seuls, parfois en groupe. Les profits — mais aussi les pertes — de l’entreprise sont donc, pour la très grande majorité des cas, réinvestis dans la région de production de la bière. De très nombreux exemples existent : Microbrasserie­ Charlevoix, Pit Caribou­, Dunham­, Les Trois Mousquetaires, etc.

Du côté d’une brasserie affiliée à un grand groupe brassicole, les actifs et passifs sont devenus propriétés du groupe. Le profit de la vente est donc redirigé vers le siège social du groupe. C’est la grande différence entre une brasserie indépendante et une brasserie affiliée.

Mais le groupe brassicole peut également réinvestir dans la région de production et donc y verser de la richesse. Cette richesse peut parfois être bien supérieure à ce qu’aurait versé la brasserie indépendante­. Ni noir ni blanc.

Pour beaucoup de consom­mateurs, l’indépendance d’une brasserie n’est pas forcément liée au parcours qu’empruntent ses profits ou ses pertes, mais surtout à une philosophie d’achat local et de développement régional. Le monde de la bière artisanale est un monde d’émotions. Acheter une bière d’une brasserie indépendante, c’est souligner son intérêt à encourager une économie locale.

LA QUALITÉ

Plusieurs témoignages laissent sous-entendre que la bière qui sera dorénavant brassée dans les installations du Trou du Diable risque de baisser en qualité. L’argument étant appuyé par de nombreux exemples, à travers le monde, de bières devenues insipides au cours des années. Un argument véridique, mais d’une autre époque. Les achats de brasseries dans les années 80-90 par de grands groupes brassicoles étaient basés sur des motivations complètement différentes qu’aujourd’hui. On achetait du volume de vente, on invitait deux ou trois ingénieurs brassicoles à diminuer les coûts de production de la bière, on y allait d’une bonne grosse campagne de publicité et on se retrouvait avec un produit bien différent de sa version­ originale. 

Aujourd’hui, le monde de la bière a bien changé. Pendant de très nombreuses années, les grands brasseurs ont essayé de rivaliser avec les brasseries indépendantes en y allant de bières à saveurs ajoutées, de produits aux marques « régionales » ou de stratégies commerciales qui ont souvent terminé à grand coup d’épée dans l’eau. Depuis quelques années, elles sont conscientes qu’elles n’ont ni la philosophie ni le savoir-faire pour brasser des bières « artisanales­ ». Donc elles en achètent.

L’acquisition de brasseries « artisanales » en Amérique du Nord est exponentielle depuis quelques années. Le groupe AB-Inbev, dans sa division High-End, possède un portefeuille de produits comprenant de très nombreuses brasseries anciennement indépendantes. Même chose du côté de Molson. Et le mot d’ordre est le même dans les deux groupes : on ne touche pas à la philo­sophie de brassage et à l’image du produit. C’est ce qu’ils ont acheté.

LA DISTRIBUTION

Plusieurs acteurs de la culture bière au Québec ont manifesté leurs inquiétudes face à l’arrivée du Trou du Diable dans le portefeuille de Molson. Les petits brasseurs vont devoir se battre avec un ancien allié pour se partager l’espace tablette ou le nombre de lignes chez les détaillants ou restaurateurs, pouvaient on lire régulièrement. C’est effectivement le cas, mais il est important de nuancer les propos. Ce n’est pas toute l’industrie de la bière artisanale qui va en souffrir; uniquement les brasseries qui jouent dans la même cour que le Trou du Diable. Elles sont beaucoup moins nombreuses­ qu’on ne le pense.

L’arrivée des bières du Trou du diable dans le portefeuille de Molson­ donne des ailes aux représentants de Molson. Plusieurs grandes chaînes de restauration ne font affaire qu’avec de grands groupes brassicoles. Les raisons sont multiples, mais bref, elles tournent toutes autour de l’argent. Proposer un produit « artisanal » avec une aussi belle réputation permettra fort probablement de faire pencher la balance auprès des grands groupes de restauration qui ne regardent pas du côté des brasseries­ indépendantes, de toute façon. 

