À Montréal notamment, quelques pâtisseries se sont lancées dans la confection de number cakes dans les derniers mois.

Gâteaux: la folie des chiffres

La folie des number cakes n’a pas encore gagné la capitale, mais Le Soleil prédit que ce n’est qu’une question de temps avant que les gens de Québec craquent eux aussi pour ces gâteaux personnalisés en forme de chiffres, qui laissent une large place à l’imagination pour ce qui est des couleurs et de la décoration.

En fait, les chiffres sont à l’honneur pour souligner l’anniversaire de quelqu’un — on évite par le fait même une surenchère de chandelles —, mais les lettres (letter cakes) sont aussi fort populaires pour offrir un gâteau personnalisé. Dans un cas comme dans l’autre, le principe est le même : deux étages d’une pâte à biscuit, avec entre les deux et sur le dessus un crémage qui se «tient» bien. 

On y ajoute ensuite les éléments décoratifs désirés : fruits frais entiers ou en morceaux, friandises, macarons, fleurs… Les images parlent d’elles-mêmes! Sur Instagram, suffit de faire une recherche avec les mots clics #numbercake et #lettercake pour voir toutes les déclinaisons possibles.

À Montréal notamment, quelques pâtisseries se sont lancées dans la confection de number cakes dans les derniers mois. C’est le cas de Gourmandise d’Amandine, dans Villeray, où la Française d’origine Amandine Barreau a déjà quelques créations à son actif. «Ça commence à arriver… C’est déjà populaire en France et aux États-Unis, mais ici les gens ne connaissent pas encore vraiment ça», indique la pâtissière qui a ouvert son commerce il y a un an. 

Une création de Dolce & Gâteaux, à Montréal

«J’utilise une pâte sablée au beurre [pour la base], qui peut être aussi au chocolat ou à la vanille, avec une ganache montée au chocolat blanc [comme crémage] ou une crème pralinée, façon Paris-Brest, un dessert typiquement français. L’important c’est d’avoir une crème qui se tient», explique Mme Barreau, qui trouve ces gâteaux «beaucoup plus savoureux» que ceux au fondant, toujours très populaires.

Chez Dolce & Gâteaux, qui compte deux adresses dans la métropole, la fondatrice Luisa Pinto constate qu’il y a «beaucoup de demandes depuis le début de l’année» pour les number cakes et letter cakes, même si c’est «très nouveau». «Je dois avoir en moyenne trois commandes par semaine», estime la pâtissière qui s’est lancée en affaires il y a six ans. 

«Tout récemment, on en a fait un pour souligner un 100e anniversaire!» signale fièrement Mme Pinto, précisant que ce genre de création n’est pas très difficile ni très longue à faire. «Comme on doit couper la pâte [pour faire le chiffre ou la lettre voulue], c’est certain que ça crée des retailles, mais ici nous les récupérons pour en faire des tiramisus, entre autres, pour éviter les pertes.»

Luisa Pinto indique apprécier ces gâteaux «nus», dont on voit l’intérieur et qui sont plus «naturels». La pâtissière confie puiser son inspiration de ce qui se fait notamment en Europe, mais aussi en Australie et en Russie.

Comment on fait?

On commence par trouver sa recette préférée de pâte sablée (nature, aux amandes, aux noisettes…). Si on fait deux chiffres ou lettres — disons les lettres «R» et «P» pour l’auteure de ces lignes —, il faut prévoir suffisamment de pâte pour y découper deux fois chaque lettre, comme il y a deux étages. Pour le moule, le plus simple et économique est de découper chaque lettre dans une feuille de papier ciré ou cartonné, pour ensuite la disposer sur la pâte cuite et tracer le contour à l’aide d’un couteau.

On choisit ensuite son crémage, assez consistant (ganache, crème pralinée au chocolat…), qu’on disposera en petits points, à l’aide d’une poche à douille, sur le sablé bien refroidi. 

