Karine Tremblay
La Tribune
Karine Tremblay

Moisson de livres d’ici

CHRONIQUE/ Mois du Défi 100 % local, septembre nous invite à mettre les aliments de proximité au menu. Question de nourrir l’inspiration « locale », et parce que, avant de passer en cuisine, souvent, on bouquine, regard sur quelques récentes parutions signées par des auteures québécoises. 

La cantine végane - Recettes pour bons vivants
Marie-Michelle Chouinard, VLB Éditeur, 184 pages

Depuis un peu plus d’une semaine, les réseaux sociaux sont tapissés de photos de brownies cookies’n cream. Chacun partage en images sa version maison de la fameuse recette de Marie-Michelle Chouinard alias la blogueuse Une maman végane. 

Les décadents carrés sucrés aux biscuits Oreo dont l’auteure nous révèle le secret traduisent bien l’approche décomplexée qu’elle adopte envers la cuisine végé. Dans son tout récent livre, La cantine végane, la Montréalaise désormais établie à Québec partage une sélection de recettes et de plats sans produits animaux. Elle se garde bien de verser dans la tendance du végé-tout santé. Soupe orge et bœuf (sans bœuf), burger au poulet frit (sans poulet), chaudrée de palourdes (sans palourdes), tofu jambon, crabcakes (sans crabe), bâtonnets de fromage (sans produits laitiers), beignes Boston, omelette nature (sans œufs), poutine, gnocchis et raviolis, sont quelques-unes des propositions véganisées qu’elle décline dans son appétissant ouvrage. Ses plats inspirés de classiques bien québécois ont en commun de miser sur le plaisir gustatif avant tout. Elle ne fait pas l’apologie du kale et du quinoa, ne vante pas les mérites du tofu, ne martèle pas les avantages du régime végé par rapport à celui carné. Elle donne plutôt les clés (lire ici : les recettes) qui convaincront probablement même les plus sceptiques. Après tout, au final, c’est encore et toujours le test de goût qui fait foi du reste. Et, oui, j’ai fait comme tout le monde et j’ai cuisiné ses brownies à fort index glycémique. Les délices sucrés parsemés de miettes d’Oreo ont tous disparu du plat en moins de 24 h. Les enfants en ont redemandé. J’appelle ça un test de goût concluant. 

Les recettes de Mandy - Salades gourmandes et autres délices
Mandy Wolfe, Rebecca Wolfe & Meredith Erickson,  Les éditions La Presse, 246 pages

L’histoire des restaurants Mandy’s est fascinante et l’enviable réputation de l’enseigne gourmande s’est bâtie une salade à la fois, littéralement. Depuis ses timides débuts dans une boutique de vêtement où les sœurs Wolfe avaient un tout petit comptoir à salades d’à peine un mètre qu’elles tenaient à bout de bras, toutes seules, le commerce familial a fait un sacré bout de chemin. La bannière du duo de frangines compte aujourd’hui huit établissements dans le grand Montréal. Rendu là, on peut parler d’une institution dans le paysage de la métropole. Une institution qui révèle quelques-uns des secrets de son succès dans le livre Les recettes de Mandy, pour lequel j’ai eu un coup de cœur. 

L’ouvrage présente une variété de smoothies, de salades, de vinaigrettes et de bols santé tous aussi appétissants les uns que les autres parce qu’ils sont faits d’ingrédients savamment choisis et joliment apprêtés. L’éventail, vaste et éclectique, fait la démonstration que la salade peut être reine de l’assiette et faire pâlir d’envie même le plus somptueux des plats chauds. J’aime particulièrement le fait que les recettes de base peuvent être réinterprétées et agencées avec d’autres ingrédients à l’envi. Et si je suis une fan finie de salades, j’avoue que j’ai d’abord craqué pour les biscuits aux pépites de chocolat. La recette ouvre le court chapitre consacré aux desserts et est présentée comme une spécialité que Mandy peaufine depuis l’enfance. Son secret? Une technique que j’avais déjà vue ailleurs sans me décider à la tester parce que, tout de même, ça demande un peu plus de temps que d’assembler tous les ingrédients dans un même bol. C’est que, au lieu de fouetter le beurre ramolli avec le sucre, Mandy le fait mousser et brunir dans une casserole, à feu moyen. Le tour de main apporte une touche caramélisée à nulle autre pareille. Parole de fille qui fait des biscuits aux pépites de chocolat depuis qu’elle sait manier une spatule. 


› 3 fois par jour - Tome 4 - Un peu plus végé
Marilou, Les Éditions Cardinal, 262 pages

Après Geneviève O’Gleman et son bouquin Presque végé, paru l’an dernier, (et deux décennies après Le végétarisme à temps partiel proposé par les nutritionnistes Louise Lambert-Lagacé et Louise Desaulniers), c’est au tour de Marilou de plonger davantage dans la marmite des repas sans viande. 

Après tout, la tendance est là et elle n’est près de s’essouffler. Dans cette quatrième brique — et la première qu’elle signe en solo, sans l’apport photographique de son ancien complice Alexandre Champagne — la populaire créatrice de recettes propose une vaste sélection de plats où la viande est la plupart du temps éclipsée. 