Du côté de votre détaillant, plusieurs programmes commerciaux sont souvent négociés entre les grands groupes brassicoles et les chaînes de détaillants. Ces programmes sont très souvent en concurrence les uns avec les autres. Les petites brasseries indépendantes sont beaucoup moins concernées, car la décision d’achat du consommateur joue sur un tout autre sentiment que celui d’acheter un prix ou une promotion croisée.

Pour conclure, il est important de mentionner que depuis quelques mois, de très nombreuses initiatives de mise en valeur des bières artisanales indépendantes ont vu le jour au Québec. Je mentionne la nouvelle initiative des restaurants St-Hubert­, proposant des lignes de fûts de bières de chaque région, la nouvelle section de bières de brasseries indépendantes dans 117 magasins Couche-Tard à travers le Québec et de très nombreux restaurants indépendants qui considèrent la bière comme un produit local ou du terroir.

LE TERME « MICROBRASSERIE »

Avez-vous remarqué que je n’utilise pas le terme «microbrasserie» dans cette chronique. La raison est fort simple. On ne peut plus différencier une « micro­brasserie » d’une « brasserie » uniquement par la composition de son conseil d’administration. Au sens légal du terme, une brasserie est considérée micro­brasserie en dessous d’un seuil de production annuelle estimée à 300 000 hl par an. L’encadrement nous provient des lois sur les taxes d’accises et à un taux de taxes allégé pour les petits producteurs. 

Au sens philosophique du terme, une microbrasserie est une brasserie qui brasse des produits de même philosophie que toute autre brasserie brassant des produits depuis la révolution microbrassicole. Une recherche du goût authentique, l’utilisation de matières premières distinctives et un brassage sans compromis. Si on regarde le marché de la bière actuellement, on se rend compte que de très nombreuses brasseries affiliées à de grands groupes brassicoles continuent encore de brasser avec cette même philosophie. Sont-elles toujours des « microbrasseries » ? Les débats sont lancés depuis plusieurs années et ne risquent pas de s’éteindre de sitôt. Il faut donc parler de « microbrasseries indépendantes », c’est au consommateur de choisir s’il veut encourager une économie locale et régionale ou pas. Le goût n’est pas uniquement gage d’indépendance.

Chronique bière

Accorder bière et cheddar

CHRONIQUE / Fromage affiné le plus consommé au Québec, le cheddar se décline en de très nombreuses variétés. Vendu à différents âges, allant du frais au vieilli, il se transforme lentement, offrant des notes légèrement lactiques et beurrées aux saveurs plus prononcées­ de noisettes.

Le cheddar fait partie de la famille des fromages à pâte ferme. Il est chauffé après que la pâte ait été pressée et égouttée. Il a un taux d’humidité entre 30 et 45 %. Son affinage, optionnel, se fait dans la masse, c’est-à-dire qu’on mélange le penicillium dans la pâte et qu’on laisse reposer le fromage pendant quelques mois à quelques années. 

Comment l’apprécier ?

Le fromage cheddar s’apprécie naturellement. Ses saveurs subtiles de noisettes, plus ou moins prononcées en fonction de son âge, ne méritent pas d’être camouflées par une gelée de porto ou un confit d’oignons, trop sucrés. Il n’est pas nécessaire de le servir sur un pain, considérant qu’il est ferme si vous le tenez dans la main. Bref, il se mange le plus naturellement possible. Idéalement, je vous invite à acheter différents millésimes de la même fromagerie pour bien voir le rôle de l’affinage sur le goût. 

Comment les marier ?

Le cheddar est le fromage le plus polyvalent à marier avec les bières. Dépendant du type de bières que vous choisirez, l’expérience sera différente : parfois, c’est sur le sucre du lait que l’accord sera marquant, parfois sur la fraîcheur du fromage. Toutes les bières apportent un accord à découvrir.

À des fins de simplification des accords bières et mets, j’aimerais vous présenter un système de classement des bières qui est utilisé chez de très nombreux détaillants : les Capsules Sensations. Outil d’aide à l’achat, il classe les bières par couleur et par sensation. La couleur d’une bière n’étant pas gage de caractère, c’est à la sensation qu’on se réfère. Par contre, la couleur de la bière peut donner des indications très pertinentes du type de bière brassé. 

