Monde

Décès de Paul Bocuse, le «pape» de la gastronomie française

COLLONGES-AU-MONT-D'OR — Son nom était devenu un mythe et une marque : Paul Bocuse, star des fourneaux et ambassadeur de la cuisine française à travers le monde, est mort samedi à 91 ans dans son auberge de Collonges-au-Mont-d'Or, dans le centre-est de la France.

C'est dans cette commune près de Lyon qu'il était né le 11 février 1926, dans une lignée de cuisiniers remontant à 1765. C'est le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb qui a annoncé sa mort sur Twitter.

«Monsieur Paul, c'était la France. Simplicité & générosité. Excellence & art de vivre. Le pape des gastronomes nous quitte», a écrit M. Collomb, ancien maire de Lyon, sur le réseau social où pleuvaient les hommages.

Raymonde Bocuse, l'épouse du défunt, leur fille Françoise Bocuse-Bernachon et Jérôme Bocuse, fils de Paul né d'une autre union, ont fait part de leur «peine immense» dans un communiqué.

«Notre "capitaine" s'est éteint ce 20 janvier à 10hà l'aube de ses 92 ans. Bien plus qu'un père et un époux, c'est un homme de coeur, un père spirituel, une figure emblématique de la gastronomie mondiale et un porte-drapeau tricolore qui s'en est allé», ont-ils dit.

Selon une source proche, Paul Bocuse, qui souffrait depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson, «est parti paisiblement» lors de sa sieste matinale dans l'auberge.

Dans cet établissement pimpant et bondé, trois étoiles au Guide Michelin, rien ne laissait soupçonner le décès, le personnel restant souriant, appliquant une maxime du chef : «recevoir quelqu'un, c'est se charger de son bonheur».

«Aujourd'hui, la gastronomie française perd une figure mythique qui l'aura profondément transformée. Les chefs pleurent dans leurs cuisines, à l'Élysée et partout en France. Mais ils poursuivront son travail», a salué le président Emmanuel Macron dans un communiqué.

«Visionnaire»

Apprenti dans le restaurant lyonnais triplement étoilé de la mère Brazier à partir de 1946, le jeune Paul se forme également à l'école de Fernand Point, son «maître à penser», à Vienne, au sud de Lyon.

Meilleur ouvrier de France en 1961, trois étoiles au Michelin sans discontinuer depuis 1965, il transforme l'auberge familiale des bords de Saône en temple de la gastronomie, devenant au fil des ans et de ses voyages le patron d'un puissant groupe.

Bourreau de travail et premier chef à quitter ses fourneaux pour s'installer au Japon, au Brésil et aux États-Unis, il joue les globe-trotteurs, entraînant dans son sillage d'autres chefs qui voient en lui leur «père spirituel».

Les médias étrangers (New York Times, Die Zeit, Globo, Euronews etc.) ont relayé l'annonce de sa mort, saluant cette «toque» hors norme.

Son décès a suscité de nombreuses réactions dans le milieu de la gastronomie à travers le monde.

«C'est un monument de la cuisine, c'est quelqu'un qui a mis en avant ce métier», a renchéri Régis Marcon, chef français triplement étoilé et lauréat du Bocuse d'Or 1995, concours de cuisine international créé par Bocuse en 1987 à Lyon, qui a servi de tremplin à de nombreux chefs.

«C'est un jour de deuil national pour la gastronomie», a résumé le chef Marc Veyrat, en hommage à un «visionnaire» attaché à la transmission (vocation de la fondation éponyme créée en 2004), à un «homme de la terre qui magnifiait le produit» mais était «contre une cuisine trop moderne».

«Paul Bocuse. Un héros pour moi depuis mes premiers pas comme cuisinier», a tweeté Anthony Bourdain, critique gastronomique star sur la chaîne CNN.

De l'Espagne, au Pérou, en passant par la Suède, les chefs les plus renommés lui ont rendu hommage.

«Repose en paix, Paul Bocuse — dors bien, chef, et merci pour une vie de travail et d'inspiration», a ainsi tweeté Rene Redzepi, chef du restaurant Noma à Copenhague, deux étoiles au Michelin et élu meilleur restaurant du monde en 2010, 2011, 2012 et 2014 par le magazine britannique Restaurant.

Bocuse, cela restera la soupe aux truffes noires VGE dédiée à l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing; le loup en croûte feuilletée sauce Choron; la volaille de Bresse en vessie «Mère Fillioux» de porc, gonflée comme un ballon de football, tribut au passage chez la mère Brazier.

