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Les luminaires qui parcourent le plafond font partie des pièces maîtresses de la décoration au raffinement décontracté. (Photo prise hors des contraintes de la pandémie.)
Les luminaires qui parcourent le plafond font partie des pièces maîtresses de la décoration au raffinement décontracté. (Photo prise hors des contraintes de la pandémie.)

Alphonse: heureux d’un printemps

Sophie Marcotte
Sophie Marcotte
Le Soleil
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CRITIQUE / Pour ce retour en salle tant espéré, j’ai visité un petit nouveau où j’avais hâte de m’attabler depuis l’été dernier. Le soir du 20 mars chez Alphonse, le printemps faisait son entrée, la reprise d’une certaine normalité nous étourdissait de promesses, et les sourires étincelaient, même derrière les masques.

Le brouhaha. C’est ce qui m’a happée quand j’ai poussé la porte du Alphonse. Puis, l’électricité dans l’air, le ballet enthousiaste des serveurs, la beauté et la jeunesse de la clientèle, majoritairement féminine. Tout ça nimbé du jaune doré de cette fin de première journée de printemps. On aurait presque dit que je venais d’entrer dans un rêve. Mais non, c’était vrai : j’étais au resto, pour la première fois depuis le 11 septembre 2020.

Pendant que je remplissais le formulaire d’enregistrement en ligne — nouvelle procédure covidienne —, je sentais à quel point tout le monde ici était heureux. Le personnel, particulièrement. Avec raison. Ouvert en juillet 2020 dans l’ancienne caisse Desjardins jouxtant l’hôtel de ville — vocation à laquelle le nom du resto fait un clin d’œil —, Alphonse n’a pas eu le temps de cumuler beaucoup de services avant de fermer ses portes fin septembre. Si j’étais euphorique, imaginez l’équipe.

Les sens en émoi

Quelques plats de pâtes, de poisson ou de viande, une assiette végétalienne, une salade niçoise au tataki de thon, des planches en entrée : le menu est alléchant. Mais comme l’endroit se spécialise aussi dans les cocktails, David et moi commençons par ça, question de célébrer comme il se doit ce semblant de retour à la normale. Le mien, nommé Marie la Catholique, est gigantesque. Et excellent. Vodka Cap-Diamant, chartreuse jaune, sirop matcha et bergamote, lait de coco, lime, angostura : tout est en juste dosage.

Les entrées mettent joliment le repas en train. Les trois dodus crustacés du cocktail de crevettes se voient stimulés par du fenouil et une sauce à fort indice de raifort. Quant à la césar de choux de Bruxelles, elle joue bien sur les textures : les demi-choux rôtis, tendres, trouvent un contrepoids dans quelques feuilles cuites plus longtemps qui croustillent comme des chips. Coûtons, parmesan et bacon artisanal complètent cette charmante salade, dont la vinaigrette pourrait contenir plus d’ail et d’anchois, à mon avis. Une giclée de citron vient la dégourdir un peu. 

La «Coquille sans coquille» est l’un des plats vedettes du Alphonse.

Que je m’étais ennuyée du plaisir d’admirer un plat soigneusement dressé avant d’y piquer ma fourchette! Je suis servie. La «Coquille sans coquille» est ravissante : pétoncles, doré jaune et crevette géante sont savamment déposés sur un lit d’aligot de pommes de terre, en compagnie d’asperges et de poivrons rôtis sur le gril. C’est beau et bon, surtout grâce au beurre blanc aux crustacés qui magnifie les saveurs. Le fenouil mariné à l’aneth, finement émincé, joue le même rôle révélateur. Avec un chablis du Domaine Besson, c’est parfait.

L’assiette de short ribs de bœuf braisé est elle aussi joliment présentée, avec des volumes en hauteur. La viande repose à 45 degrés sur une polenta frite, sous la surveillance d’un demi-maïs grillé au citron et fines herbes dressé comme une tour. Très belle harmonie de saveurs entre la douceur de la purée de maïs, le côté brûlé de l’épi, le crémeux de la polenta — très riche en cheddar Avonlea —, et le sucré-vinaigré-piquant-fumé de la délicieuse sauce barbecue du boeuf, bonifiée de rhum et de chipotle.

Je m’avoue agréablement étonnée par le raffinement des assiettes. Les proprios, Julien Hamel, Jean-­Philippe Letellier et le chef exécutif Marc Babin, sont aussi à la tête des Sapristi et des Trois Garçons, qui servent une cuisine plus simple. Ils ont relevé la barre d’un cran ici, avec brio.

Les desserts s’avèrent le seul point faible. Deux d’entre eux sont faits par la pâtisserie Anna Pierrot, l’autre est une crème brûlée aux framboises et au café correcte, mais pas transcendante — qui m’a d’ailleurs été présentée par le serveur comme une crème brûlée au chocolat et au café.

Alors que le soleil achève sa descente et embrase l’édifice Price à côté, je remarque que les immenses fenêtres s’ouvrent toutes. Le printemps vient d’arriver qu’on rêve déjà de l’été.

Bonifiée des saveurs du rhum et du chipotle, la sauce barbecue des <em>short ribs</em> est dotée d’une agréable profondeur.

AU MENU

Alphonse
19, rue des Jardins
418 694-0707
alphonse.ca

  • Ouvert du jeudi au dimanche dès 11h30 et le mercredi dès 16h30 (bientôt ouvert 7 jours dès 11h30)
  • Bouteilles de vin de 36$ à 150$
  • Plats de 18$ à 32$
  • Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool: 110$ (pour deux entrées, deux plats et deux desserts)

Bravo: pour les plats bien faits et tout aussi bien présentés, la très jolie déco et la place accordée aux alcools et vins québécois.

Bof: le serveur ne connaissait pas très bien le menu ni les vins, mais étant donné la grave pénurie de personnel ces temps-ci, je reste indulgente. Plus de vins au verre serait apprécié.

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ET VOUS?

Je suis curieuse: quel resto de Québec ou de la région avez-vous visité dès la réouverture, et pourquoi? Écrivez-moi à smarcotte@lesoleil.com