Éric et Karina sont ensemble depuis quatre ans. La moitié du temps, les enfants de Karina sont avec eux. Ceux d’Éric sont là quand les siens sont chez leur père... et chez Isabelle, l’ex-d’Éric.

Amour post-traumatique

CHRONIQUE/ Il y a des trahisons dont on pense qu’on ne guérira jamais. Surtout si elles sont doubles.

Karina* a une belle maison, deux enfants et un chum qu’elle adore depuis 14 ans quand elle reçoit le coup de fil qui va tout détruire. La détruire. C’est Éric, un ami. «Je pense que ton chum devrait te dire quelque chose. J’ai appris quelque chose et il faudrait que tu le saches.» Karina n’a même pas le temps de réagir. La ligne coupe. Son chum Carl est à côté du téléphone. Le doigt sur le bouton. Karina fait un plus un. Il l’a trompée. Il a couché avec Isabelle. La blonde d’Éric. Leur couple d’amis depuis des années. «Oui, mais pas juste ça. Je suis tombé en amour.»

Karina est tombée elle aussi. À genoux dans la cuisine. Incrédule. «Ça se peut pas, ça se peut pas.» Elle pense aux enfants. Lui aussi lui dit qu’il pense à eux, qu’il ne fait que cela. Que si ce n’était pas d’eux, ils ne seraient plus ensemble.

Karina ne dort pas de la nuit. Elle la passe au téléphone avec Éric. Pour essayer de comprendre où ils ont failli. Ce qui leur a échappé.

Le lendemain, Carl lui dit que ce qui s’est passé avec Isabelle n’était qu’une simple aventure. Qu’il ne veut pas briser sa famille. Qu’il l’aime, elle.

On est en novembre. La famille passe les Fêtes ensemble. Mais pour Karina, rien n’est plus comme avant. Elle est brisée en dedans. Elle a des idées noires. Elle ne veut plus vivre. En janvier, on lui diagnostique une dépression sévère avec un syndrome de choc post-traumatique. Même si Carl est resté, le choc est aussi fort. La confiance n’est plus là. Si pendant six mois son amoureux a réussi à lui cacher tout ça, il en serait encore capable.

En mars, Karina trouve un courriel d’Isabelle. Parce qu’elle cherchait. Parce qu’elle ne faisait plus confiance. «J’ai hâte qu’on soit ensemble. Je suis contente d’avoir dîné avec toi hier.» C’en est trop. Si Carl n’est pas capable de partir, elle va le faire. Même si c’est difficile. Même si la dépression fait qu’elle se bat en même temps pour sa vie.

Mais dans toutes ces épreuves, Éric est toujours là. Ils sont en contact tous les jours. Au début, juste pour partager ce qu’ils ont vécu. Et puis, après le départ de Karina, ils se rapprochent encore plus. Deviennent intimes. Juste pour le plaisir. Sans attaches. Pour se faire du bien après avoir eu tant mal.

Un soir, Karina fait la vaisselle. Ça cogne à la porte. C’est Éric. Sous la pluie. Comme dans un film. Il s’est dit que, quand elle allait ouvrir la porte, il saurait quoi lui dire. Mais il ne sait pas. «Je pense que je suis en amour avec toi.»

C’était le pire des scénarios pour Karina. Son psychologue lui disait que le mieux c’était de s’éloigner d’eux, de cette histoire. Pour arriver à tourner la page.

Mais Karina aussi a développé des sentiments pour lui. Le choc qu’ils ont vécu les a rapprochés. Unis dans la trahison. Elle n’arrête pas de lui dire : «Tu m’as sauvé la vie.»

Des proches de Karina ne comprennent pas, lui disent que c’est malsain. D’autres ont l’impression d’avoir tout compris : elle veut juste garder un œil sur son ex.

Éric et elle sont ensemble depuis quatre ans. La moitié du temps, les enfants de Karina sont avec eux. Ceux d’Éric sont là quand les siens sont chez leur père... et chez Isabelle. Dans leur ancienne maison. «Cette fille-là, que je déteste et à qui je n’ai jamais reparlé, elle s’occupe de mes enfants. Ça, c’est dur.»

Cet échange de couple fait parfois réagir, à l’école des enfants par exemple. «C’est nous autres la famille un peu bizarre», rigole Karina. Mais depuis qu’elle raconte son histoire, elle se rend compte que ça arrive plus souvent qu’on pourrait le croire.

Il y a des trahisons dont on pense qu’on ne guérira jamais. Un choc si puissant qui semble tout anéantir. Mais dont les ondes peuvent parfois provoquer l’inattendu. Même un amour post-traumatique.

*Les noms ont été changés pour préserver l’anonymat.