S’armer contre la «bullshit» nutritionnelle

Bernard Lavallée, surnommé «le nutritionniste urbain», a lancé au début du mois le livre «N’avalez pas tout ce qu’on vous dit», dans lequel il désamorce plusieurs mythes et pièges liés à l’alimentation. Le Soleil s’est entretenu avec l’auteur, aussi chroniqueur, conférencier et blogueur, juste après son passage au Salon international du livre de Québec.

Q Comment s’est déroulée votre expérience au Salon du livre, quelle a été la réaction du public?

R En fait, on a manqué de livres! Ça démontre tout l’engouement pour l’alimentation et la nutrition, parce que ça touche tout le monde. Lors des rencontres que j’ai faites, les gens me disaient surtout à quel point ils étaient perdus et faisaient état de leur «culpabilité alimentaire». Ça les rassurait de savoir que je mange du chocolat et des frites dans la vie! Même un nutritionniste comme moi ne vise pas la perfection.

Le nutritionniste et auteur Bernard Lavallée lors de son récent passage au Salon international du livre de Québec.

Q Sommes-nous aujourd’hui trop informés sur l’alimentation?

R La réponse est oui. La majorité des informations qui arrivent au consommateur est inutile et devrait rester dans la sphère scientifique. La nutrition est une science qui étudie les petites pièces d’un casse-tête [les nutriments]. La problématique est qu’aujourd’hui, au lieu de parler des aliments dans leur ensemble, on parle des nutriments : calcium, fibres, gras trans, oméga-3… Le consommateur devrait être exposé au portrait global. Par exemple, au lieu de lui dire de limiter sa consommation de sodium, on devrait simplement lui dire de limiter les aliments qui en contiennent en grande quantité, soit les aliments ultra-transformés.

Q A-t-on peur de ce qu’on mange?

R Comme on en parle tellement, l’alimentation est devenue anxiogène. Pour certains, manger sainement devient une obsession qui les prive même d’interactions sociales, par exemple en s’interdisant de manger au resto. Mais manger, ça doit aussi être un plaisir.

Q Selon vous, les fausses nouvelles sont-elles abondantes en nutrition?

R Les fake news, c’est une réalité en nutrition depuis toujours. C’est un terrain propice à la bullshit nutritionnelle. La majorité de ce qu’on voit ne devrait pas influencer nos comportements, c’est juste du bruit. Un conseil : si une nouvelle est trop belle pour être vraie, c’est que c’est le cas. Si elle contient des termes comme «miraculeux», «poison», «révolution»… c’est qu’il faut s’en méfier. Il faut pouvoir vérifier qui donne l’info, quel est le contexte de l’étude.

Q Superaliments, aliments anti-cancer, suppléments de toutes sortes… la nourriture est-elle perçue comme un «médicament»?

R Les superaliments n’existent pas! Encore une fois, ce n’est qu’un terme de marketing. Ce qu’on désigne comme tel, c’est un aliment qui contient par exemple une quantité plus élevée de tel antioxydant, ce qui le rend intéressant. Toutefois, ce n’est pas parce qu’un produit contient un superaliment qu’il est bon pour la santé : un biscuit ultra-transformé qui contient des baies de Goji, ça reste un biscuit ultra-transformé! Quant aux suppléments et produits naturels… On a une espèce de mythe, de croyance comme quoi on a une carence en nutriments, ce qui est très rare aujourd’hui dans les pays développés. Les problèmes de santé publique sont plutôt les maladies chroniques, liées à la consommation d’aliments ultra-transformés.

Q Comment le milieu de la nutrition, c’est-à-dire vos collègues nutritionnistes, réagissent-ils à vos propos?

R [rires] C’est LA question que tout le monde me pose! En fait, les commentaires de mes collègues sont généralement très bons, la plupart ont sensiblement le même message.

Bernard Lavallée 
N’avalez pas tout ce qu’on vous dit 
Éditions La Presse, 26,95 $

Q Vous semblez en avoir contre l’industrie agroalimentaire… est-ce le cas?

R Pas vraiment… Mais il faut garder en tête que la priorité de l’industrie, ce n’est pas notre santé. Sa priorité, c’est de faire de l’argent et de prendre les moyens pour y arriver.

Q Quels sont vos conseils à quelqu’un qui va à l’épicerie pour faire de bons choix alimentaires?

R D’abord, d’aller vers des aliments qui ne sont pas emballés, c’est-à-dire des aliments frais non transformés, comme les fruits et légumes. Ensuite, pour les autres aliments, privilégier ceux dont la liste d’ingrédients est la plus courte possible, soit cinq ou moins, et qui ne contiennent pas d’additifs artificiels. Aussi, éviter les aliments avec des personnages sur les emballages : il s’agit d’un outil de marketing destiné aux enfants et ils sont souvent très sucrés. Enfin, il est préférable d’éviter également les aliments avec des «allégations nutritionnelles» sur l’emballage (riche en fibres, contient des oméga-3, contient des baies de Goji, un «superaliment»…). Encore là, il s’agit avant tout d’une tactique de marketing nutritionnel.

En quelques mots

Pour résumer en quelques mots les conseils de Bernard Lavallée pour bien s’alimenter sans se casser la tête.

- Mangez une variété d’aliments

- Mangez moins d’aliments ultra-transformés

- Misez sur les végétaux

- Écoutez les signaux de votre corps (faim et satiété)

- Ayez du plaisir!