Par exemple, les bières blondes et blanches utilisent des céréales pâles, offrant peu d’arômes de caramel ou de mélasse. Du côté des bières noires, c’est la torréfaction de la céréale qui aura le dessus. Au milieu, on retrouve des bières ambrées, rousses et brunes, offrant chacune des notes de caramel et de sucre à différentes intensités. Du côté des bières fruitées, c’est le fruit qui domine.

Pour la sensation, la bière peut être douce, à faible amertume et acidité. Elle peut être amère ou très amère. On parlera alors de bière tranchante. Elle peut être acidulée ou très acide. On parlera de bière mordante. Elle peut également offrir une sensation sucrée (ronde) à très sucrée (liquoreuse). Le brasseur peut également y ajouter des épices à sensations piquantes, on parlera de bières épicées ou des céréales fumées, laissant place à une belle sensation fumée.

Une fois le système compris, il est très facile de se référer aux différentes capsules graphiques qui rappellent la couleur, mais surtout la sensation de la bière. On ne parle pas de blonde, mais de blonde douce à blonde amère, en passant par blonde ronde par exemple. 

DES EXEMPLES FACILES ET GOURMANDS

Pour l’accord avec le cheddar, il est intéressant de sélectionner quelques accords différents. Imaginons que vous voulez goûter cinq bières différentes avec un fromage cheddar. Les accords en sont simplifiés :

Blonde douce

Une bière alliant la douceur de la céréale et la faible amertume. C’est le cheddar qui dicte l’accord en offrant une belle longueur sur la bière. Essayez de prendre une bouchée en premier. Arrosez la bouchée avec une gorgée de bière et laissez-vous surprendre par cet accord simple. Plus le fromage est vieux, plus celui-ci dicte l’accord. 

Rousse douce

Les notes caramélisées des céréales accompagnent très bien les saveurs de noisettes du cheddar. On y va de belles bouchées et de belles gorgées. Plus le fromage est vieux, plus la bière l’accompagne pour offrir une finale longue et puissante.

Blonde ronde

La première gorgée donne le ton, on y découvre des notes sucrées et parfois levurées. Contrairement à l’accord avec la blonde douce, c’est la bière qui dicte l’accord et qui offre une belle rondeur pour accompagner le fromage à chaque gorgée. Les notes de noisettes s’éclipsent légèrement, laissant place aux notes de beurre du fromage.

Noire amère

L’amertume se démarque. C’est le cas pour toutes les bières amères. Les céréales torréfiées offrent des notes de café ou de brûlé, plus ou moins prononcées selon la bière choisie. Le fromage regorge de douceur devant cette bière au caractère prononcé. On y redécouvre des notes lactiques cachées derrière l’affinage du fromage. Un accord étonnant. Et si vous n’aimez pas la bière noire, voilà un excellent prétexte pour se laisser tenter.

Fruitée acidulée

La catégorie de bières fruitées la plus en vogue actuellement. Elle allie la fraîcheur du fruit et l’acidité rafraîchissante que l’on retrouve dans certaines boissons anciennes ou produits lactés. Le fromage sursaute de bonheur à chaque gorgée. Le fruit s’exprime bien, l’acidité rend le tout très frais et l’accord est exceptionnel. À essayer­ sans hésitation.

ORGANISER L'ACCORD

Cinq bières de votre choix, trois fromages cheddar de millésimes différents, quelques convives sont d’excellents prétextes pour passer une belle soirée. Je vous propose d’organiser votre dégustation par fromage. On déguste le premier fromage avec les cinq bières, jusqu’au dernier. Amusez-vous.

Pour en savoir plus sur les Capsules Sensations : www.capsules-sensations.info

Chronique Bière

La Brown Ale

En pleine activité de dégustations, chez un détaillant spécialisé, on m’a demandé quel était mon style de bière du moment. Sans hésiter, j’ai répondu la Brown Ale. L’antithèse des bières houblonnées. Un peu de simplicité et d’équilibre­, ça fait du bien.

