Émilia Castro, ancienne vice-présidente du Conseil central

Les 100 ans de conseil central

Les femmes au conseil central

Même s’il y a toujours eu des travailleuses et des syndiquées, elles étaient peu présentes dans les instances du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches au début de son histoire. Progressivement, leur présence et leurs luttes se sont imposées grâce à l’action de pionnières déterminées. L’engagement des femmes au conseil central a permis des gains importants pour toutes les femmes du Québec.

En 1918, les femmes représentent environ 20% de la population active du Québec. Un tiers d’entre elles travaillent dans les manufactures, généralement comme ouvrières non qualifiées, et la plupart des autres travaillent dans ce qu’on pourrait appeler «les services domestiques». Toutefois, malgré une situation économique difficile, la règle pour les femmes était de quitter le marché du travail quand elles se mariaient.

Les premières luttes

«Les femmes avaient peu de place dans les syndicats. L’influence de l’église, très conservatrice à l’époque, se faisait sentir fortement», explique Émilia Castro. L’ancienne vice-présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches et militante féministe depuis plus de 40 ans admire les pionnières qui ont permis d’améliorer le sort de toutes les femmes.

Dès 1919, à Hull, dans une usine d’allumettes, elles se mettent en grève et obtiennent de premiers gains. Elles remettront ça en 1924 pour refuser une baisse de salaire. La région de Québec ne sera pas en reste! En 1937, les ouvrières du textile de l’usine de Saint-Grégoire de Montmorency, au pied des chutes du même nom, mèneront aussi la lutte pour des conditions de travail décentes. Les employées de la Parisian Corset dans Saint-Roch formeront l’un des premiers syndicats féminins affiliés au conseil central en 1938. 

L’une des premières manifestations du 8 mars à Québec, en 1980.

Acquis importants

«Pendant la guerre, pour permettre aux femmes de travailler alors que les hommes étaient au front, on voit l’ouverture de garderies, appelées « crèches » à l’époque. Beaucoup fermeront à la fin de la guerre, faute de financement, provoquant un mouvement de retour au foyer», poursuit Émilia Castro. La militante participera activement, bien des années plus tard, à la création de la première garderie syndiquée au Québec, La réponse devenue Les p’tits loups  au Cégep Limoilou.

La syndicalisation massive du secteur public dans les années 1960 a changé le visage du syndicalisme. À l’origine, les syndicats de la santé, notamment, étaient divisés en syndicats féminins et masculins, ce qui a permis à de nombreuses femmes de faire leurs premières armes syndicales. D’ailleurs, les militantes de Québec ont longtemps résisté à la fusion avec le syndicat masculin, de peur de voir les hommes prendre le contrôle du syndicat même si les femmes étaient majoritaires.

La Charte des droits et libertés du Québec, qui entre en vigueur en 1976, donnera une première prise juridique pour le respect du droit des femmes. Le conseil central sera au cœur de bien des combats. Au début des années 1980, un centre de santé des femmes sera installé au deuxième étage du bâtiment de la CSN à Québec pour permettre aux femmes d’avoir accès à la contraception et à des avortements sécuritaires. « En 1978, avec la création du Comité des femmes du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches, la lutte s’élargit au mouvement féministe. Accès à l’éducation, congés de maternité, services de garde, marche des femmes de 1995 qui a permis l’obtention de l’équité salariale, etc., les luttes sont nombreuses, mais visent toujours à améliorer les conditions de vie et de travail de toutes les femmes, qu’elles soient syndiquées ou non. Et les combats continuent, car malgré les avancées, des discriminations perdurent et une réelle égalité n’est pas encore atteinte », conclut Émilia Castro.