Un homme lit une affiche informative sur la campagne lancée par le maire Gregory Gendre contre l'ouverture d'un MacDonald à un kiosque de la Zone d'alimentation durable de Dolus-d'Oleron en France.

France: contre un McDonald's, un village entre en résistance

DOLUS-D'OLÉRON - Anguille persillée et vins locaux versus fast-food: contre l'ouverture d'un McDonald's, un village français a inauguré samedi une Zone d'alimentation durable, clin d'oeil aux "ZAD", ces sites occupés par des opposants à un projet qui font florès en France.

"MacDo No on Oléron" résume une affichette en franglais à l'entrée de la Cailletière, ancien domaine agricole de 4 hectares longtemps vaincu par les ronces, et situé sur la petite commune de Dolus d'Oléron, sur l'île éponyme du sud-ouest de la France, destination touristique réputée pour son charme tranquille.

Depuis quatre ans, Grégory Gendre, maire du village de 3.200 habitants, se bat en justice contre un projet de construction du géant du "fast-food". Mais, explique-t-il, "nous ne voulions pas rester sur la défensive, nous voulions créer une alternative".

La mairie et des bénévoles ont ainsi aménagé un site non loin de l'endroit supposé accueillir l'enseigne américaine en "laboratoire à ciel ouvert" des nouvelles pratiques de l'alimentation durable.

Stands proposant des huîtres naturelles, anguille persillée ou vins locaux, ateliers de cuisine, conférences : l'ambiance se veut bon enfant pour la première manifestation du projet, coordonné par le "Mouvement pour une alimentation citoyenne sur Dolus d'Oléron", dont l'acronyme forme un ironique "MacDol".

Dans cette nouvelle ZAD, dont l'acronyme sonne comme les "Zones à défendre" qui ont fleuri en France ces derniers temps, notamment celle de Notre-Dame-des-Landes (ouest) qui vient d'être évacuée, on défend "un véritable choix de société" pour "le bio et les circuits courts" et contre "des modèles de franchise sans aucun lien avec les territoires".

A la Cailletière, le maire prévoit une cantine associative et un skate-park. Sans compter à terme des champs en "culture biologique", une "couveuse agricole"...

En quelques années, le conflit de M. Gendre avec la multinationale est devenu "symbolique". Les implantations de McDonald's ont plus d'une fois rencontré de vives résistances en France, pays de la bonne chère qui a souvent accusé la multinationale de servir de la "malbouffe".

Tout commence en 2014 lorsque la liste emmenée par Grégory Gendre, alors 36 ans, fondateur de "Roule ma frite", entreprise recyclant les huiles de friture en carburant, emporte l'élection municipale.

A l'époque, le projet de construction d'un "MacDo", comme on dit en France, divise déjà les habitants et le jeune candidat en a fait un argument de campagne contre la municipalité sortante, favorable à cette implantation dans une petite zone commerciale.

La nouvelle municipalité refuse à trois reprises la demande de permis de construire mais la multinationale et le propriétaire du terrain, Philippe Villa, ex-maire adjoint et désormais élu d'opposition, en appellent à la justice administrative.

"Cow-boy"

En septembre 2017, le tribunal de Poitiers (centre-ouest) impose à la mairie d'accorder le permis et la contraint à payer "300 euros par jour de retard". Pas question pour Grégory Gendre : la mairie fait appel et des collectes sont organisées pour payer l'astreinte, ayant pour l'heure récolté 32.000 euros, selon l'édile.

Depuis, l'atmosphère dans la commune s'est tendue, ces "astreintes" financières inquiétant une partie des habitants.

A une pétition contre le projet ayant recueilli 3.600 signatures, un collectif favorable à l'installation du restaurant met en avant les "40 CDI et 30 CDD qui ne se refusent pas". Il réunit 2.000 membres sur Facebook.


« "On n'a rien contre un projet alternatif, mais on refuse que, pour des convictions personnelles, le maire empêche les gens d'avoir accès à un commerce quel qu'il soit" »
Explique à l'AFP Marc, membre du collectif pro-MacDo

En février, un "projectile" vise une fenêtre chez Philippe Villa. Début avril, des graffiti "Estocade d'Oléron", "ZAD vaincra", sont tagués sur un mur du domicile d'un membre de sa famille. Deux plaintes sont déposées.

"On n'a rien contre un projet alternatif, mais on refuse que, pour des convictions personnelles, le maire empêche les gens d'avoir accès à un commerce quel qu'il soit", explique à l'AFP Marc, membre du collectif pro-MacDo. "C'est du gâchis d'argent des contribuables", déplore ce graphiste de 51 ans qui critique un maire agissant comme un "cow-boy dans son village".

L'audience devant la cour d'appel administrative de Bordeaux (sud-ouest) est attendue mi-juillet. Si la justice autorise MacDo à s'implanter sur l'île d'Oléron, les habitants auront un choix inédit : MacDo ou MacDol.