Un peu d’histoire

Historiquement, la Brown Ale est tout simplement une bière brassée exclusivement de malt brun. C’est au 17e siècle, en Angleterre, que le terme commence à être employé. La bière était riche, sucrée et proposée à différents taux d’alcool. Contrairement aux croyances, les bières les plus populaires d’Angleterre étaient très souvent peu houblonnées, mais bien maltées. Comme pour la Pale Ale, les brasseurs ont commencé à privilégier des mélanges de malt pâle et de malt brun, diminuant les coûts de production et les taxes, imposées sur la quantité d’orge utilisée. 

C’est au 20e siècle que plusieurs brasseries vont faire revivre la Brown Ale. On les confondra avec certains stouts, tellement elles sont foncées et sucrées. Mais la plus populaire, celle qui a fait revivre l’appellation, est sans aucun doute la Newcastle Brown Ale. Elle réinvente le style en s’offrant plus pâle, plus sèche et peu fruitée. La Brown Ale contemporaine, comme beaucoup d’autres styles de bières, est donc différente de l’époque.

Un style devenu contemporain

En Amérique du Nord, l’influence du houblon dans la révolution microbrassicole a considérablement ralenti l’essor de la Brown Ale ces dernières années. Depuis peu, on entrevoit un regain de popularité — rafraîchissant — de ce genre de bières, plus maltées que houblonnées. Il faut cependant faire la différence entre une American Brown Ale — le terme utilisé rappelant l’ajout sans demi-mesure de houblon dans la recette — et la English Brown Ale — équilibrée sur le malt et les arômes de biscuits, de pain cuit et de caramel. Je préfère largement la version anglaise.

Mention spéciale à la différence qu’aiment faire les Anglais entre une Brown Ale du Nord et une version du Sud. La première offre des notes subtiles de noix, de noisettes et de biscuits, alors que la seconde présente un profil de caramel cuit, voire de mélasse pour certaines versions. Par contre, aucun arôme de houblon pour les deux versions. C’est le point commun.

Partout dans le monde, on retrouve quelques très agréables Brown Ale comme la Samuel Smith, qui se veut une excellente Brown Ale du Nord ou la Pete’s Wicked Ale, que l’on considère comme la première American Brown Ale des États-Unis.

Un goût de plus en plus recherché

Lorsque très bien brassée, la Brown Ale offre un nez complexe qui demande un peu d’expérience pour profiter de tous les arômes qui s’en dégagent. Le malt le plus souvent utilisé est connu sous le nom de Maris Otter. Développé dans les années 60, il est aujourd’hui la référence lorsqu’il s’agit de brasser des bières anglaises. On retrouvera également du malt caramel et du malt chocolat pour développer les arômes particuliers. Un bon dégustateur est en mesure de donner la recette de malts rien qu’en sentant la bière. Du côté du houblon, on utilise des houblons anglais en faible quantité, ça devrait aider notre dégustateur.

Devant autant de matières premières délicates, il est très difficile de brasser d’excellentes Brown Ale, voilà pourquoi, lorsque j’en déguste une, je respecte considérablement le brasseur, véritable chef d’orchestre des saveurs et arômes de ce style à découvrir. On ne se trompe pas avec une bonne Brown Ale.

LE MAG

Cinq bières à boire dans une flûte à champagne

CHRONIQUE / La flûte à champagne est un verre sur pied aux bords étroits et de faible diamètre. Il est spécialement conçu pour ne pas laisser échapper trop de bulles et permettre au champagne de garder toute la finesse de son effervescence pendant la dégustation.

La flûte à champagne est également idéale pour servir quelques bières à vos convives. Succès garanti et étonnement de vos invités assuré. Servir de la bière dans des verres à vin, en voilà une drôle d’idée. Pas vraiment, si on considère que le verre à vin n’a pas forcément été inventé pour le vin, mais pour toute approche de dégustation analytique et gastronomique. La bière fait également partie de la gastronomie, plus qu’on ne le pense. Je vous propose cinq bières à découvrir dans une flûte à champagne.

Le Mag

Comment se procurer de la bière du monde entier?

CHRONIQUE / Je vous l’avais promis la semaine dernière : voici quelques conseils pour vous procurer de la bière provenant de l’extérieur du Québec.

