Musée maritime du Québec

Grands moments de la vie du capitaine J.-Elzéar Bernier

C’est de l’eau de mer qui coule dans les veines de la famille Bernier. Fermez les yeux. Ce vent que vous entendez souffler, cette mer que vous sentez déchaînée fut le quotidien de Joseph-Elzéar Bernier durant la majeure partie de sa vie.

Si le destin du capitaine Bernier semblait déjà écrit dans le ciel, ce dernier n’en a pas moins travaillé fort pour réaliser son rêve: mettre le cap sur l’Arctique. La deuxième partie de sa carrière a été marquée par  sa profonde motivation d’aller au Nord, de naviguer dans les eaux polaires, d’en explorer les îles et «prendre» ce Nord de toutes les façons possibles.

Sa passion arctique l’a même poussé à accepter de nouveau le commandement des patrouilles dans l’archipel à plus de 70 ans. Un dynamisme hors du commun pour un homme de son âge qui lui vaut respect et considération.

Bernier est une vedette, que les clubs et sociétés savantes s’arrachent. Le très populaire capitaine entretient le chauvinisme canadien, s’appuyant sur la présumée vigueur des peuples nordiques. La frontière arctique apporte de nouvelles dimensions de force et de vigueur à l’autoportrait national des Canadiens. 

La prise de possession des territoires et les expéditions polaires de l’arctique ayant des motivations ­politiques, le gouvernement fédéral préfère  jouer la carte de la discrétion pour s’établir dans l’archipel arctique sans provoquer la contestation étrangère.

Des explorateurs et des baleiniers norvégiens ou américains fréquentent ces eaux depuis déjà plusieurs décennies. Dans ces circonstances, la reconnaissance de la souveraineté canadienne pouvait s’avérer chose délicate. Cette politique du secret fut rudement malmenée par Bernier, qui déroge parfois au mutisme que veut lui imposer le gouvernement. Malgré tout, le nom de Bernier réapparaît toujours encore et encore dans les journaux. 

Malgré ses efforts, le gouvernement reste dans l’ombre de celui qui est devenu un personnage symbolisant, aux yeux du public, l’occupation canadienne de l’Arctique. Même après sa retraite en 1926, la publicité des expéditionnaires canadiens continue à graviter autour de Bernier. 

Voici les grandes étapes de la vie de cet homme.

1852

Naissance à L’Islet de Joseph-Elzéar Bernier. Il a parcouru les mers pendant plus de 60 ans après y avoir été initié dès l’âge de 2 ans par son père Thomas, aux commandes du Zillah, lors de la guerre de Crimée.

1866

À 14 ans, il quitte l’école du village pour naviguer avec son père et ses oncles. Le jeune Joseph-Elzéar embarque sur le brigantin Saint-Joseph, construit par son père et ainsi nommé à cause de la dévotion de ce dernier envers le saint homme. Matelot à 15 ans, il est promu officier l’année suivante.

1869

À 17 ans, Joseph-Elzéar prend les commandes du Saint-Joseph, devenant ainsi le plus jeune capitaine de marine au monde. Costaud et cumulant une longue expérience en mer considérant son jeune âge, il impose le respect.

1895

Joseph-Elzéar Bernier est nommé gouverneur de la prison de Québec. C’est lors de l’exercice de ces fonctions qu’il commence à mettre en place son projet d’explorer l’Arctique.

1906

À l’âge de 54 ans, il met le cap sur l’Arctique à bord du Gauss, acheté en Allemagne l’année précédente et rebaptisé l’ARTIC. Malgré plus de 267 traversées de l’océan Atlantique aux commandes de plus de 150 navires, ce que l’histoire retiendra seront essentiellement ses 12 expéditions dans l’Arctique canadien de même que ses séjours durant huit hivers.

1922

À plus de 70 ans, il accepte de nouveau le commandement des patrouilles dans l’archipel arctique. Ce dynamisme hors du commun pour un homme de son âge lui vaut respect et considération.

1926

Même si l’heure de la retraite sonne, l’homme fait un dernier voyage l’année suivante, à l’âge de 75 ans, à Burwell en Angleterre.

1934

Le capitaine Bernier meurt à l’âge de 82 ans, laissant  derrière lui une histoire digne des meilleurs romans d’aventures.  

Le saviez-vous?

On raconte que lorsque le jeune Joseph-Elzéar s’embarqua à 14 ans avec son père et ses oncles sur le brigantin Saint-Joseph, il n’avait pas le pied très marin. Aussi, son père décida de l’attacher tout en haut du mât durant deux longues heures, afin de lui faire perdre son mal de mer. Quoique discutable, force est d’admettre que l’initiative paternelle fut couronnée de succès!