L'aventure en 11 étapes

Yukon. Plus de 1600 km de beautés, découpés en petites bouchées. Direction : Dawson.

Au commencement, il y a de la route. Beaucoup de route. Celle qui mène de Whitehorse, la capitale territoriale, à Dawson n’est pas la plus grandiose (à l’échelle yukonnaise). La North Klondike Highway se déroule sur 330km comme un long ruban d’asphalte entre les épinettes effilées comme des lances. Parfois, quelques lacs couleur émeraude viennent émailler le trajet. Et le fleuve Yukon n’est jamais loin.

Au moment où la fatigue commençait à se faire sentir, la route nous a joué le grand jeu : elle nous a offert un grizzly de taille considérable qui se nourrissait, juste là, sur le bord de la route. À l’abri dans le Jeep, nous avons pu sans crainte admirer l’animal, aussi fascinant que terrifiant.

Départ de Whitehorse sur la Klondike Highway vers Dawson City: un grizzly environ une heure et demi avant Dawson City

ESCALES SUCRÉES

Parmi les rares escales sur la route du Klondike se trouve Braeburn Lodge, où l’on vend des brioches à la cannelle grosses comme des ballons de football. Notre coup de cœur a plutôt été près de 200km plus loin, du côté de Moose Creek Lodge, où l’on peut trouver des tartelettes au beurre divines, préparées à la main dans une ancienne cabane de trappeur devenue restaurant-musée-boutique de souvenirs. Un lieu hautement instagrammable !

DODO AU-DESSUS DU CAPOT

Pour ce périple, un Jeep tout-terrain nous sert de moyen de transport, mais pas seulement : c’est aussi notre gîte. Une tente est fixée sur le toit grâce à plusieurs sangles et fermetures éclair. Le soir venu, elle se déplie en quelques minutes et il suffit pour y accéder de grimper à une échelle.

Roadtrip sur le Dempster Highway vers le Tombstone Territorial Park pour une randonnée

Ainsi équipées, nous sommes parfaitement autonomes et pourrions dormir où bon nous semble, chose possible à peu près partout au Yukon. Les Anglais ont un mot pour désigner ce mode de camping en pleine nature : overlanding. Ici, les possibilités sont infinies pour ce genre d’aventure. Pour des raisons logistiques, nous avons toutefois opté pour un mélange entre campings territoriaux et privés.

Overland Yukon overlandyukon.com (en anglais)

Dawson City

DAWSON, LA VILLE-MUSÉE

Avec ses façades historiques aux allures de Far West, ses rues de terre battue et ses résidants parfois extravagants, Dawson vibre d’une énergie particulière. Cette ville a vu défiler des milliers de mineurs pendant la ruée vers l’or, en 1896 ; aujourd’hui, elle grouille encore de vie (et l’or coule toujours dans ses veines). Un endroit hors norme où il a fait bon se poser pour deux journées. Découvrez nos adresses coup de cœur à l’écran suivant.

Visite avec une guide de Parcs Canada à travers les édifices historiques de Dawson City

VIRÉE À TOMBSTONE

Le parc territorial de Tombstone est, de l’avis de nombreuses personnes, le plus beau du Yukon (qui n’est pas à plaindre côté paysages spectaculaires). On y accède par une étroite route de gravier baptisée la Dempster Highway. Orientée plein nord, «l’autoroute» dépasse le cercle arctique pour mener, après 740 km de solitude, au village de Tuktoyaktuk, niché sur le bord de la mer de Beaufort.

Nous nous arrêterons au kilomètre 74 pour faire une randonnée sur le sentier de Goldsites. Au programme : panoramas grandioses sur la vallée ainsi que rencontre avec un chien de prairie curieux et deux marmottes belliqueuses.

Chicken, Alaska

AU SOMMET DU MONDE

Pour retrouver Whitehorse sans revenir sur ses pas, il faut emprunter la bien nommée Top of the World Highway en direction de l’Alaska, où il faudra passer quelques heures. Ici, la route serpente sur la crête des montagnes avant de déboucher au poste frontalier de Poker Creek (population : 3). Après avoir confisqué notre sac de pommes canadiennes, le douanier américain a estampillé nos passeports avec le dessin d’un caribou. Un précieux souvenir du bout du monde.

