Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Pour persévérer à l’entraînement dans votre gym maison, la répétition fonctionne mieux que la volonté.
Pour persévérer à l’entraînement dans votre gym maison, la répétition fonctionne mieux que la volonté.

66 jours de patience

CHRONIQUE / Les salles d’entraînement sont fermées? «C’est le temps de me faire un gym au sous-sol!» vous êtes-vous dit. Un banc de musculation, des poids libres, un appareil elliptique, un rameur, au diable la dépense.

Gonflé à bloc, vous vous entraînez cinq jours la première semaine. Vous terminez vos séances en sueur, vous imaginez vos muscles saillants et vous prenez une douche, triomphant.   

La deuxième semaine, vous faites des séances intenses le lundi et le mardi. Mais les jours suivants, vous avez des imprévus au travail, les enfants se couchent plus tard que prévu et c’est la finale de votre série préférée, vous ne pouvez pas rater ça.

La troisième semaine, vous êtes un peu courbaturé, moins motivé, on dirait, ça doit être l’automne, vous vous entraînez juste une journée. La quatrième, vous n’avez pas eu le temps de vous entraîner du tout, très très très grosse semaine au bureau. 

La fin du mois arrive et vous êtes découragé. Vos appareils d’exercice brillent encore et vous avez flambé des centaines de dollars pour les laisser poireauter. 

Attendez avant de tout vendre sur Kijiji. C’est peut-être juste que vous n’êtes pas assez patient.

Je sais, c’est tentant de s’autoflageller : coudonc, t’as donc bien pas de volonté, maudit flanc mou! Finalement, t’as peut-être pas la force de caractère qu’il faut...

En fait, la science montre que c’est moins une question de volonté que de répétition. Prenez n’importe quel comportement que vous souhaitez adopter — manger des fruits et des légumes, se coucher tôt, tenir un budget —, répétez-le assez souvent et il finira par devenir automatique. 

On parlera alors d’une habitude, c’est-à-dire que vous n’aurez plus à fournir un gros effort de volonté pour y arriver, comme si une seconde nature prenait le contrôle à votre place. Vous savez, celle qui fait que, sans trop y penser, vous partez la machine à café en arrivant dans la cuisine le matin, vous vous lavez les mains après être allé aux toilettes, vous demandez «ça va?» après avoir dit «salut!»

Mais ça prend combien de temps, au juste, former une nouvelle habitude? C’est la question que Phillippa Lally,  chercheuse à l’University College de Londres, s’est posée

Avec son équipe, elle a demandé à 66 étudiants de sélectionner une habitude destinée à améliorer leur santé. Par exemple, un étudiant a choisi de manger un fruit chaque jour à l’heure du lunch, un autre de courir 15 minutes chaque jour avant le dîner et un autre de boire une bouteille d’eau en dînant. 

Durant trois mois, les étudiants devaient indiquer s’ils avaient tenu promesse et à quel point le comportement leur semblait automatique. 

C’est un peu décevant, mais Mme Lally a constaté qu’il n’y avait pas de chiffre magique avant que l’habitude s’installe... 

Manger un aliment santé? Il fallait répéter la même action environ 65 jours. Boire un breuvage santé? Environ 59 jours. Faire de l’exercice? Environ 91 jours. 

Mais en moyenne, les participants à l’étude devaient répéter une habitude environ 66 jours avant qu’elle devienne automatique, donc deux mois et une semaine.

Pour l’exercice, je peux témoigner : c’est long. Je me suis abonnée au gym plusieurs fois dans ma vie, à fort prix, en me disant que cette fois, ce serait la bonne. Dans tous les cas, ce fut un investissement désastreux. J’y allais souvent les premières semaines. Mais au bout d’un mois et demi environ, mon assiduité commençait à plonger graduellement jusqu’à… ne plus y aller du tout. 

Mais depuis la rentrée, j’ai trouvé une astuce qui semble fonctionner pour moi. Je suis le même programme d’entraînement chaque matin à la même heure, dans mon sous-sol, avec une machine que j’ai achetée usagée. On dirait que l’entraînement s’est intégré à ma routine matinale, comme prendre un café ou lire les journaux. 

C’est beaucoup plus facile de persévérer quand le moment et le lieu ne changent pas. Mais si vous essayez de caser une séance d’entraînement à une heure différente chaque jour et qu’en plus, vous devez vous déplacer loin de chez vous, l’habitude risque d’être ardue à ancrer. 

À la maison, je n’ai que quelques marches à descendre pour arriver dans mon modeste gym de sous-sol. Jusqu’à maintenant, j’ai atteint le cap des 66 jours (mais pas encore les 91 jours) de répétition. Et, plus ça avance, moins j’ai l’impression que je compte sur ma volonté pour lever des poids. 

L’exercice est en voie de devenir une habitude. En tout cas, j’espère. Sinon, je vous promets une vente de feu sur Kijiji…