En dépanneur/Épicerie

Il n’est pas nécessaire de courir bien loin pour trouver des bières importées. Plusieurs d’entre vous auront sûrement remarqué le choix de bières du monde entier disponible chez votre détaillant préféré. Toutes les bières disponibles dans un établissement ayant un permis de vente d’alcool appelé « permis d’épicerie » doivent avoir un « pied-à-terre » sur le sol québécois. Très souvent, il s’agit de brasseries québécoises qui représentent des brasseries du monde entier. Soit par contrat de distribution, soit par association, les brasseries étrangères faisant partie du même groupe qu’une brasserie locale. Par exemple le groupe Labatt, propriété du numéro un mondial AB-Inbev, a comme mandat de représenter les marques du groupe au Québec. Il est donc facile de trouver de la Leffe, de la Hoegaarden et toute autre bière du portefeuille du géant brassicole chez de très nombreux détaillants. Même son de cloche du côté de Molson et Sleeman avec différentes marques. Même les microbrasseries régionales s’intéressent aux bières importées, permettant d’agrandir un porte-feuille de produits qui peuvent plaire aux épiciers, mais surtout aux restaurateurs. Par contre, les bières étrangères présentées ne sont pas très exotiques pour un amateur de bière averti.

En LCBO

Seule la SAQ a les coudées franches pour importer les bières de son choix sans nécessité d’avoir un « pied-à-terre » québécois. Par contre, comme expliqué la semaine dernière, ce n’est pas sa force. On y retrouve bien quelques bonnes bouteilles du côté des bières trappistes, mais pas de quoi intéresser l’amateur curieux. C’est du côté de la LCBO (équivalent ontarien de la SAQ) qu’il faut se tourner avec ses très nombreuses campagnes de pro-motion et d’importation de bières. Environ quatre fois par an, la LCBO propose une sélection de bières, par thématique. On y retrouve, très souvent, de très belles cuvées. Il est possible de commander en ligne et de se faire livrer partout au Canada, mais profitez-en pour visiter Ottawa, la capitale fédérale, et vous arrêter à la succursale de King Edward. On y retrouve une très belle sélection de vins ontariens également. Pour les plus pressés, la succursale de Hawkesbury propose un choix plus discret. Surveillez le site www.lcbo.com pour vous tenir informé.

On ne traverse pas de l’alcool si facilement entre les provinces. Chaque province a le mandat de gérer ses propres lois et règlements sur l’alcool. Depuis janvier 2014, il est possible d’acheter de l’alcool d’une autre province et de traverser les douanes provinciales. Ben oui, on ne pouvait pas le faire avant. Les quantités maximales de bières sont de 24,6 litres pour chaque transport et la consommation se doit d’être privée uniquement.

En importation privée

Comme le vin et les spiritueux, il est possible d’importer de la bière en passant par la SAQ. Elle vous sera vendue uniquement par caisse et le temps de traitement entre la commande et la réception des produits varie grandement. Si une agence représente la brasserie et vous propose un catalogue de produits, vous aurez également des droits d’agence à payer. Il est donc important de calculer le coût total par caisse et le diviser par bouteille. Les chiffres s’enflamment parfois très vite. Une bouteille vendue 3 euros en Belgique peut très facilement être vendue autour de 20-25 $ au Québec. Ce n’est donc pas le choix le plus économique. 

Attention également aux frais d’agence, considérant que le prix demandé par la SAQ est lié uniquement au produit importé, les agences ont pour habitude de charger un « frais d’agence » par caisse. C’est leur salaire pour la gestion du dossier. Ces coûts varient entre 7 et 20 $ par caisse.

Se déplacer sur place

Qu’à cela ne tienne, me direz-vous, allons la chercher sur place. Très bonne idée, vous aurez ainsi l’occasion de profiter d’un voyage brassicole fort plaisant. Mais on ne peut importer librement de l’alcool au Québec, la SAQ impose des limites et c’est à l’ASFC (Agence des services frontaliers du Canada) de s’assurer que vous respectez les limites.

Si vous avez passé 48 heures ou plus à l’extérieur du Canada, vous pouvez importer un maximum de 8,5 litres de bière avec exemption de droits et de taxes. Pour un voyage de moins de 48 heures, vous ne pouvez profiter d’exemptions de droits ou de taxes. Par contre, il est convenu que vous pouvez rapporter 9 litres de bière, mais vous serez taxés.