Alimentation

Dans l’assiette de la future maman

Pendant ma grossesse, est-ce que je peux manger du tempeh ou du kimchi? Boire du kombucha? Comment m’assurer d’aller chercher tous les éléments nutritifs nécessaires si je suis végane ou que je mange des aliments sans gluten? Quels poissons et viandes puis-je consommer?

Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans le nouveau livre de la collection Savoir quoi manger, Grossesse : 21 jours de menus. Avec cet ouvrage, paru le 11 janvier, la nutritionniste Stéphanie Côté ne fait pas que proposer d’alléchantes recettes pour les femmes enceintes (ou non!), elle fournit également une mine d’informations sur l’alimentation et les habitudes à adopter durant la grossesse.

Bien qu’il y ait une pléthore d’ouvrages destinés aux femmes enceintes, il n’y en a «pas des tonnes» qui traitent spécifiquement de l’alimentation, signale Mme Côté. «On souhaite offrir un ouvrage qui est à jour et le plus complet possible avec les réalités d’aujourd’hui [végétarisme et véganisme, intolérance au lactose, alimentation sans gluten, nouveaux produits sur le marché…]. On a souvent tendance à entendre parler de ce qu’on ne peut pas manger quand on est enceinte, des restrictions… Je veux plutôt amener des notes positives, montrer tout ce qu’on peut manger» pendant cette période.

Alimentation

Une bière au homard concoctée en Nouvelle-Écosse

MAHONE BAY — Une microbrasserie de la Nouvelle-Écosse a décidé de fusionner deux produits locaux très populaires dans les Maritimes : la bière et le homard.

La brasserie Saltbox, de Mahone Bay, concocte actuellement sa première bière «Crustacean Elation», dans laquelle les homards entiers sont plongés dans le processus dès le début du brassage.

Patrick Jardine a indiqué que l'idée fermentait depuis quelque temps et qu'on avait décidé de tenter le coup, d'autant plus que bière et homard s'accordent déjà très bien à table. Mais M. Jardine avoue que tout le monde n'a pas été conquis d'emblée par l'idée de mélanger ainsi les deux produits.

Les homards sont ajoutés aux céréales dès le début du processus de fermentation. Une fois retirés, les homards ont été dégustés par le personnel, puis les carcasses ont été rôties pour accroître leur saveur et concentrer leurs arômes, qui sont ensuite réintroduits dans le brassin au stade de la pasteurisation.

La nouvelle bière est toujours à l'étape de la fermentation et devrait être prête bientôt, à temps peut-être pour la saison du homard qui bat son plein.

Saltbox a ouvert son bar-brasserie à Mahone Bay, à l'ouest de Halifax, il y a un an et demi. M. Jardine rappelle que la microbrasserie expérimente depuis plusieurs recettes, notamment une bière qui vieillit dans des fûts de whisky.

Alimentation

Régal express

Le Picardie change de vocation

Une institution de l’avenue Maguire a fermé ses portes le temps de se renouveler. Après 40 ans, Picardie délices et boulangerie changera de concept et de créations culinaires, apprend-on dans un message publié lundi sur sa page Facebook. La propriétaire de l’établissement, Ginette Larochelle, a confirmé au Soleil que Picardie deviendra «un espace resto, avec un petit coin boutique offrant des produits faits maison». «On garde le service de traiteur. Le nom va changer comme il s’agit d’un nouveau concept», indique la propriétaire, révélant que l’endroit se spécialisera dans les brunchs, mais qu’il reste encore des détails à ficeler quant à la nouvelle vocation, notamment sur la formule qui pourrait être offerte en soirée. L’établissement devrait rouvrir ses portes «vers la fin février», après son réaménagement. 

Alimentation

Nos restos coups de cœur

Pour commencer la nouvelle année, on a demandé aux collègues de la salle de rédaction du Soleil quels sont leurs restaurants coups de cœur de 2017 : un nouveau resto qui les a conquis, une découverte qu’ils ont faite qui les a emballés ou un classique où ils aiment toujours retourner! Tous les types de restos étaient bienvenus — du casse-croûte à la grande table — et le résultat est… plutôt éclectique!