Une fois le premier «R» et le premier «P» bien recouverts de crémage, on ajoute la deuxième couche de pâte et on recouvre également celle-ci de crémage. Ensuite, place à la créativité! Fruits découpés ou entiers, macarons, chocolats, fleurs, bonbons, perles comestibles… tant que ça se tient (on oublie les coulis et fruits trop juteux), que c’est beau et… bon, surtout! 

***

De Blanchet: entre créativité et tradition

Depuis 2004, De Blanchet se spécialise dans la création de gâteaux, en particulier les gâteaux de mariage. Le Soleil s’est entretenu avec la conseillère Nathalie Déry, à la barre de l’entreprise avec le chef pâtissier Roland-Alain Blanchet, pour savoir ce qui fait fondre les palais sucrés de la capitale.

«Les Québécois sont très con­ser­vateurs!» admet d’emblée Mme Déry. «Les gens plus âgés sont très traditionnels, et maintenant des gens de tous âges se marient», remarque la conseillère, signalant que le fondant a toujours la cote. 

Du côté des saveurs, les pâtes à la vanille et au chocolat sont les plus populaires, avec toutefois des variantes selon les années : «une année, on avait plusieurs Red Velvet, et aussi de la pâte aux amandes ou à saveur de champagne… En 2016 c’était la framboise, l’année suivante la fraise et le citron. Cette année jusqu’à présent c’est mixte, avec beaucoup de chocolat et de la vanille», indique Nathalie Déry.

Création réalisée par De Blanchet

Lorsque des clients souhaitent faire une commande, la conseillère leur fait parvenir un coffret de dégustation pour les aider à faire leur choix — il n’y a rien comme le tester! 

Une fois qu’ils savent ce qu’ils veulent que ça goûte, il faut déterminer à quoi le gâteau ressemblera. Et là, l’imagination est la seule limite — avec le portefeuille. Les gens s’inspirent beaucoup de ce qu’ils voient sur Pinterest et autres Instagram, mais il faut se méfier des photos retouchées — «ça ne donne pas toujours le même résultat en vrai», note Mme Déry, reconnaissant toutefois qu’«on fouille beaucoup, beaucoup sur la Toile» pour s’inspirer.

Le climat a aussi son rôle à jouer : «Au Québec, ce n’est pas comme en Ontario ou aux États-Unis, on a un climat très humide. Il faut concevoir un gâteau qui va pouvoir tenir longtemps [dans ces conditions].»

Complexité du modèle

Le prix du gâteau variera bien sûr selon le choix de saveurs pour la pâte et la garniture, mais surtout selon la complexité du modèle. «On a fait récemment un gâteau en forme de valise qui nous a pris presque 40 heures à réaliser. C’était assez complexe parce qu’il y avait des éléments pour lesquels on n’avait pas de moule pour les faire», explique Nathalie Déry. 

Cette dernière note que le motif le plus fréquent qui lui est demandé est le «capitonné», avec des losanges et des perles aux intersections. «Une année, on faisait un gâteau avec deux étages capitonnés et deux étages pleins, avec des cascades de fleurs… maintenant les fleurs sont davantage regroupées au centre du gâteau.»

De Blanchet conçoit des gâteaux personnalisés au prix minimum de 5 $ par portion (donc, si on souhaite 50 portions, il faudra débourser au minimum 250 $). «La moyenne tourne autour de 5,50 $ à 6,75 $ la portion.»

Saison des mariages oblige, le carnet de commandes de De Blanchet est déjà bien rempli pour l’été — mieux vaut s’y prendre d’avance pour un anniversaire ou un shower! L’entreprise est également un fournisseur pour plusieurs établissements hôteliers, et conçoit aussi des desserts pour certains restaurants ainsi que le Centre des congrès de Lévis.  Raphaëlle Plante (collaboration spéciale)

Pour info : facebook.com/DeBlanchet et deblanchet.ca (site bientôt renouvelé, nous indique-t-on)

Création réalisée par De Blanchet