La nutritionniste Elisabeth Cerqueira est maman de trois enfants, dont une présente un TDAH.

TDAH: faire de l’alimentation une alliée

Saviez-vous qu’il existe un lien entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et la nourriture?

C’est bien le cas. 

«En présentant mon ouvrage sur l’alimentation et le TDAH, la première réaction que bien des gens ont eue est la surprise», indique la nutritionniste Elisabeth Cerqueira, auteure de Savoir quoi manger — TDAH, le premier guide d’alimentation consacré à ce trouble au Québec.

Mme Cerqueira le précise d’emblée, nos habitudes alimentaires ne sont pas la cause du TDAH, mais elles peuvent néanmoins atténuer ou, au contraire, exacerber les symptômes.

Mère de trois enfants, dont la plus vieille âgée de 11 ans présente un TDAH, Mme Cerqueira s’intéresse depuis longtemps au développement du cerveau et c’est donc tout naturellement qu’elle s’est penchée sur ce trouble.

«C’est un problème qu’on ne comprend pas encore aujourd’hui. On sait qu’il est lié au développement, à la maturation du cerveau. Ce n’est pas un trouble permanent, parfois tout se replace à l’âge adulte», explique la nutritionniste. Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental qui altère certaines fonctions cérébrales.

Potage de carottes et de pois chiches

Fait intéressant, on apprend que le TDAH est six fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles durant l’enfance, mais qu’il est seulement trois fois plus fréquent à l’adolescence.

«Le TDAH n’a rien à voir avec le potentiel intellectuel», indique Elisabeth Cerqueira en introduction de son livre, ajoutant que les exemples de personnalités célèbres avec un TDAH ne manquent pas : le président américain John F. Kennedy, l’astronaute Scott Kelly, le physicien Albert Einstein ou encore le fondateur de Microsoft Bill Gates.

Une attention particulière

La nutritionniste signale que son ouvrage aurait pu s’intituler simplement «L’alimentation pour toute la famille» : «une personne présentant un TDAH n’a pas besoin d’avoir une alimentation spécifique, différente des autres. Elle doit cependant y prêter une attention plus particulière».

Pourquoi cela? Parce que ce trouble engendre des comportements alimentaires peu favorables, qui affectent le fonctionnement cérébral et augmentent l’intensité des symptômes: impulsivité et sélectivité alimentaire, troubles de l’appétit, distraction et agitation à table, et parfois trouble de l’opposition avec provocation. 

Quand elles ont faim, les personnes présentant un TDAH se tournent impulsivement vers des denrées rapidement accessibles. De plus, elles sont «irrésistiblement attirées par des aliments particulièrement sucrés, salés et gras, voire ultra-transformés, qui procurent du plaisir immédiat».«Si j’ai des chips ou des biscuits Oreo dans la maison, mes autres enfants savent se modérer, mais ma fille présentant un TDAH peut passer au travers», illustre Mme Cerqueira.

Yogourt glacé au granola

Il est donc important d’avoir sous la main des aliments sains pour préparer rapidement un repas ou une collation lorsque la faim survient. 

De plus, le TDAH peut avoir une incidence sur l’appétit, qu’il y ait prise de médicaments ou non. Les distractions et le manque d’attention font que certaines personnes ne réalisent pas qu’elles ont faim avant la fin de la journée. «Certains médicaments aident, car ils ont un effet calmant, mais d’autres ont plutôt un effet coupe-faim» qui se manifeste durant la journée. C’est donc souvent en soirée qu’un regain d’appétit se fait sentir, et il importe alors de miser sur une alimentation nourrissante, riche en bons gras et en nutriments. 

«Soixante pour cent du cerveau est constitué de gras, notamment des acides gras oméga-3. Voilà pourquoi je propose beaucoup de recettes avec de l’huile d’olive, du poisson, de l’avocat…» mentionne la nutritionniste.

Mangeurs difficiles

Les personnes avec un TDAH sont également des mangeurs difficiles, et leur alimentation souvent trop peu diversifiée peut engendrer des carences nutritionnelles. Mme Cerqueira note quelques-unes de leurs préférences : les repas qui se mangent avec les doigts, les sandwichs prédécoupés, les aliments croustillants, les textures lisses, les aliments colorés, boire plutôt que manger (ex. smoothies, potages). Il faut essayer de répondre au mieux à ces goûts tout en proposant des choix santé.