LE CLOCHÉ PENCHÉ

En amatrice de brunch, j’en ai essayé des restos les fins de semaine! Mais je reviens toujours à mon préféré, le Clocher Penché. Ce bistro raffiné qui a pignon sur rue dans Saint-Roch depuis de nombreuses années m’envoie au septième ciel avec son délicieux boudin, ou encore avec son classique «abbé Chamel» — notez les jeux de mots en lien avec l’église —, une gaufre avec œuf, jambon de la ferme Turlo, fromage Brie, béchamel, champignons et pommes de terre. La carte change quelques fois par année, mais les classiques demeurent et sont tous servis avec verrine gourmande et café. À découvrir aussi le midi en semaine et en soirée!

Mention : Le Voisin, la charmante buvette qui est presque voisine du Clocher Penché, ouverte depuis la fin de l’été, qu’on a découverte aussi pour le brunch (on craque pour le décor).

Raphaëlle, journaliste

203, rue Saint-Joseph Est

418-640-0597

clocherpenche.ca

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BATTUTO

Alimentation

Régal express

Une tournée de chocolat chaud!

Avec le froid qui sévit dernièrement, pas besoin d’autre raison pour avoir envie d’un bon chocolat chaud! Mais si vous cherchez un prétexte, sachez que du 20 au 28 janvier, La Tablée des Chefs propose La grande tournée du chocolat chaud, lors de laquelle les profits amassés bénéficieront à son programme visant l’éducation culinaire des adolescents. Pour cette quatrième édition, des établissements de Québec et de la grande région de Montréal créeront une recette exclusive de chocolat chaud à base de chocolat Valrhona, en vente au coût de 4 $. Pour chaque chocolat chaud vendu, 50 ¢ seront remis à La Tablée des Chefs pour poursuivre sa mission. À Québec, les adresses participantes sont le Bistro Le Sam du Château Frontenac, la Boulangerie du Lac (à Lac-Beauport), le Comptoir Boréal, Érico Chocolatier, Gaël Vidricaire
Pâtisseries, Le Truffé et la Pâtisserie à l’Européenne. Pour info : goo.gl/6LpCHn Raphaëlle Plante (collaboration spéciale)

Alimentation

France: en Champagne, les bulles bio se fraient un lent chemin

REIMS — «En bio, on prend les risques et on les assume» : des vignerons français ont tourné le dos aux produits phytosanitaires, désireux d’élaborer des champagnes bio, davantage révélateurs de la typicité du terroir.

Le mouvement reste encore marginal, sur seulement 1,9 % du vignoble de l’appellation champagne qui, elle, couvre au total 34 000 hectares dans le nord de la France, selon les chiffres de l’Agence Bio.

Mais la progression des surfaces au label «AB» (Agriculture biologique) a bondi de 14 % entre 2015 et 2017.

Produire bio ne s’improvise pas : «Si on veut faire ça pour mettre un beau logo sur une étiquette, on va vite déchanter», souligne Pascal Doquet, président de l’association des champagnes biologiques créée en 1998. Lui a dû attendre «six ans entre le début de la conversion et la commercialisation des premières bouteilles» labellisées AB.

Une gageure, qui s’explique par les trois années incompressibles de la conversion, couplée à la durée de vieillissement du champagne plus longue que celle des vins tranquilles, non-effervescents.

Sans oublier les impacts climatiques : la Champagne étant «très marquée par les flux océaniques», le vignoble est exposé à un risque de pourriture lié à l’humidité, explique Pascal Doquet, estimant se conduire en «vrai paysan» qui développe «la capacité de résistance de la vigne», l’inverse «des vignerons qui sont devenus des techniciens». Plus qu’une méthode de travail, une philosophie.

Terroir en bouteille

Le retour au sol, premier amendement du vigneron bio aux techniques moins invasives, laissant les racines de la plante s’infuser dans la terre, présage d’un vin de caractère... Ce qu’Éric Rodez, à la tête du domaine familial à Ambonnay, dans la Vallée de la Marne, appelle : «Faire chanter le terroir».

«Nous ne sommes pas assez dans cette logique-là, car elle est exigeante : il faut accepter de vivre au rythme de la nature, pas de l’horloge mondiale», constate-t-il en exploitant ses six hectares grand cru d’abord en bio, désormais en biodynamie.

Cette mutation a engendré des «vins libérés» aux notes «plus expressives», à «la longueur et la sensualité plus marquées», la qualité des cuvées étant décuplée par une «puissance olfactive et gustative», commente ce passionné volubile qui produit environ 50 000 bouteilles par an.

