Le message que souhaite lancer le nutrionniste Bernard Lavallée est d’aller chercher des sources de plaisir en cuisinant.
Le message que souhaite lancer le nutrionniste Bernard Lavallée est d’aller chercher des sources de plaisir en cuisinant.

À bas les restrictions… et les aliments «miracles»

En cette période de confinement nécessaire, bien des gens voient leur alimentation chamboulée par l’imposition d’un nouveau rythme de travail à la maison. Certains seront peut-être même tentés d’essayer de booster leur système immunitaire pour se prémunir contre la vilaine COVID-19 en suivant des conseils partagés sur les réseaux sociaux. Le Soleil fait le point avec le «nutritionniste urbain» Bernard Lavallée, pour départager le vrai du faux et s’armer de judicieux conseils pour garder de bonnes habitudes alimentaires.

Le nutritionniste Bernard Lavallée n’y va pas par quatre chemins lorsqu’on lui demande s’il y a des aliments ou suppléments spécifiques que nous devrions consommer en cette période de pandémie. «N’importe quel conseil alimentaire qui dit qu’en mangeant, qu’en consommant tel aliment ou tel supplément tu vas te prémunir ou guérir de la COVID-19, c’est faux!»

L’auteur des livres Sauver la planète une bouchée à la fois (2015) et N’avalez pas tout ce qu’on vous dit (2018), qui est également conférencier et blogueur, juge primordial de remettre les pendules à l’heure alors qu’il voit passer toutes sortes d’affirmations sur les réseaux sociaux. En collaboration avec son ami Olivier Bernard, alias le Pharmachien, Bernard Lavallée a recensé des conseils et remèdes tirés d’articles qui circulent sur le Web depuis quelques jours pour en dénoncer la teneur. 

«De la foutaise»

«Coupez tous les sucres, le virus s’en nourrit», «Consommez des boosters d’immunité comme le miel cru», «Prenez 10 granules de Nux vomica 7 CH tous les vendredi pour soutenir l’énergie du foie à drainer la chaleur causée pas le virus» — voilà quelques-unes des affirmations trompeuses recensées par le duo et partagées en image (voir ci-dessus) sur leurs réseaux respectifs.

Bernard Lavallée déplore que des gens tentent de profiter d’une situation qui nous fait peur pour en tirer profit et alimentent ainsi la désinformation sur les habitudes alimentaires à privilégier. «C’est de la foutaise. Les promesses de booster son système immunitaire, ça part d’un concept qui n’est pas scientifique.»

Le nutritionniste urbain précise cependant que les personnes qui ont de réelles carences en nutriments, «oui, ça affaiblit leur système immunitaire». Mais «les cas de malnutrition et de carences, c’est extrêmement rare chez nous en Occident, ajoute-t-il. Par exemple, la vitamine C est essentielle au système immunitaire, mais presque personne ici n’a de carence en vitamine C. Le fait d’en manger davantage ne changera pas grand-chose, elle ne sera pas absorbée par l’organisme et l’excédent sera évacué.»


« Les recommandations nutritionnelles qui sont préconisées demeurent inchangées et reposent sur un principe de base: avoir une alimentation variée, en mangeant le plus d’aliments frais possible, des fruits et légumes, des légumineuses et des grains entiers. »
Bernard Lavallée, nutritionniste

Il signale d’ailleurs qu’aux dernières nouvelles, il n’y pas de crainte de pénurie à avoir en ce qui a trait à l’approvisionnement alimentaire. «Les tablettes vides qu’on a vues dernièrement, c’est créé pas des gens paniqués. C’est un manque artificiel.» Et comme les épiceries font partie des services essentiels qui demeurent ouverts en cette période de «pause» forcée pour un grand nombre d’entreprises, nul besoin de faire de grandes réserves dans son garde-manger, rappelle le nutritionniste.

Enlever les «interdits»

Maintenant que bien des gens travaillent à deux pas du frigo, comment éviter de se laisser tenter par de fausses fringales?

Selon Bernard Lavallée, il faut éviter de s’ajouter des restrictions. La situation actuelle engendre son lot de stress pour plusieurs. «Souvent, les gens qui sont à la diète sont portés à manger davantage lorsqu’ils sont stressés, selon des études», signale le nutritionniste. 

Ce n’est donc pas le moment de s’ajouter des «interdits», mais plutôt de les enlever. «Moins on s’interdit quelque chose, moins on a le goût d’en manger... Si tu te restreints dans la vie, ça se peut que tu sois plus tenté lorsque des barrières sautent», comme cette distance avec le frigo et le garde-manger. Donc, «si t’as le goût de manger des biscuits, mange-les! C’est la peur d’en manquer qui fait qu’on en a davantage envie, mais on ne va pas en manquer».

En collaboration avec son ami le Pharmachien, Bernard Lavallée a recensé des conseils et remèdes tirés d’articles qui circulent sur le Web depuis quelques jours pour en dénoncer la teneur.

Aussi, le télétravail engendre une perte de repères qui nécessite une période d’adaptation pour se créer une nouvelle routine. «Généralement, notre routine alimentaire est dictée par notre horaire de travail. Avec le télétravail, notre horaire est plus flexible. À midi, au lieu de se dire : “Je dois aller dîner”, la question qu’on devrait se poser c’est plutôt : “Ai-je faim?” C’est un bon moment pour apprendre à être davantage connecté à ses signaux de faim.»

Avec un horaire plus flexible, c’est aussi l’occasion de prendre plus de temps pour cuisiner des mets qu’on aime. Même le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, le dit. «Quand j’ai vu qu’il recommandait de cuisiner des tartelettes portugaises, je criais dans mon salon!» confie Bernard Lavallée, trop heureux du message envoyé à la population. 

«Ça, c’est quelqu’un qui a vraiment compris ce qu’est la santé globale», ajoute-t-il dans un message publié sur Facebook, se disant «ému de voir les gens se partager leurs recettes préférées de Pasteis de Nata (les tartelettes portugaises) et de savoir que des milliers de personnes au Québec se sont données la mission d’en cuisiner».

Aller chercher des sources de plaisir en cuisinant ces fameuses tartelettes ou encore la divine sauce à spaghetti de maman, voilà le message que veut lancer le nutritionniste urbain pour reconnecter avec son alimentation.