Comment l’ASFC calcule-t-elle la durée de votre voyage ? On ne tient pas compte du jour de départ, mais du jour d’arrivée. Donc un départ le vendredi avec un retour le dimanche est considéré comme un voyage de 48 heures puisque vous êtes sorti du pays le samedi et le dimanche. 

En ligne

L’achat de bières sur des sites de vente en ligne est risqué. Seule la SAQ a le droit de livrer de la bière en utilisant les services de Postes Canada par exemple. Acheter de la bière sur un site de vente en ligne européen et espérer que votre commande arrive à bon port, c’est jouer à la loterie à chaque commande. Parfois, ça fonctionne, parfois non.

Détaillants et bars

Le détaillant spécialisé possède un « permis d’épicerie », il lui est donc impossible d’avoir des bières importées par des agences ou la SAQ par exemple. Pourtant, l’ouverture de l’importation à ce type de commerce permettrait d’offrir une très grande sélection de bières du monde entier et garantir la pérennité des commerces spécialisés. Un dossier à suivre.

De plus en plus de bars et restaurants proposent une carte de bières importées, très souvent dans le circuit des importations privées. Une très belle occasion de goûter des bières du monde entier, mises en valeur par les talents culinaires du chef sur place.

Trouver des bières importées peut très vite devenir un passetemps que seuls les plus motivés accompliront sans relâche. Faites-vous des amis dans le monde de la bière, si vous êtes chanceux, ils reviendront d’un voyage à l’extérieur de la province, leurs valises pleines de bières à partager.

Le Mag

Où acheter sa bière?

CHRONIQUE / Vous êtes un amateur de bières, vous aimeriez découvrir le vaste choix que nous offrent les brasseurs du Québec­, mais vous ne savez pas où dénicher les meilleures cuvées ? Petit guide de survie à travers la très grande offre de produits­ au Québec.

Le dépanneur

Magasin de proximité par excellence, le dépanneur porte bien son nom. On y retrouve une offre de produits alimentaires de première nécessité que l'on est prêts à payer légèrement plus cher pour le service de proximité et de dépannage. Sauf pour la bière. Les brasseries y présentent très régulièrement leurs meilleurs prix et font des promotions si vous aimez les marques populaires. Plusieurs grandes chaines de dépanneurs commencent à s'intéresser à la microbrasserie, car plus d'un Québécois sur trois s'y intéresse également. Mais ce n'est pas au dépanneur affilié à une grande chaine que vous trouverez des petits trésors houblonnés.

L’épicerie

L’épicerie peut se diviser en deux catégories. L’épicerie corporative, appartenant à un grand groupe et se devant de suivre les stratégies nationales, et l’épicerie de marchands propriétaires, affiliée à une bannière, mais ayant toute la liberté nécessaire pour gérer sa section bière comme bon lui semble. Dans l’épicerie corporative, vous retrouverez une sélection très proche de celle d’un dépanneur avec quelques exceptions qui tiennent compte du marché local. Chez le marchand, la section bière est bien différente d’un marchand à un autre. On peut y retrouver les grandes bières nationales, les grandes microbrasseries régionales et quelques microbrasseries indépendantes qui distribuent à travers la province. Chaque épicerie propose donc un choix de bières différent. Il n’est pas rare de retrouver les produits d’une brasserie locale dans les épiceries avoisinantes, y compris des cuvées plus rares. Ces dernières années, plusieurs épiceries ont augmenté leur variété de bières. Par contre, beaucoup d’épiceries ne se spécialisent pas en bières artisanales, mais proposent un choix décent à une clientèle dont la destination première n’est pas forcément la bière. Quelques magasins font exception, je vous en reparle plus tard.

