Des légumes en vente dans un marché de Seattle
Des légumes en vente dans un marché de Seattle

Avec le virus, moins de viande, plus de légumes pour les Américains?

NEW YORK — Moins de viande, plus de légumes : les Américains risquent de devoir bientôt se plier à cette formule, les chaînes de supermarchés limitant les unes après les autres les achats de viande, conséquence des fermetures temporaires d’abattoirs pour cause de coronavirus.

Les craintes sur une possible pénurie de viande au moment où approche la traditionnelle saison des barbecues ont été renforcées par la décision de l’enseigne Costco d’imposer à son tour des restrictions sur le nombre de morceaux de bœuf, de porc et de volaille que ses clients peuvent acheter face à la hausse de la demande.

Chaque client aura désormais le droit de se procurer un maximum de trois articles de viande, précise la compagnie dans un communiqué publié lundi sur son site Internet.

Cette mesure a pour but «d’aider plus de personnes à pouvoir acheter la marchandise dont ils ont envie et besoin», a justifié l’entreprise, qui gère 440 hypermarchés sur le territoire américain.

Costco n’est pas la première chaîne à annoncer ce genre de limitations aux États-Unis : les supermarchés Kroger et la chaîne Wegmans ont notamment fait des annonces similaires.

Depuis le confinement, les supermarchés ont observé une forte demande pendant que les fournisseurs sont contraints de fermer temporairement les abattoirs, où des salariés sont contaminés à la COVID-19.

Le déséquilibre entre l’offre et la demande pourrait s’accentuer dans les prochaines semaines dans la perspective du long week-end de «Memorial Day», le 25 mai, qui marque le début des barbecues d’été et est propice à une consommation accrue de viande.

Approvisionnement limité 

Des experts estiment pour autant que le risque de la pénurie n’est pas qu’elle soit généralisée, mais davantage localisée, en fonction du fournisseur des enseignes.

Le président Donald Trump a signé récemment un décret ordonnant aux usines, où sont abattus et transformés bovins, porcs et volailles, de rester ouvertes pour s’assurer qu’il y aurait de la viande dans les rayons des supermarchés.

Après avoir déjà fermé cinq sites, le géant de la viande Tyson Foods a prévenu lundi que de nouvelles fermetures d’abattoirs étaient plus que probables cette année.

Il est difficile «d’anticiper combien de temps vont persister ces défis causés par la COVID-19», a déclaré le pdg Noel White, ajoutant que la durée des fermetures variait pour l’heure entre «quelques jours et des semaines».

Par conséquent, la production de viande de Tyson Foods va nettement diminuer, d’autant que certains salariés ne se rendent plus à l’usine de peur d’être contaminés.

«Il va y avoir un approvisionnement limité de nos produits disponibles dans les magasins jusqu’à ce nous soyons à même de rouvrir nos sites», a averti M. White dans une entrée de blogue.

Chaque client de Costco n'aura désormais le droit de se procurer qu'un maximum de trois articles de viande.

Selon le principal syndicat agricole aux États-Unis, Farm Bureau, au moins 18 usines de viande ont été fermées au cours des deux derniers mois, diminuant au passage la capacité du pays à transformer de la viande de porc d’environ 20 % et celle de bœuf de 10 %.

Environ 20 salariés travaillant dans les abattoirs et usines de transformation de la viande aux États-Unis ont succombé à la COVID-19 et au moins 6500 ont été affectés à divers degrés au 30 avril, d’après leur syndicat UFCW.

Les conditions de travail sur les sites facilitent la propagation : les salariés y travaillent côte à côte sur les lignes de production et prennent souvent leurs pauses et repas dans des locaux ne permettant pas de respecter la distance recommandée.

Les entreprises du secteur assurent avoir mis en place les mesures sanitaires nécessaires pour protéger les travailleurs, entre tests de dépistage, contrôle de températures, protections pour le visage ou installations d’écrans en plexiglas.

Mais ces précautions arrivent trop tard, rétorquent des organisations défendant les salariés.

De leur côté, certains éleveurs ne peuvent plus acheminer leurs animaux à l’abattoir.

Si les vaches et bœufs peuvent sans trop de problèmes continuer à brouter dans les prés, les porcs sont la plupart du temps engraissés à l’intérieur selon un calendrier assez précis.

S’ils deviennent trop gras, ils perdent de leur valeur et peuvent se blesser.