Tramway à Québec, rue Saint-Jean

Les 100 ans de conseil central

Québec 1918: une ville en pleine croissance

«Contrairement à aujourd’hui, Québec est une ville manufacturière au début du XXe siècle», explique Réjean Lemoine. L’historien insiste sur le fait d’une ville en plein essor. Québec passe le cap des 100 000 habitants et se relève d’une période difficile, car la deuxième moitié du XIXe siècle a été marquée par le déclin de l’industrie du bois et de la construction navale.

Une ville ouvrière, catholique et francophone

Si, vers 1850, Québec est une ville à 50% anglophone et à 50% francophone, la situation a beaucoup changé dans les années 1910 où la population francophone domine nettement. «Québec est une ville ouvrière où l’industrie de la chaussure occupe une place importante. Près de 5000 ouvriers travaillent dans le secteur», ajoute Réjean Lemoine. La Dominion Corset est une autre manufacture importante qui donne un élan à la ville. Tout particulièrement à la Basse-Ville, où se concentre la majorité de la population dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. «Même si la bourgeoisie et le monde des affaires sont en Haute-Ville, tout se dessine en Basse-Ville», précise l’historien. Ouvrière, catholique et francophone sont donc les caractéristiques de la population de la ville de Québec en 1918.

Québec s’américanise

La ville est alors beaucoup plus dense qu’aujourd’hui et les con­ditions de vie sont très difficiles. La mortalité infantile est, par exemple, très élevée: près d’un enfant sur trois meurt en bas âge à cause des conditions d’hygiène très précaires. Il n’y a pas de réseau d’égout. On déverse les ordures dans la rivière Saint-Charles ou dans le fleuve sous le cap Diamant. Les maisons n’ont pas de système d’évacuation des eaux usées; les «bécosses» sont la norme.

«C’est aussi la première américanisation de la ville avec l’arrivée du tramway électrique, des premiers cinémas, du développement des nouveaux quartiers Montcalm et Limoilou. Les
réfrigérateurs électriques vont entraîner la fin des marchés publics ouverts dans les différents quartiers de la ville», raconte Réjean Lemoine. 

La guerre de 1914-18

La guerre qui fait rage en Europe marque aussi, pour Québec, la fin d’une période où tout allait bien. «L’ouverture du camp militaire de Valcartier, où transitaient les soldats volon­taires en partance pour l’Europe, va entraîner beaucoup de pro­blèmes – prostitution, alcoolisme, bagarres – et peu d’emplois. C’est aussi la fin des grands travaux comme le pont de Québec ou la Gare du Palais», précise l’historien.

Il y a des fermetures d’usine, comme la Ross Rifle Company sur les plaines d’Abraham qui cesse ses activités en 1917. Les pénuries et les hausses importantes des prix créent aussi un climat de contestation politique et ouvrière. Les tensions vont culminer avec les émeutes contre la conscription forcée en 1918. C’est dans ce contexte que va naître le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches, le 5 mars 1918, quelques mois avant la fin de la Première Guerre mondiale, dont l’armistice sera signé le 11 novembre 1918.

Les tensions accumulée vont culminer dans les émeutes contre la conscription forcée en 1918.

La ville de Québec en 1918

  • 6 janvier: Un premier train de voyageurs traverse le pont de Québec. Achevé le 20 septembre 1917, il sera inauguré officiellement par le prince Édouard de Galles le 22 août 1919.
  • 28 mars: Émeute à cause de l’arrestation dans Saint-Roch du jeune Joseph Mercier qui n’avait pas ses papiers d’exemption au service militaire. Le 1er avril, l’armée tire sur la foule, il y aura quatre morts.
  • 5 mai: La cérémonie officielle de la pose de la pierre angulaire de l’église Saint-Roch est marquée par l’effondrement d’une es­trade. Plusieurs personnes frôlent la mort. Une partie de l’église était déjà utilisée.
  • 7 juin: L’hôpital de Laval à Sainte-Foy accueille ses premiers patients soignés par les sœurs de la Charité.
  • 12 octobre: Fermeture des églises de la ville à cause de la grippe espagnole apparue en août dans le port de Québec. L’épidémie fera 452 morts surtout dans le quartier populaire de Saint-Roch.
  • 16 novembre : Deux automobilistes réussissent à relier Montréal à Québec en quatre heures.

*Informations tirées du livre Québec 1608-2008. Les chroniques de la capitale, Jean-Marie Lebel, Les Presses de l’Université Laval, 2008.