La SAQ

La moitié des consommateurs de bière ne savent pas que la SAQ propose des bières locales et importées. Pas étonnant quand on voit la place que prend le vin dans les différentes stratégies de la SAQ. L’offre de bière de la SAQ est donc très simpliste et peu intéressante pour l’amateur de bières. On y retrouve pourtant quelques excellents crus internationaux, mais le potentiel énorme qu’est l’importation n’est pas pleinement exploité. Si on compare avec la LCBO — l’équivalent de la SAQ en Ontario — et l’offre de bières qu’elle propose chaque saison, on est à des années-lumière. Pourtant, le segment des bières importées est en constante croissance d’autant plus que l’importation de bières du monde entier, sans brasserie représentante au Québec, est un privilège qui n’appartient uniquement qu’à la SAQ.

La vente en ligne

Seule la SAQ peut vendre de l’alcool en ligne et le faire livrer par l’entremise d’un transporteur, y compris Postes Canada. La loi est claire, il est donc impossible de commander de la bière en ligne auprès d’un revendeur ou d’une brasserie et de vous la faire livrer à domicile. Par contre, vous pouvez commander de la bière en ligne auprès d’une brasserie, mais vous devrez vous déplacer sur le lieu de production pour récupérer vos achats. Du côté du service de livraison opéré par les épiceries, vous avez le droit de commander en ligne, mais ils devront s’assurer de livrer tous vos achats sans passer par une compagnie de livraison et vérifier que vous avez l’âge légal pour la consommer. 

Le détaillant spécialisé

Véritable passionné, le détaillant spécialisé vous propose une sélection de bières du Québec. Il existe une cinquantaine de magasins indépendants spécialisés au Québec. Ils font vivre la culture bière et s’assurent de suivre les tendances et les nouveautés. En 2016, plus de 560 nouveautés étaient disponibles. Le conseiller a comme rôle de vous offrir sa sélection. On y retrouve les meilleures cuvées et ses coups de cœur.

N’est pas spécialisé qui veut. Le magasin se doit d’être au courant des nouveautés, des tendances, des goûts des consommateurs pour vous dénicher des petits trésors. Je compare très souvent la culture bière à celle du fromage artisanal. On peut trouver une gamme de fromages partout au Québec, quelques fromages spécialisés dans toutes les épiceries du Québec et une belle sélection chez les détaillants spécialisés. Les commentaires et suggestions du conseiller permettent de faire des découvertes et d’augmenter ses connaissances. Du côté de la bière, c’est exactement la même chose.

Comment reconnaître un détaillant spécialisé ?

C’est principalement par le bouche-à-oreille que se transmettent les meilleures adresses. De très nombreux influenceurs n’hésitent pas à partager leurs découvertes sur les réseaux sociaux. 

Il existe deux catégories de détaillants spécialisés :

Le « dépanneur spécialisé » : un magasin de petite à moyenne surface, proposant principalement de la bière artisanale. Il est à la recherche des cuvées spéciales, des sélections en petite quantité et propose ses services-conseils à une clientèle d’habitués. Il est proche de plusieurs brasseurs, car il fréquente les festivals et différents événements de la scène brassicole québécoise.

L’« épicerie spécialisée » : certains marchands épiciers sont aussi passionnés de bières. Ils ont misé sur une section bière plus large avec un choix de bières plus grand. On y retrouve également une belle sélection de bières artisanales. Ils permettent de faire découvrir la culture bière à des consommateurs qui n’ont pas choisi le détaillant pour sa bière, mais pour y faire l’épicerie. Ils sont complémentaires à l’offre de détaillants spécialisés et sont en mesure de donner une belle visibilité à des brasseries en expansion. Mais il ne suffit pas d’avoir une très grande variété de bières pour se dire spécialisé, il faut un service-conseil sur place. On en compte une dizaine au Québec.

À la brasserie

Qui de mieux que la brasserie pour vous vendre ses produits ? Plusieurs brasseries ont fait le pari de créer une petite boutique à côté de leurs installations pour y vendre leurs bières, y compris des cuvées plus rares. Depuis quelques mois, les broue-pubs ont aussi le droit de vous vendre leur bière pour emporter. Une excellente occasion de visiter le Québec et ses 185 brasseries. 

La semaine prochaine : comment se procurer de la bière du monde entier ?

