L’application E-Nundation sert à prévoir le risque avant de se retrouver les pieds dans l’eau.

R&D et Innovation

Institut national de la recherche scientifique (INRS): prévoir le risque d’inondation avant d’avoir les pieds dans l’eau

Plus de 223 millions de dollars : c’est le coût estimé, selon la firme Catastrophe Indices and Quantification, des inondations printanières exceptionnelles de 2017 au Québec et dans l’est de l’Ontario.

Avec une meilleure planification, «on aurait pu mieux réagir», se­lon Karem Chokmani. Le professeur et chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et son équipe lancent l’application E-Nundation, qui sert à prévoir le risque avant de se retrouver les pieds dans l’eau. Leur initiative vient de remporter la compétition AquaHacking 2018, qui a eu lieu à Toronto en octobre. 

L’application E-Nundation vise à mieux cerner les impacts avant qu’une rivière ne sorte de son lit et n’envahisse les rues. Le projet s’est transformé en jeune pousse (start-up) qui, d’ici quelques mois, offrira ses services.

«Ne serait-ce que prévoir adéquatement la quantité de sacs de sable requis, les évacuations nécessaires, les autobus à noliser, les repas, illustre le professeur Chokmani, songeant aux événements de 2017. On aurait également pu avertir les gens de vider leur sous-sol, de couper l’électricité. Cela aurait même atténué le choc psychologique, car les sinistrés auraient pris leurs dispositions d’avance.»

«Habiter près d’un plan d’eau, c’est très prisé, c’est bucolique», fait-il remarquer. Les inondations sont pourtant les catastrophes naturelles les plus domma­geables dans le monde et au Canada en termes de vies humaines et de coûts. Selon le Bureau de l’assurance du Canada, presque 20% des Canadiens, c’est-à-dire 1,7 million de personnes, résident dans une zone sensible. 

De gauche à droite: Khalid Oubennaceur, Sébastien Raymond, Hachem Agili, Paul Maco, Karem Chokmani et Philippe de Gaspé Beaubien lors de la remise du premier prix de la compétition Aquahacking 2018.

Se confronter aux enjeux réels

L’application, dont la version bêta sera lancée sous peu, s’est cons­truite sur dix ans de recherche. 

À l’aide des prédictions météorologiques et hydrologiques disponibles, notamment du côté d’Environnement Canada, E-Nundation peut estimer le territoire qui sera affecté et la profon­deur de l’eau, par exemple. 

«Ensuite, il faut confronter ces données avec des enjeux réels, dit le chercheur. Est-ce qu’il y a des personnes, des infrastructures qui seront touchées? Je dis souvent que l’eau peut bien déborder en pleine forêt, il n’y a pas d’enjeu, ça devient un milieu humide!» Il en va autrement en zone habitée:  il faut considérer les personnes et les infrastructures que l’eau menacera.

Le tout sans négliger les conséquences indirectes d’une inondation. «La route peut être coupée et empêcher les véhicules d’urgence de passer, illustre Karem Chokmani. Les gens ne peuvent plus aller travailler, l’électricité ou l’eau potable peuvent être interrompues. Il y a un effet de cascade.»

Jusqu’à maintenant, les outils existants se destinaient aux experts. Les gestionnaires de la sécurité civile ne pouvaient pas vraiment les utiliser. «Il faut amener les outils à leur niveau sans perdre la précision scientifique», explique le chercheur basé au Centre Eau, Terre, Environnement de l’INRS à Québec. 

D’où l’idée de présenter, lors de la compétition AquaHacking, son application que tout bon citoyen pourrait mettre à profit. L’équipe a imaginé différents forfaits d’abon­nement pour la mise en marché prévue prochainement. 

Un service pour tous

Un citoyen conscient d’habiter en zone inondable pourrait, par exemple, recevoir un avertissement 72 heures avant un risque de crue. Quant aux courtiers immobiliers et en assurances ainsi que les inspec­teurs en bâtiment, ils pourraient utiliser E-Nundation pour évaluer le risque posé par la situation géographique d’une propriété avant sa vente. 

Karem Chokmani collabore avec des municipalités et des compa­gnies d’assurances, notamment en ce qui concerne l’évaluation des coûts potentiels d’une inondation et les outils nécessaires pour l’affronter. L’application leur sera également destinée, précise le chercheur, satisfait d’arriver à «une meilleure précision qu’avec les méthodes actuelles».