«Le bio pour moi, c’est une évidence, car c’est le terroir qui fait la signature de nos vins. Or, l’originalité ne peut pas venir d’une couverture chimique massive qui neutralise le goût», abonde Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave du Champagne Louis Roederer — 240 hectares en propre dont 10 hectares certifiés bio et 3,5 millions de cols produits par an.

La maison a réalisé sa campagne 2017 en bio grâce aux conditions climatiques favorables et compte progressivement convertir ses pratiques sur l’ensemble du domaine.

«Court-termisme économique»

Depuis une quinzaine d’années, la profession a réduit de 15 % son empreinte carbone et a divisé par deux le recours aux engrais azotés et aux produits phytosanitaires, précise le Comité Champagne, organe représentatif des 300 maisons et 15 000 vignerons de l’AOC, sans prendre ouvertement parti pour le bio.

Pour inciter l’interprofession à réduire son impact environnemental, il a lancé en 2014 sa certification «viticulture durable», «adaptée à la Champagne», délivrée à 192 exploitations soit plus de 4 000 hectares.

La plupart des grandes marques semblent néanmoins nettement peu pressées de prendre un virage bio.

Or «c’est le non-bio qui doit aujourd’hui justifier pourquoi tant de chimie : la justification a changé de camp», estime Jean-Baptiste Lécaillon.

Pour ces maisons gourmandes en hectares, le défi réside dans leur capacité à réussir une transition à grande échelle, en acceptant que «certaines années on puisse perdre 10, 20, 30 % de la récolte», selon ce spécialiste, lucide sur une approche qui balaie le «court-termisme économique».

Encore confidentielles pour toutes ces raisons, les «bulles» bio sont encore peu présentes dans la grande distribution en France, d’autant que la grande majorité des flacons sont exportés.

Alimentation

La guerre des mozzarella est lancée en Italie

ROME — Le feu vert donné cette semaine par le ministère italien de l’Agriculture à une demande d’appellation d’origine contrôlée pour une mozzarella de vache des Pouilles fait hurler les défenseurs de la mozzarella de bufflonne déjà reconnue en Campanie.

Avant même que Bruxelles ne donne son avis, le consortium de défense de la mozzarella de bufflonne a annoncé un recours devant le tribunal administratif.

«Les produits fromagers des Pouilles sont délicieux, mais, pour le caractère typique des productions locales et le plein intérêt de la valorisation des ressources de tous les territoires, la seule mozzarella DOP (appellation d’origine protégée) est et doit rester la nôtre, réalisée exclusivement avec du lait de bufflonne», avait prévenu la région Campanie dans un texte voté en septembre.

La mozzarella de bufflonne a obtenu le label DOP en 1996 et, après une période délicate liée aux contaminations des décharges sauvages autour de Naples, a connu une décennie record : 44 000 tonnes produites en 2016 (+31 % en 10 ans), dont 14 000 tonnes ont été exportées (+168 % en 10 ans).

Mais le lait de bufflonne coûte trois fois plus cher que le lait de vache, et même si le goût des deux produits est très différent, même si le ministère a clairement fixé les contraintes pour les laiteries des Pouilles et l’obligation d’afficher qu’il s’agit de mozzarella de vache, la Campanie redoute la confusion.

«La partie n’est pas terminée, nous irons jusqu’au bout et nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour éviter ce qui nous apparaît clairement comme un but contre son camp de la part de l’Italie, que ni les marchés ni les consommateurs ne comprendront», a prévenu dans un communiqué Domenico Raimondo, président du consortium de défense de la mozzarella de bufflonne.

Alimentation

Le chef italien Massimo Bottura veut ouvrir à Paris un «réfectoire» pour les démunis

PARIS — Un des plus grands chefs du monde, l’Italien Massimo Bottura, veut ouvrir à Paris un «réfectoire» pour les personnes défavorisées, qui serait installé dans la crypte de l’église de la Madeleine, selon un projet encore en discussion.

Massimo Bottura est à la tête de L’Osteria Francescana à Modène, élu «meilleur restaurant du monde» en 2016 par le classement «Fifty Best». Il a lancé en 2015 à Milan lors de l’exposition universelle son premier refettorio, une cantine où de grands chefs viennent cuisiner gratuitement pour les plus démunis à partir d’excédents alimentaires ou d’invendus.

