Le photographe François Brunelle au travail dans la salle romaine du Musée d’Art et d’Histoire de Genève

Mon sosie a 2000 ans

Les sosies seront en vedette au ­Musée de la ­civilisation

Croyez-vous être le sosie d’une autre personne ? Lui ressembler au point de semer une certaine confusion ? L’univers des doubles anonymes, à la fois proches et éloignés, est au cœur d’une exposition qui est actuellement en préparation au Musée de la civilisation.

Qu’est-ce qu’un sosie ? Un sosie est une double ressemblance qui n’a aucun lien avec la génétique : ce n’est qu’une facétie de la nature ou le fruit du hasard. Or, saviez-vous qu’à l’origine, « Sosie » est un nom propre ? Molière en a fait un personnage dans sa pièce intitulée Amphitryon, dont il avait puisé l’inspiration dans une autre pièce écrite en 187 av. J.-C. Dans ce récit de l’auteur latin Plaute, un esclave du nom de Sosie voyait son apparence parfaitement imitée par le dieu Mercure.

On a tous un sosie

Plus que jamais, les sosies ­fascinent et suscitent la curiosité. À l’ère des réseaux sociaux, les gens de partout recherchent leur sosie, où qu’il soit dans le monde. Il semble en fait que chacun d’entre nous aurait, quelque part, sept ­personnes ayant des traits physiques ­semblables, voire presque identiques.

C’est d’ailleurs cette statistique qui a poussé l’artiste photographe québécois François Brunelle à s’intéresser au phénomène et, ainsi, devenir un spécialiste des sosies. Durant quinze années, il a sillonné la planète à la recherche de personnes ayant des ressemblances physiques exceptionnelles. Des « sosies qui s’ignorent », dit-il. 

À ce jour, François Brunelle a photographié, en noir et blanc, plus de 200 paires d’hommes ou de femmes n’ayant aucun lien de parenté et ne s’étant jamais vus auparavant pour la plupart, mais présentant des ressemblances frappantes.

Une exposition d’envergure en préparation ­depuis des années

De ce projet de François Brunelle est née l’idée de monter une exposition sur les sosies. Mais pas n’importe lesquels : des sosies ayant plus de 2000 ans de différence d’âge. De quoi élever d’un cran le niveau des recherches et du concept. 

Où trouver les sosies ? Un premier appel a été fait il y a près de deux ans auprès de la population de Québec et de ses environs. Puis, la recherche s’est rapidement étendue au monde entier et ce sont des milliers de candidatures provenant de partout dans le monde qui ont été reçues.

Tête de fillette souriant, 300 av. J.-C., Musée d’Art et d’Histoire de Genève. 
Tête de garçonnet, 1er siècle, Musée d’Art et d’Histoire de Genève

Concours : Deux sosies manquent à l’appel !

La sélection des sosies se poursuit ! Deux bustes de bébés attendent toujours de trouver leur sosie. L’équipe du Musée de la civilisation est activement à la recherche de sosies de deux enfants : soit une petite fille de 2 ou 3 ans et un garçonnet de 12 à 18 mois et lance dès aujourd’hui un vaste concours afin de les dénicher. Est-ce qu’un enfant de votre entourage serait l’un des deux sosies ? Participez au concours pour le savoir ! 

Plus d’info sur les démarches et la préparation de l’exposition au https://monsosie.mcq.org/ 

Une analyse minutieuse

Chacune d’elles a été méticuleusement scrutée et examinée. Durant plusieurs mois, chaque visage a été analysé, puis comparé avec les œuvres d’art anciennes qui proviennent des collections du Musée d’art et d’histoire de Genève et de la Fondation Gandur pour l’Art. Ces sculptures sont principalement des antiquités gréco-romaines et des portraits funéraires égyptiens qui composent la collection, précise Coline Niess, chargée de projet d’exposition au Musée de la civilisation. 

Un logiciel de reconnaissance facial - soit le programme Betaface API - a effectué une première sélection, en analysant 123 points de repère faciaux. Puis, un comité a pris le relais. « Notre œil humain permet de mieux déceler les similitudes, les personnalités, les caractères. Outre les traits physiques, nous avons aussi pris en considération l’émotion qui se dégageait du visage et l’âge du candidat », poursuit la chargée de projet. Résultat : des sosies trouvés qui impressionnent, certains sont même presque parfaits, avec une morphologie quasi identique. Le photographe François Brunelle a par la suite immortalisé les premiers visages sélectionnés. 

L’aboutissement de ce long processus sera entièrement dévoilé dans l’exposition Mon sosie a 2000 ans, qui sera présentée du 24 octobre 2018 au 12 mai 2019. Une vingtaine de visages de citoyens d’aujourd’hui seront alors mis en parallèle avec les œuvres anciennes. Ces portraits surdimensionnés ou intimistes et les œuvres d’un autre temps formeront un parcours inusité, à la fois ludique et instructif, assure le Musée de la civilisation.

Reconnu pour présenter des expositions originales liées à l’expérience humaine, le Musée de la civilisation s’est associé à deux institutions prêteuses de la Suisse pour réaliser ce projet. Le Musée d’art et d’histoire de Genève est riche de quelque 650 000 objets de collections dédiées aux arts appliqués, aux beaux-arts et à l’archéologie. Quant à la Fondation Gandur pour l’Art, elle compte des collections d’envergure internationale qu’elle s’emploie à enrichir et à diffuser.

Jamais parfaitement identiques

Deux jumeaux peuvent-ils avoir les mêmes traits du visage ? Même s’ils sont monozygotes ? Non, répond la chercheure Teghan Lucas. Avec son équipe de l’Université ­d’Adélaïde, en Australie, la professeure ­d’anatomie a analysé 4000 visages différents en comparant huit traits spécifiques et leurs mesures. Résultat : la probabilité que deux ­personnes soient identiques serait de moins de une sur… mille milliards ! Autant dire que chaque personne est unique.  

Source : http://sciencepost.fr/2016/08/­­vrai-sosie-navez-quune-chance-mille-milliards/