C’est un village comme on n’en trouve qu’au milieu de nulle part. Un village sans téléphone ni toilettes à eau courante, qui abrite 15 personnes en hiver et une grosse trentaine en été. Un village affublé d’un nom bizarre parce que les mineurs du XIXe siècle étaient incapables de prononcer le nom officiel, soit Ptarmigan (lagopède, en français), et qu’ils ont préféré faire plus simple (pourquoi pas Chicken ?). Un repaire d’excentriques où se tient chaque été un festival de musique baptisé Chickenstock (« bouillon de poulet » en français).

«Downtown Chicken»

La poignée de résidants a même poussé l’humour jusqu’à acheter un panneau gouvernemental pour indiquer la direction vers «Dowtown Chicken», un centre-ville qui se limite à un seul bâtiment de planches occupé par un café, un saloon, un comptoir de vente d’alcool et une boutique de souvenirs, le Mercantile Emporium... Bref, un arrêt obligé dans une ambiance un brin surréaliste.

La route en Alaska après avoir franchie la frontière avec le Yukon

VOL AU-DESSUS DES GLACIERS

Retour en territoire canadien par l’Alaska Highway. Tom Bradley nous attendait dans un petit aéroport près de la ville de Haines Junction. Pendant une heure et des poussières, nous allions survoler en sa compagnie, à bord d’un appareil Helio Courier, les glaciers des environs du parc national de Kluane.

Une heure et des poussières à écarquiller les yeux devant ces multiples langues de glace aux 50 nuances de bleu et de blanc, ces falaises abruptes où se dessinaient des points pâles (des mouflons de Dall jouant les acrobates), ces rivières d’eaux glaciaires qui s’écoulaient au pied de hautes montagnes du massif de Saint-Elias.

Randonnée dans la région de Haines Junction : la randonnée Rock Glacier

Les sommets sont cordés si serré que personne n’a pris la peine de donner un nom à chacun. Au-dessus du lac de Kluane, nous avons vu un orignal venu faire trempette et un groupe de chevaux en liberté. Le temps, nuageux, ne nous a pas permis de voir le mont Logan (le plus haut sommet canadien), mais Tom nous a juré qu’il était bien là...

ICEFIELD DISCOVERY


Cinquième journée: vol panoramique avec Icefield Discovery au dessus de Kluane National Park

icefielddiscovery.com (en anglais)

CHEZ ROXANNE ET DAVID

Pour une seule nuitée, nous avons troqué la tente contre de vrais lits au Mount Logan Lodge. L’endroit est tenu depuis peu par Roxanne Mason, Montréalaise d’origine, son conjoint, David, et leurs chiens.

Après avoir parcouru le Canada, de la Colombie-Britannique à la Gaspésie, ils sont de retour au Yukon avec le projet de transformer cette auberge en halte pour épicuriens avides d’aventure. Le projet est déjà bien amorcé : Roxanne cuisine des repas sublimes et David nous a menées, par des chemins hors piste, dans la vallée d’Alsek pour un safari à la recherche des ours et des orignaux. On a fait chou blanc, mais la virée, par-delà des ruisseaux et des rochers accumulés par les glaciers, n’a pas été décevante pour autant.

MOUNT LOGAN LODGE

Cinquième journée: Kluane National Park et route vers le Mount Logan Lodge

mountloganlodge.com (en anglais)

KLUANE OU LA BEAUTÉ BRUTE

Kat, une guide de l’entreprise Yukon Guided Adventure (lancée par Roxanne et David Mason) nous a fait découvrir quelques-unes des beautés du parc national de Kluane. Laissons les images parler.

Kluane National Park et route vers le Mount Logan Lodge

SOUPER D'ADIEU

De retour à Whitehorse, nous avons conclu le voyage avec un repas dans l’une des adresses classiques de la capitale : Klondike Rib & Salmon. Décor bric-à-brac, portions gargantuesques et files d’attente dès 17h. On ne fait pas dans le fin, ici, mais on ne pouvait trouver plus pittoresque pour clore le séjour en beauté.

Klondike Rib & Salmon www.klondikerib.com (en anglais)