«Des discussions sont en cours pour installer un refettorio sous l’église de la Madeleine. C’est encore un projet, rien n’est fait, mais les discussions sont positives avec l’association» qui gère le restaurant déjà existant dans la crypte, a indiqué jeudi à l’AFP Jean-François Rial, pdg du groupe Voyageurs du Monde.

Massimo Bottura, Jean-François Rial ainsi que l’artiste JR pilotent ce projet, encadré par l’organisation à but non lucratif «Food for Soul» (Nourriture pour l’âme), fondée par le chef italien pour lutter contre le gaspillage et l’exclusion sociale.

Depuis plus de 40 ans, dans les cryptes voûtées de l’église classées monuments historiques, un restaurant associatif, le Foyer de la Madeleine — ouvert à tous — sert le midi un repas pour environ 14 dollars, facturé 1,50 dollars symboliques pour les plus défavorisés qui sont envoyés par des associations d’entraide.

Le projet de Massimo Bottura est financé par des fonds privés. S’il aboutit, le réfectoire ouvrira en mars et accueillera chaque soir «entre 70 et 90» personnes défavorisées.

«Ce ne sera pas une soupe populaire, mais de la cuisine de qualité, faite par des chefs formés par des chefs étoilés français», qui cuisineront des invendus, précise M. Rial.

Les artistes JR et Prune Nourry seront pour leur part chargés d’un projet «culturel et artistique» autour de ce lieu, «tout en respectant la charte des monuments historiques».

Lors des Jeux olympiques de Rio en août 2016, aux côtés d’autres grands chefs, Massimo Bottura avait organisé la préparation de repas pour 5 000 Brésiliens démunis en utilisant des produits cédés par des entreprises de restauration travaillant pour le village olympique.

Après Milan, l’organisation «Food for Soul» a ouvert cet été un refettorio à Londres sur le même modèle.

Alimentation

Des non-buveurs demandent aux bars de meilleurs «mocktails»

Pendant des années, Carolyn Rebeyka rencontrait ses amis au même bar de Regina les vendredis après-midi pour prendre un verre. Ils célébraient un anniversaire, une promotion au travail, ou voulaient tout simplement discuter entre eux.

Mais il y a trois ans, son médecin lui a prescrit un médicament et lui a suggéré d'arrêter de consommer de l'alcool pour mieux surveiller la réaction de son corps au traitement.

«Ce n'était pas permanent, mais j'ai plutôt aimé ne pas boire», a-t-elle confié, ajoutant qu'elle n'avait jamais beaucoup bu. «Même quand tu as consommé quelques verres, on voit la différence le lendemain.»

Maintenant, Mme Rebeyka boit rarement, mais elle aime encore aller dans les bars et les restaurants. Et comme plusieurs personnes qui ne consomment pas d'alcool, elle trouve que les commerces offrent peu d'options sans alcool.

La plupart des choix traditionnels sont ennuyants (le jus, l'eau gazéifiée) ou bien trop sucrés (Shirley Temple ou daiquiris sans alcool), selon elle.

«Les options pour l'alcool sont presque illimitées. Il semble que les bars ne veulent pas être aussi créatifs lorsqu'ils servent leurs clients qui ne boivent pas», a-t-elle soutenu.

De plus en plus de clients demandent à ces établissements d'offrir des options plus complexes et intéressantes de boissons non alcoolisées — dits mocktails.

Kate Boushel, une serveuse au Atwater Cocktail Club, à Montréal, reçoit des clients demandant des cocktails non alcoolisés «chaque soir». Elle dit aimer les accommoder, car cela lui lance un défi de créativité.

«J'ai eu du plaisir. J'ai fait des cocktails qui ressemblent exactement aux autres sur le menu, mais je remplace l'alcool par du jus de fruits faible en sucre», a-t-elle expliqué.

«Je mélange un jus de pommes avec une touche de carottes, et peut-être un sirop de thym, avec un peu de notre tonic maison. Ce sera rafraîchissant, léger, mais plus complexe que, par exemple, un mojito sans alcool.»

La discrétion de mise

Les non-buveurs veulent généralement éviter d'attirer l'attention sur le fait qu'ils ne consomment pas d'alcool, et dans certains cas, ils vont même demander à Mme Boushel son aide pour qu'elle ne le dise pas aux autres.

Cela arrive souvent, par exemple, quand une femme est enceinte et qu'elle ne l'a pas encore annoncé.