Chronique bière

Le Temps d'une pinte

CHRONIQUE / Le Temps d'une pinte, c'est un arrêt dans le temps. Située à Trois-Rivières, c'est l'étape relais d'un voyage entre l'ouest et l'est du Québec. On s'y arrête pour déguster une bière et profiter d'un plat du jour. On repart avec un cruchon, un peu de café torréfié sur place et un sourire.
Situé rue Notre-Dame, Le Temps d'une pinte a réussi à imposer son style dans une offre de plus en plus grandissante au Québec. Coopérative de travail ouverte en 2013, son maître-brasseur, Gustavo Nevares, a très vite compris qu'il n'était pas nécessaire de s'imposer dans son milieu, mais plutôt laisser travailler ses bières. Je me souviens de ma première rencontre avec Gustavo­, il m'avait reconnu au bar et m'invitait à visiter ses installations brassicoles situées à l'étage. S'en suivit une conversation enrichissante sur sa philosophie de brassage, lui qui vient du domaine du vin en Amérique­ du Sud, ses projets de recherches sur les levures et ses différentes bières maltées qui laissent s'exprimer la céréale comme je l'ai rarement vu au Québec. Un brasseur d'une grande humilité avec qui il est toujours très plaisant de partager un verre.

Chronique bière

Apprivoiser la bière noire

CHRONIQUE / Je me tiens devant 200 personnes, dans le cadre du festival Bières et Saveurs de Chambly, à présenter différentes bières du Québec. J'ai deux bières devant moi, une blonde à l'allure cristalline et limpide, laissant croire que celle-ci est très désaltérante, et une noire bien opaque qui ne laisse personne indifférent. Laquelle est parfaite pour une chaude journée d'été ? Ben oui, la bière noire, la bière blonde étant dans ce cas très sucrée et fortement amère.
Dans les années 50, on buvait de la Porter. Elle contenait du fer, des protéines et de la levure. C'est ce que le médecin disait... après avoir écrasé sa cigarette dans son cabinet. Autres temps, autres moeurs. Aujourd'hui, la cigarette est devenue beaucoup moins populaire, le porter Champlain a bien changé, mais les mythes sur la bière noire sont encore bien ancrés. Non la bière noire n'est pas plus forte que la bière blonde. Oui le fer, les protéines et la levure se trouvent également dans une bière blonde. Explications.

Chronique bière

Ma recette de moules santé

CHRONIQUE \ Bon vivant, j'aime apprécier une cuisine qui se partage. Quand je cuisine pour quatre, je cuisine pour six. Ma blonde vous dirait que je cuisine pour huit, mais on n'a pas le même appétit, de lui répondre. Habitué des repas dans les cuisines de restaurant, j'aime le plat qu'on partage autour de la table. Le plus souvent une cuisine du terroir ou fermière.
Un des plats les plus agréables à partager vient principalement de Belgique, pays de mon enfance. Des souvenirs qui figent les arômes les plus marquants dans la mémoire d'un gourmet haut comme trois pommes. Je me souviendrai toujours des moules que mon père faisait chaque vendredi au restaurant. C'était le rendez-vous des amateurs du mollusque et, chaque semaine, les habitués s'installaient à la même table, commandaient la même bière et attendaient impatiemment le kilo de moules cuit à la commande. La cuisson fait le plat. Hors de question de précuire ce mollusque fragile.

Chronique bière

Les bières trappistes

CHRONIQUE / Saviez-vous qu'un ordre monastique, lié à la règle de Saint-Benoit, est reconnu depuis des siècles dans la culture bière ? L'Ordre cistercien de la stricte observance, aussi connu sous le nom de l'Ordre des trappistes, se doit de vivre de son travail. Il n'est donc pas rare de trouver différents produits d'artisans provenant d'une abbaye trappiste passant des confiseries aux fromages, sans oublier les bières. Leurs bières sont appelées « bières trappistes ».
Au Québec, l'abbaye des pères trappistes la plus connue, encore en activité, propose les fameux bleuets du lac-Saint-Jean enrobés de chocolats. J'aurais pu vous parler également du fromage OKA, mais depuis le déménagement des moines vers une abbaye plus petite et la carrière de père trappiste n'étant pas très en vogue ces dernières années, l'Abbaye d'OKA ne fait plus partie de l'Ordre.