Bâtonnets de tofu croustillants

«Il faut que les recettes soient un peu fast food en apparence, qu’elles soient attirantes et colorées. La présentation est très importante», indique Elisabeth Cerqueira, qui vient d’une famille de cuisiniers d’origine portugaise, et dont le mari cuisine beaucoup. «Ma fille aussi! Toutes les recettes qu’on retrouve dans le livre, elle les a goûtées et approuvées.» L’auteure souligne d’ailleurs l’importance pour les enfants avec un TDAH que leurs parents soient de bons modèles, car ils sont responsables de leur transmettre de saines habitudes alimentaires.

L’ouvrage compte quelque 55 recettes — petits-déjeuners, entrées, soupes, salades, plats principaux, desserts et collations — et propose 21 jours de menus facilement interchangeables. On y trouve également toute une section informative et fort bien vulgarisée sur le TDAH, élaborée avec la collaboration de Marlène Bouillon, nutritionniste et docteure en physiologie-endocrinologie — et mère de deux jeunes adultes présentant un TDAH.

Savoir quoi manger — TDAH, Modus Vivendi, 232 pages, 24,95 $

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POUR OU CONTRE LA MÉDICATION

Une bonne alimentation peut-elle remplacer la médication chez les personnes présentant un TDAH? Non, soutient Elisabeth Cerqueira. «La médication demeure le traitement le plus efficace, mais c’est tellement large qu’il est impératif d’avoir un bon suivi médical. Il y a des gens qui ne prennent pas de médicaments et ça va bien, et d’autres pour qui ça a sauvé leur vie!» indique la nutritionniste. L’alimentation s’inscrit dans une stratégie multidisciplinaire pour aider à mieux vivre avec un TDAH, qui inclut notamment l’activité physique, la modération du temps passé devant les écrans et une bonne hygiène de sommeil. Mme Cerqueira précise que son ouvrage s’adresse tant aux enfants qu’aux adultes, avec ou sans médication.

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RECETTE

Macaroni aux patates douces et au fromage

> Portions : 8
> Préparation :  15 min
> Cuisson :  25 min

Recette tirée du livre Savoir quoi manger — TDAH

Ingrédients

  • 2 grosses patates douces, pelées et coupées en cubes
  • 500 ml (2 tasses) de lait 3,25 % ou de boisson de soya non sucrée
  • 1 c. à soupe d’huile d’olive
  • 120 g (1 tasse) de fromage cheddar râpé
  • 3 c. à soupe de levure alimentaire Red Star
  • 1 c. à café de moutarde de Dijon
  • 1 c. à café de curcuma moulu
  • 1 c. à café de poudre d’ail
  • 330 g (3 tasses) de macaronis de blé entier
  • 120 g (1 tasse) de fromage mozzarella râpé ou 100 g (1 tasse) de parmesan râpé
  • Sel et poivre

Préparation

  1. Dans une casserole d’eau, cuire les patates douces pendant 10 minutes ou jusqu’à tendreté. Égoutter et remettre dans la casserole.
  2. Au pied-mélangeur, réduire les patates en purée. Ajouter le lait, l’huile, le cheddar, la levure alimentaire, la moutarde, le curcuma et l’ail. Saler et poivrer. Poursuivre la cuisson environ 3 minutes.
  3. Entre-temps, dans une grande casserole d’eau bouillante salée, cuire les macaronis pendant 7 à 8 minutes ou jusqu’à ce qu’ils soient al dente. Égoutter.
  4. Ajouter les pâtes dans la casserole de purée et mélanger. Étendre la préparation dans un plat à gratin huilé et garnir de fromage.
  5. Faire gratiner le macaroni sous le gril du four pendant 4 à 5 minutes ou jusqu’à ce que le fromage soit doré.
  6. Info TDAH : La patate douce est une alliée du cerveau en raison de sa teneur élevée en bêtacarotène, manganèse et vitamine B6, lesquels sont impliqués dans la production des neurotransmetteurs.
Macaroni aux patates douces et au fromage