ASMR: micro plaisir, maxi détente avec Leyla

Leyla Thériault a toujours aimé les bruits. À l’école primaire, dans le coin de Joliette, elle appuyait son oreille sur les grandes tables communes pour écouter ses camarades écrire. Des années plus tard, elle est tombée par hasard sur la vidéo d’une fille qui se limait les ongles. Captivée, elle venait de découvrir l’ASMR.

Oui, elle s’est d’abord trouvée «bizarre» d’être sensible à ces sons anodins. Avant de pousser sa recherche et de comprendre qu’il existait toute une communauté d’adeptes.

Elle décrit ainsi la sensation ressentie à l’écoute de vidéos d’ASMR : «C’est comme si quelqu’un me jouait dans les cheveux. C’est aussi rassurant. Je ne sais pas si ça fait allusion à l’époque où notre mère nous chuchote à l’oreille, quand on est enfant. J’en écoute pour le plaisir et pour dormir. Ça fait juste du bien.»

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EN UN MOT

ASMR › Il s’agit du sigle pour Autonomous Sensory Meridian Response, ou réponse automatique des méridiens sensoriels, en français. Le phénomène est décrit comme une sensation agréable et non sexuelle de picotements ou frissons au niveau du crâne, du cuir chevelu et de la colonne vertébrale, en réponse à un stimulus visuel ou auditif. L’origine de l’appellation est attribuée à Jennifer Allen, une professionnelle de la cybersécurité américaine, qui a lancé le premier grand débat public sur l’ASMR en 2009 et a inventé le terme l’année suivante. Ces quatre lettres n’ont toutefois aucune signification scientifique.

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En 2017, après plusieurs mois de réflexion, Leyla a décidé de lancer sa propre chaîne, ASMRuOK? (bit.ly/2JAdO4b). En anglais d’abord, puis en «français/québécois», ce qui a propulsé ses visionnements, aujourd’hui chiffrés à près de 1,4 million.

La Québécoise Leyla Thériault, alias ASMRuOK?, est suivie principalement par des jeunes gens entre 20 et 30 ans. Ses vidéos ont suscité près de 1,4 million de visionnements.

Dans ce mouvement mondial, l’accent de chez nous, plus rare, est aimé et recherché, d’après les commentaires écrits sous ses vidéos. Si la grande majorité de ses quelque 17 000 abonnés sont Français (70%), la proportion de Québécois augmente, dit-elle en consultant ses statistiques.

Et celle de femmes aussi, car beaucoup de garçons la suivent. «Je trouve ça l’fun d’avoir des filles qui m’appuient.»

À l’écran, pas de trucs coquins ni sensuels pour la jolie jeune femme de 20 ans, étudiante en criminologie à l’Université de Montréal. «Ça donne une mauvaise réputation à l’ASMR», déplore Leyla.

Vidéo de chuchotement en français/québécois: Je te lis une histoire!

Légèrement maquillée, en coton ouaté, elle lit des histoires en chuchotant, tapote ses lunettes avec ses ongles, dessine. Elle ne fait pas de jeux de rôle, comme certains qui s’improvisent coiffeurs ou bibliothécaires, même si elle adore en regarder. «Il faut avoir un talent en improvisation pour faire ça.»

Une technologie toute simple

Alors que les stars de l’ASMR se déplacent derrière leur double micro, la Québécoise aime la simplicité de «son petit set-up» pour l’instant. Leyla se filme avec la caméra de son téléphone cellulaire et utilise un micro de base Blue Yeti, l’«un des moins chers et il fait une super job».

Elle produit souvent ses vidéos en pleine nuit, quand l’inspiration lui vient, puis passe quelques heures par semaine à les éditer et à les publier. Sa chaîne en compte plus d’une cinquantaine.

Peur de l'annoncer

«Ça m’a pris beaucoup de temps avant de l’annoncer à mon entourage. J’avais peur d’être jugée», indique Leyla. Ses parents l’ont découvert quand la rumeur s’est répandue à Joliette. Sans comprendre nécessairement, ils l’appuient dans sa démarche.

Quelques-uns de ses amis sont devenus accros à l’ASMR pour s’endormir. «Sinon, la plupart ne ressentent rien. Mais ils sont ouverts à l’idée.» Elle les invite d’ailleurs à explorer, en dehors de ses vidéos.

Adepte depuis trois ans, elle remarque la multiplication des chaînes. Ses préférences vont aux vidéos de 20 à 50 minutes (certaines peuvent durer des heures), de quelqu’un qui peint, écrit ou tape au clavier. «J’en écoute au moins trois par jour. Et je ne peux pas m’endormir sans.»

Selon elle, tout le monde peut en bénéficier, pour régler l’insomnie ou l’anxiété. On ne risque rien d’essayer et «s’il n’y a pas d’effet, on passe à autre chose».