Lyse Langlois, directrice générale de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique de l’Université Laval et François Laviolette, directeur du Centre de recherche en données massives de l’Université Laval.

Rendez-vous IA

L'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA

L’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle (IA) et du numérique de l’Université Laval, lancé le 3 décembre 2018, vise à façonner une société capable de maximiser les impacts positifs du numérique et de l’IA et de minimiser leurs effets négatifs.

Il repose sur l’expertise de 160 chercheurs travaillant de manière intersectorielle et interdisciplinaire avec toutes les forces vives du Québec et de l’International. Ces scientifiques proviennent de 11 universités et de 9 cégeps, dont 82 chercheurs actifs en sciences sociales, 54 en sciences et technologies et 21 en santé. Ils possèdent tous une expérience de pointe sur les questions de production ou d’utilisation numérique. Le début de leurs travaux est prévu à l’été. 

«Nous devons nous poser des questions importantes concernant l’intelligence artificielle. Qu’est-ce qu’on se donne le droit de faire avec l’IA et, par le fait même, qu’est-ce qu’on s’interdit? Si nous nous limitons, nous nous enlevons des possibilités, dans le cas contraire, nous ouvrons la voie à des dérives. Quels seront les impacts sociétaux directs et indirects de l’IA? Jusqu’à quel point sommes-nous prêts à laisser l’IA prendre des décisions pour nous?», soulève Lyse Langlois, directrice générale de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique de l’Université Laval.

Les dérives se produisent déjà. L’affaire Facebook Cambridge Analytica, qui a mis à jour les risques de laisser circuler des renseignements personnels sans protection, ainsi que les récupérations et les détournements qui peuvent s’en suivre, en est un exemple. 

 «En Chine, l’État a mis en place un système de surveillance des citoyens par caméras, ce qui nous ramène au roman 1984 de George Orwell, qui nous révélait une société au sein de laquelle la surveillance ainsi que la réduction des libertés était la norme. Tout cela laisse présager un danger potentiel, mais pas nécessairement imminent. De là, l’importance de la confidentialité des données et de prévoir les impacts de l’IA sur la société. Un des grands défis, c’est de savoir comment protéger les citoyens contre les dérives et les problèmes qu’elles soulèvent. Mais je demeure optimiste», ajoute François Laviolette, directeur du Centre de recherche en données massives de l’Université Laval. 

Pour M. Laviolette, nous sommes en mode réaction, et il faut prendre le temps de réfléchir, car nous ne l’avons pas encore assez fait, sur les façons de faire au niveau légal afin de se donner des balises au niveau de l’IA et du numérique. L’aspect légal suivra par la suite, tout comme les lois balisent la confidentialité et la vie privée. «Nous devons aussi informer les citoyens des bons coups de l’IA et des compromis à faire. Il y a beaucoup de choses pertinentes, mais il faut faire attention que ce ne soit pas mal utilisé par de mauvaises mains.»

Rappelons que les quatre fonctions principales de l’Observatoire sont: la recherche et la créa­tion, la veille et les enquêtes, les délibérations et les politiques publiques. «Nous allons travailler sur huit thèmes prioritaires, notamment : la santé durable, l’industrie 4.0, le travail et l’emploi, l’éducation, la citoyenneté, les familles, les communautés autoch­tones, l’urbanisation 4.0, l’environnement, la société, le droit et la cyberjustice, l’éthi­que et la gouvernance, et les relations internationales », précise Mme Langlois. 

L’Observatoire est soutenu fi­nancièrement par les Fonds de recher­che du Québec (FRQ) en partenariat avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation, à raison de 1,5 M$ par année sur cinq ans pour une enveloppe globale de 7,5 M$.