Andy Pelletier-Laliberté, infirmier, et Anne-Flore Brigui

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Un travail humanitaire… sans voyager !

«Au-delà du fait de soigner des problèmes courants, mon approche implique l’établissement d’une relation de proximité afin d’offrir au patient une réponse globale.» Intégré à l’équipe de la Clinique de santé des réfugiés de Québec, Andy Pelletier-Laliberté ajoute même «avoir l’impression de réaliser du travail humanitaire sans voyager».

Infirmier praticien spécialisé en soins de première ligne (IPSPL), Andy a fait le choix, il y a deux ans, d’intervenir auprès de nouveaux arrivants en situation de vulnérabilité. Logée à l’hôpital Jeffery Hale, la Clinique accueille majoritairement des réfugiés issus de l’Afrique subsaharienne, de la Colombie, du Népal, de l’Afghanistan, du Vietnam et de la Syrie. Une première visite médicale est généralement prévue dans les jours suivant leur arrivée.

«Une évaluation de l’état de santé de ces personnes pour les besoins primaires est alors effectuée. Ici, l’équipe de soins est notamment composée de médecins, d’infirmières, d’une nutritionniste et de deux travailleurs sociaux. Cette équipe est essentielle compte tenu de la présence fréquente de problèmes de santé mentale chez les réfugiés, qui ont souvent vécu des choses difficiles, et de l’intégration qu’il faut favoriser», précise l’IPSPL.

Écouter et être écouté
Andy Pelletier-Laliberté insiste : ses patients n’ont pas sciemment décidé de quitter leur pays et certains sont porteurs de traumatismes importants. «Je peux traiter les problèmes de santé courants et les maladies chroniques que sont l’hypertension, l’hypothyroïdie, l’asthme, l’hypercholestérolémie, les maladies pulmonaires obstructives chroniques et le diabète, en plus d’avoir le droit de prescrire – et de faire beaucoup plus encore –, mais je suis aussi formé pour entendre le traumatisme.»

Originaire de la Côte d’Ivoire qu’elle a quittée en raison de la guerre qui y sévissait, Anne-Flore Brigui, à Québec depuis un peu plus d’un an, témoigne du lien de confiance qui s’est créé entre elle et l’infirmier praticien spécialisé. «Andy ne regarde pas la couleur de la peau; il se met dans notre peau! Il accueille ses patients avec le sourire et déjà, dans sa manière de recevoir, ça soulage. Il met tout à notre disposition, donne d’excellents soins et de bons conseils.» 

Soutenir les réfugiés signifie également faire appel à des interprètes lors des visites à la Clinique. L’objectif poursuivi par l’IPSPL dépasse la simple traduction: il s’assure d’arrimer sa vision des soins de santé à celle des nouveaux arrivants et de comprendre leur culture. L’aide apportée passe en outre parfois par du soutien à domicile «quand la personne a de la difficulté à se mobiliser ou encore pour voir pourquoi un traitement ne fonctionne pas».

Accessibilité et qualité
Les infirmières praticiennes spécialisées jouent un rôle de premier plan. Leur pratique avancée contribue à augmenter l’efficacité et la capacité du réseau de la santé. «La formation clinique des IPS offerte au Québec est la plus longue au pays. L’an dernier, la révision des lignes directrices de leur exercice a par ailleurs permis d’accroître leur autonomie et de mettre en place un Comité consultatif afin de soutenir et de favoriser l’évolution de la pratique. Dernièrement, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a déclaré vouloir permettre aux IPS de poser un diagnostic dans la quête d’une meilleur accès aux soins», complète le président de l’OIIQ, Luc Mathieu.

LA PROFESSION INFIRMIÈRE AU MASCULIN
Légalement admis dans la profession en 1970, les hommes représentent une proportion de plus en plus importante de l’effectif infirmier au Québec. À l’échelle du Canada, c’est d’ailleurs ici que leur pourcentage – 11,2% des 8 294 membres de l’OIIQ au 31 mars 2018 – est le plus élevé, une statistique intéressante considérant que la Belle Province a été la dernière au pays à les intégrer. En ce qui a trait à la relève infirmière, la proportion des hommes varie entre 12 et 14% depuis une dizaine d’années.

Pour l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), l’accès à des soins de santé de qualité au moment où le patient en a besoin constitue une priorité. Dans la poursuite de cet objectif, l’OIIQ mise sur une utilisation optimale de l’expertise infirmière où la compétence, l’autonomie et la collaboration professionnelles sont une source de motivation quotidienne. 

POUR SUIVRE CETTE SÉRIE:
28 janvier: Choisir la santé mentale… et combattre les tabous
4 février: Quand l’appel de l’aventure et d’une pratique diversifiée se font sentir
11 février: Une présence rassurante au chevet de jeunes patients
18 février: Soigner la confiance pour mieux la transmettre
25 février: Un travail humanitaire… sans voyager!