Salle de réunion de l’ancien édifice des bureaux du conseil central en 1949. On remarque la présence d’aumôniers au premier plan.

Les 100 ans de conseil central

Nationalisme et religion au cœur de l’action syndicale

Le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches intégrera, dès 1921, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) qui deviendra la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1960 rayant ainsi toutes références à la doctrine sociale de l’Église, mais l’action des aumôniers a perduré encore quelques années à Québec. Le nationalisme a aussi marqué l’histoire et l’action du conseil central.

Si le refus des interventions «inter­­nationales» est présent dès les prémisses de l’action syndicale dans la ville de Québec, le catholicisme interviendra plus tard comme l’explique l’historien Jacques Rouillard : « Dans la ville de Québec existent déjà des syndicats vigoureux depuis le début du siècle, notamment dans l’industrie de la chaussure, qui refusent toute affiliation à des syndicats internationaux, non pas sous l’influence cléricale, mais par patriotisme, car ils jugent que les travailleurs canadiens doivent pouvoir animer eux-mêmes leurs syndicats. 

Pendant la Première Guerre, ils se laissent cependant convaincre d’accepter des aumôniers et de se transformer en syndicats catholiques. C’est ainsi qu’en ce début du XXe siècle se dessine la géographie du syndicalisme au Québec : les syndicats internationaux sont solidement implantés à Montréal alors que les syndicats nationalistes et catholiques prennent racine à Québec et en région. 

Des syndicats catholiques pas si complaisants

C’est suite à l’encyclique du pape Léon XII Rerum Novarum (Les choses nouvelles) publiée en 1890 que va se définir la doctrine sociale de l’Église. «L’encyclique affirme que les travailleurs et leurs emplo­yeurs ont des droits complémentaires: le droit à la dignité au travail pour les uns, le droit de propriété pour les autres. Pour protéger leurs intérêts, les travailleurs doivent constituer des corporations professionnelles inspirées de la doctrine sociale de l’Église à travers lesquelles
ils pourront négocier collecti­vement avec leurs employeurs, eux-mêmes réunis en corpo­ration», explique l’historien Mathieu Houle-Courcelles.

Le drapeau du Syndicat national catholique des briqueteurs maçons incorporé de Québec illustre bien l’imbrication des questions religieuses et nationales pour les syndicats catholique du début du siècle.

«Le modèle de relations de travail proposé par les premiers syndicats catholiques avant et pendant la Première Guerre s’avère vite utopique lorsque confronté aux réalités de monde du travail. Leurs effectifs stagnent ou régressent si bien qu’on doit relancer le mouvement sur de nouvelles bases au début des années 1920. La plupart des syndicats catholiques placent alors la défense des intérêts professionnels des travailleurs au premier rang de leurs objectifs. C’est pourquoi ils adoptent les pratiques éprouvées des unions internationales : organisation sur la base du métier, négociation de conventions collectives, obtention de l’atelier fermé, arrêts de travail, étiquette syndicale, fonds de grève chez certains syndicats, etc.», poursuit Jacques Rouillard.

«Le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches mettra plus de temps qu’ailleurs pour passer d’un syndicalisme national à un syndicalisme catholique. En fait, il faudra un coup de force en 1933 pour compléter la transition. Pendant longtemps, tout en se disant catholique, c’est le syndicalisme national d’origine qui perdurait», précise Nicolas Lefebvre-Legault, conseiller à l’information au conseil central.

Le dernier aumônier du conseil

«Les aumôniers jouaient un rôle important; ils étaient un signe concret de l’appui de l’Église aux travailleurs et à leurs organisations. Nous étions aussi une force de travail intéressante pour le  conseil central. En effet, bien que payé par le Secrétariat des syn­dicats catholiques, je travaillais à temps plein à la formation et comme conseiller à diffé­rents comités. Les employeurs ne voyaient pas toujours d’un bon œil cette activité qui renforçait l’action syndicale. Les aumôniers appuyaient aussi les initiatives des syndicats pour une société plus juste pour l’ensemble des travailleurs, comme les coops d’habitations, l’assurance maladie ou l’assurance automobile. Nous voulions améliorer la vie des gens», précise Claude Cantin, ancien promaire à la ville de Québec.

«À un moment donné, j’ai décidé de partir. J’ai averti mon supérieur, l’évêque auxiliaire, puis la CSN.
Je l’ai fait pour des raisons personnelles. Je n’ai subi aucune pression, j’étais fatigué et je voulais changer d’air.» Claude Cantin qui fut le dernier aumônier du conseil central explique ainsi son départ en 1974. Il était clair, dès sa nomination en 1966, qu’il n’aurait pas de successeur.