«Avec les femmes qui sont enceintes, ce qui est drôle, c'est que c'est souvent le serveur qui le saura en premier. Elles ne veulent pas que leurs amis le sachent, alors elles me demandent : "Peux-tu faire comme si je buvais?"», a-t-elle souligné.

Des gens d'affaires vont parfois faire une requête similaire lorsqu'ils veulent arrêter de boire devant des clients ou des partenaires d'affaires. «Peut-être qu'ils en ont eu assez, mais qu'ils veulent préserver les apparences», a indiqué Kate Boushel.

L'équipe du bar à cocktail Pretty Ugly, à Toronto, est allée encore plus loin pour accommoder ses clients qui ne boivent pas. Ses membres ont passé presque un an à concevoir des boissons «placebo»: un mélange sans alcool pour remplacer le vrai produit.

Le propriétaire et serveur Robin Goodfellow dit avoir concocté un amaro, un campari et un vin de prunes sans alcool.

«Je ne crois pas qu'un bar est un endroit où l'on ne devrait servir que les gens qui veulent se saouler», a-t-il soutenu.

«On peut apprécier la musique, le décor, les conversations, l'énergie qui se dégage d'un bar même si l'on ne boit pas.»

Il ne veut pas que ses mocktails reprennent le goût exact de l'alcool, mais il souhaite fournir une option «qui donne l'impression d'un Negroni ou d'un Manhattan».

Risqué pour les alcooliques?

M. Goodfellow s'est questionné à savoir s'il était responsable d'offrir un mocktail à quelqu'un qui a un problème d'alcool et qui est à risque d'une rechute.

«Si je fais quelque chose de vraiment semblable au goût de quelque chose qu'il buvait avant, est-ce que cela déclenchera les mêmes vieilles habitudes qu'il tente d'éviter?» s'est-il interrogé.

Le docteur Jonathan Bertram, un spécialiste des dépendances au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, dit qu'il n'y a pas une seule réponse à cette question.

Les spécialistes des dépendances ont identifié deux déclencheurs majeurs qui peuvent entraîner une rechute. «Il y a le déclencheur chimique, qui est le résultat de l'alcool qui amène une injection de dopamine dans le cerveau, mais il y a aussi ce genre d'excitation anticipatoire ou l'euphorie ressentie par une personne qui s'engage dans le rituel de la boisson», a-t-il expliqué.

Dans ces cas, consommer quelque chose qui ressemble à une boisson alcoolisée - ou même être dans un endroit à risque, comme dans un bar - peut être un déclencheur.

Mais ce risque «n'est pas facile à généraliser ou à isoler» parce que ça ne s'applique pas nécessairement à tout le monde, a souligné le docteur Bertram. Parfois, l'option d'un placebo peut même «faciliter [la vie] de quelqu'un qui voudrait sortir et s'intégrer socialement sans avoir à utiliser l'alcool», a-t-il ajouté.

Toute personne en sevrage devrait aller consulter son médecin avant de prendre cette décision, selon le docteur Bertram.

Le jugement des autres

Cory Bagdon, originaire de Thunder Bay, avait décidé de prendre une pause d'alcool lorsqu'il était à l'université il y a une dizaine d'années, et la pression qu'il ressentait de ses pairs pour consommer était une source d'isolement pour lui.

«Lorsque j'ai laissé tomber l'alcool, j'étais traité différemment. Je sortais avec les mêmes gens, mais ils ne me parlaient pas de la même manière», a-t-il soutenu.

Il s'est souvenu que ses amis étaient «offensés» qu'il ne veuille pas boire. Une connaissance en est même presque venue aux coups lorsqu'il a refusé de prendre un verre à «shooters».

Même maintenant, M. Bagdon dit ressentir une pression de boire plus qu'il ne le voudrait. Pour éviter une conversation gênante, il va parfois prendre une bière et remplir la bouteille d'eau lorsqu'il a terminé.

«Ça me semble étrange que même si je ne veux pas faire partie de la culture de l'alcool, je ne puisse me séparer de la composante sociale de la culture de l'alcool», a-t-il indiqué.

Robin Goodfellow affirme que son objectif principal en créant de nouvelles boissons est d'accueillir plus de gens qui ne veulent pas boire jusqu'à l'ivresse.

«Je fais la promotion de la consommation d'alcool, mais de façon responsable. Mais j'aime le fait que, peut-être, nous sommes en train de changer la façon dont les non-buveurs s'amusent dans les bars», a-t-il conclu.