Héloïse Leclerc, une passionnée d'alimentation

Bienvenue dans l'univers du resto-bulle

Connaissez-vous les pop-up? Ces repas «spontanés» réunissent, par les réseaux sociaux, des gourmands aventureux lors de dîners organisés par des chefs amateurs dans des lieux inusités. Héloïse Leclerc, auteure du blogue 180 degrés (http://180degresf.blogspot.ca/), a imaginé une formule plus glamour et moins clandestine. Bienvenue dans l'univers du resto-bulle.
Le néologisme resto-bulle, c'est aussi Héloïse Leclerc qui y a pensé. Le terme restaurant pop-up la gênait pour deux raisons. D'abord, elle voulait le franciser et se dissocier de l'aspect illégal et sans permis. En revanche, promet-elle, ses bulles se tiendront toujours dans des endroits de prestige où le cachet, l'éclairage et l'ambiance sonore contribueront à leur donner une saveur événementielle.
En fille de détails, Héloïse Leclerc a confié la gestion du service à Maxime Renaud, récipiendaire, l'été dernier, d'une médaille d'excellence lors de la finale des Olympiades de la formation professionnelle et technique à Leipzig. Le diplômé de Fierbourg a ainsi pour intrigant mandat de «repenser le service pour surprendre les convives».
Mais n'est-ce pas beaucoup d'efforts pour une aventure d'un soir? Car il n'y a pas de prise deux. Chaque bulle est unique. Pas question de la péter avec une redite. «Oui et non. Je n'ai pas de frais fixes et récurrents à payer, ni de risques financiers à long terme [...] c'est surtout très stimulant.» Travaillerait-elle dans un restaurant? «Non. Répéter les mêmes recettes durant trois ou quatre mois serait un "tue-créativité" dans mon cas.»
Foodista
Après plus de 300 billets rédigés sur son blogue, Héloïse Leclerc aspire aussi à une reconnaissance professionnelle de son statut de foodie. Son rôle, croit-elle, dépasse la définition plus floue de foodie. D'où l'idéation d'un nouveau chapeau, celui de foodista, c'est-à-dire une passionnée d'alimentation dotée d'une expertise qu'elle aimerait mettre à profit à titre de consultante dans le secteur de la restauration.
Entre l'organisation des bulles, cette détentrice d'une maîtrise en East Asian Studies de l'Université McGill capitalise aussi sur les acquis d'un stage de six mois en Chine. Elle y a appris le mandarin et développé un palais réceptif aux saveurs d'Asie. Aujourd'hui, elle enseigne la cuisine chinoise authentique lors d'ateliers sous forme de chef à domicile. «Étonnamment, les Québécois sont très réceptifs aux saveurs issues de la fermentation.»
C'est quand?
Le premier resto-bulle de Québec est prévu le 31 octobre. Vingt-cinq chanceux auront le privilège d'être reçus dans un lieu «non traditionnel» pour déguster un repas sept services orchestré de A à Z par Héloïse Leclerc, diplômée du Pacific Institute of Culinary Arts de Vancouver. Pour se procurer l'un des 25 billets à 119 $ (incluant la nourriture, les vins et le service), rendez-vous à http://restobulle.eventbrite.ca/.
À quoi s'attendre?
Le thème de la première bulle est le monde souterrain. Sans dévoiler le punch, Héloïse Leclerc promet un menu hautement conceptuel. «Les participants devront réfléchir avant de se mettre en bouche certains éléments comme "un sol comestible".» Néanmoins, elle révèle quelques indices en citant la science de Ferran Adrià (elBulli), les prouesses techniques pratiquées chez Alinea (Chicago) et l'influence du grand chef français Michel Bras. Elle va reproduire à son échelle l'un des plats signature de ce dernier. Louez le film de Paul Lacoste Entre les Bras pour en connaître l'identité... Flexitarienne, c'est-à-dire qu'elle pratique le végétarisme et consomme aussi des protéines animales, Héloïse Leclerc ne choisit que des viandes et des poissons issus de l'élevage responsable pour élaborer ses menus.
Les bulles à venir?
«Madame bulle» prévoit organiser huit événements annuels (avec relâche en décembre et en janvier), dont un estival. Les deux prochains thèmes seront le tailgate où la nourriture de stade sera «décontextualisée» en version gastronomique (date à venir) ainsi que la poésie et l'amour (14 février) pour la Saint-Valentin. À plus ou moins long terme, Héloïse Leclerc vise à implanter son concept à Montréal et à Sherbrooke.
«La fleur» de Chartier
Exceptionnellement, François Chartier a sélectionné les cinq services de vins versés lors du premier resto-bulle. Il fallait du culot pour l'aborder et lui demander de créer les harmonies entre les vins et les mets. D'autant que le sommelier et nouveau négociant ne la connaissait pas. «J'ai accepté par "émotion".» François Chartier a été sensible, raconte-t-il, à l'audace du projet d'Héloïse Leclerc. Sa contribution consiste aussi à la conseiller sur la façon d'ajuster les recettes pour parvenir à l'umami recherché. Dès la bulle deux, Dominique Sanschagrin de Tastevino prendra sa relève.