Dans la continuité des trois premiers tomes de la collection, l’imposant recueil est magnifique et truffé d’alléchantes photos. 

Les recettes, elles, sont fidèles à ce qui a contribué à la popularité de Marilou. Une grande facilité d’exécution, des ingrédients faciles à trouver, un zeste d’originalité. 

Les aubergines parmigiana qu’elle propose, faites chez nous avec de la végénaise plutôt que de la mayonnaise comme le commandait la recette, ont fait l’unanimité autour de ma tablée. Plus que ça : le plat a même réussi à faire aimer les aubergines à mon grand qui d’ordinaire les déteste pourtant. Les coquilles farcies aux épinards et au tofu gratiné ont connu le même succès. Et la bisque de carottes caramélisées a séduit les papilles de la famille. J’ai personnellement été moins convaincue par la recette du mijoté de pois chiches à la crème, mais c’est sans doute parce que j’ai l’habitude des déclinaisons à l’indienne où les épices goûteuses parfument davantage la casserole. 

Bref, avec sa vision d’une assiette un peu plus végé qui est tout sauf culpabilisante et ses recettes qui sont résolument accessibles et familiales, Marilou vise juste.

Ces muffins dont tout le monde parle
Madame Labriski, Les Éditions de l’Homme, 200 pages

La reine de la galette délaisse la plaque, mais pas la purée de dattes. La sélection de muffins qu’elle présente dans son troisième livre de recettes, lancé cet été, promet de nous aider à pimper la boîte à collations. 

Mériane Labrie, alias Madame Labriski, propose ici un florilège de muffins santé tous naturellement sucrés aux dattes. Combinaisons classiques (chocolat, citron-pavot-canneberges, pommes-pacanes), muffins-déjeuner (bananes-beurre d’arachide, avoine-petits fruits), muffins-dessert (chocolat-cerises, vanille-confettis) et même des muffins-paléo : il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les régimes, d’autant que les options sans gluten et végétaliennes figurent aussi dans l’ouvrage aussi pétillant et ludique que les deux précédents bouquins signés par l’auteure de Québec.  

Le petit plus : tout un chapitre est consacré aux muffins salés, qu’on gagne à cuisiner davantage tant ils sont polyvalents. Ceux de la Madame sont faits à base de quinoa cuit. L’apport protéiné étant ainsi encore plus grand, le muffin salé devient le parfait compagnon du potage de midi. Figues et fromage de chèvre, kale, tomates séchées et épices, champignons, roquette et romarin, olives et pistaches, courgette et pesto sont quelques-uns des délicieux mariages de saveurs qu’elle propose. Après avoir parcouru le bouquin, j’ai envie de tout essayer. Si la tendance se maintient, les enfants auront des muffins dans leur boîte à lunch toute l’année. 

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Carnet de défi… local

› Un film et une expo

Dans le cadre du Défi 100 % Local, et en collaboration avec Créateurs de Saveurs Cantons-de-l’Est, la Maison du Cinéma de Sherbrooke présente La ferme et son état le 19 septembre prochain, à 18 h 30. Le documentaire réalisé par Marc Séguin et lancé en 2017 permet d’entrer dans le quotidien de jeunes agriculteurs et agricultrices qui rêvent d’une façon de travailler la terre responsable, innovatrice et écologique.

Le visionnement sera bonifié d’une discussion avec différents panélistes et la soirée servira aussi de rampe de lancement à une exposition de photos pensée pour marquer les 10 ans de Créateurs de saveurs Cantons-de-l’Est. Ladite exposition sera offerte virtuellement à partir du 19 septembre (via le site www.createursdesaveurs.com).

Pour la concocter, Mariepier Baril, conseillère au développement alimentaire au CIBLE (Conseil de l’industrie bioalimentaire de l’Estrie) et le photographe Yan Kaczynski sont allés à la rencontre de celles et ceux qui nous nourrissent. En tout, 14 producteurs des Cantons-de-l’Est ont reçu leur visite. 

« Fromagerie, pisciculture, miellerie, vignoble, acériculture : on a touché à plusieurs niches. Cette expo, c’est un mélange de portraits et de photos qui illustrent tout le travail et le savoir-faire de nos artisans. On a souvent une vision très bucolique du monde agricole, mais les images de l’exposition montrent aussi l’arrière-scène de l’alimentation, elles nous permettent d’entrer dans l’univers et l’intimité des gens qui travaillent fort chaque jour pour qu’on ait de quoi garnir nos assiettes », souligne Mme Baril.

Intéressé.e.s? 

Les billets pour la soirée, disponibles en nombre limité, sont en vente sur le site de la Maison du Cinéma. KARINE TREMBLAY

Questions, commentaires, suggestions : karine.tremblay@latribune.qc.ca
Suivez-moi sur Instagram : karine.encuisine

Simon Côté, de la Miellerie Lune de Miel à Stoke, fait partie des artisans dont le travail sera illustré dans l’exposition virtuelle qui sera lancée samedi prochain et qui est chapeauté par Créateurs de saveurs Cantons-de-l’Est.