Pour la critique du Soleil, les spécialités de l'établissement seront pour toujours ses croques. Le monsieur et le madame.

Café Krieghoff: toujours là!

CRITIQUE / Dimanche dernier, c'était LA journée du printemps. S'il n'y avait eu qu'une seule terrasse d'ouverte à Québec, j'aurais parié un 5 $ sur le Krieghoff.
J'avoue que la visite n'était pas préméditée (ou si peu!). Je sortais du théâtre où j'étais allée voir Constellations de Nick Payne, mise en scène par Jean-Philippe Joubert. J'en suis sortie chavirée par la fluidité du jeu des acteurs - les excellents Valérie Laroche et Christian Michaud - et les thèmes abordés: la naissance de l'amour, ses passages à vide, ses élans retrouvés et la mort qui rôde. En à peine 70 minutes alors que d'autres n'y arriveront jamais en trois heures, l'auteur réussit le tour de force de nous faire vivre plusieurs trames amoureuses et ces possibles qui s'enchevêtrent.
À 16 h 15, nous traînons donc, avec la copine Stef, une petite faim sur Cartier. Les émotions creusent, mais pas tant. C'est là que le Krieghoff s'invite dans la conversation. «Ça fait longtemps que j'y suis passée». «Moi aussi. Te souviens-tu?...» Il n'en fallait pas plus pour grimper les quelques marches de sa terrasse face à l'ouest. «Es-tu game de manger dehors?» «Bof. On coupe la poire en deux?» La fameuse poire, c'est l'une des tables près de l'entrée, en plein dans le courant d'air de la porte qui ouvre-ferme et rebelote...
Tourtière de cerf, tarte à l'oignon, fish & chips de morue, tartare de boeuf s'avancent aujourd'hui en spécialités de la maison qui fête ses 40 ans en 2017. Pour moi, les spécialités de l'établissement seront pour toujours ses croques. Le monsieur et le madame. Surtout qu'ils ne sont plus si nombreux, les restos, à en servir encore. Pourtant qui a-t-il de plus simple qu'une tranche de pain gratinée? J'opte pour la version monsieur. La copine choisit la quiche du jour aux épinards et fromage de chèvre.
En entrée, nous débutons par les calmars frits. Les fritures nous parviennent sans attente. Chauds, ces calmars montrent une panure friable qui ne leur adhère qu'imparfaitement. Je préfère nettement cela à une enveloppe trop épaisse. Côté texture, certains se révèlent toutefois légèrement farineux en bouche. La sauce tomatée - trop liquide - réservée à la trempette, nous la délaissons vite pour le quartier de citron à presser dessus.
Bien qu'on aille au Krieghoff pour boire - excellent café - et manger, ce restaurant ne cesse d'être la plaque tournante d'une faune éclectique. Impossible de ne pas y croiser un visage connu, une vague connaissance, le témoin d'une ancienne vie... C'est à la fois fascinant en plus d'expliquer en partie sa longévité. On peut y être simultanément seul et en bonne compagnie. Immuable, le décor n'a pas changé d'un iota. Par contre, la musique, elle, a évolué vers le folk atmosphérique de son époque.
Ils en jettent, nos plats. Ceux-ci débordent littéralement d'un mesclun touillé avec une vinaigrette basique (huile et vinaigre). Pas de feuilles fanées ou oxydées. Une évidence, vous direz? Malheureusement non. Il n'est pas rare de se faire passer des salades mal en point dans certains établissements. Au sommet du feuillage caracole toujours la traditionnelle julienne de carotte. Quant aux frites d'accompagnement, des allumettes croustillantes et un peu salées, elles échappent à toute tentative de reproche. Bravo pour ces garnitures.
Parlons maintenant de la quiche. Celle-ci à la pâte cassante, à l'opposé d'une pâte «mouillée» ou grasse, aurait suscité plus d'enthousiasme si l'appareil d'oeufs avait été mieux assaisonné. D'habitude facilement décelable, la saveur du fromage caprin ne perce pas ni le goût vert et typé des épinards. D'où une quiche bien exécutée, mais atone en bouche. Plus heureux, le croque-monsieur se compose de deux tranches de pain de ménage entre lesquelles s'étendent du jambon braisé - en trop petite quantité - et de la Béchamel pour sceller les ingrédients. À la mozzarella en guise de fromage à gratin, je préfère le gruyère ou l'emmenthal. Somme tout, ce croque est en plein le genre de croûte bonne pour le moral.
Adresse «nostalgie» pour les uns, «institution» pour la plupart des résidents de Montcalm (et d'ailleurs!), le Krieghoff a beau servir une cuisine qui ne se prend pas pour une autre, reste qu'il a ce que d'autres n'auront jamais : un petit quelque chose de «rassurant».
Au menu
Café Krieghoff
1089, avenue Cartier, Québec. Tél.: 418 522-3711
• Bistro
• Ouvert tous les jours
• Bouteille de vin à compter de : 39 $
• Petit déjeuner tous les jours
• Menu du jour de 14,95 $ à 20,95 $
• Entrées de 7,95 $ à 10,95 $
• Spécialité de 15,95 $ à 24,95 $
• Sandwiches, croûtons et burgers de 13,95 $ à 16,95 $
• Coût de l'addition pour deux avant taxes et service: 37,95 $ (incluant une entrée partagée et deux plats)
• Stationnement: dans la rue
On aime: ses frites maison, les petits déjeuners et l'accueil sympa.
On n'aime pas: le côté défraîchi du local. Un coup de pinceau ne lui ferait pas de mal ni n'effacerait une partie de son âme.