Le Comité des jeunes du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) organise une deuxième édition du Forum des jeunes. Au menu : des discussions sur la place des jeunes à la CSN d’hier à aujour­d’hui et des idées pour dynamiser la vie syndicale et augmenter le sentiment d’appartenance.

Les 100 ans de conseil central

Les défis du syndicalisme au XXIe siècle

L’action syndicale ne s’arrête pas après 100 ans. Même si le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) a une longue expérience sur laquelle il peut s’appuyer, les défis sont nombreux et demandent une constante dans l’action. Contexte politique, action collective, transfert de connaissance, changement générationnel sont quelques-uns des enjeux qui attendent l’organisation.

Pertinence du syndicalisme

Depuis le milieu des années 1980, le monde du travail a considérablement changé. «Il y a beaucoup moins de stabilité qu’avant, le travail s’est précarisé, et les attentes des gens par rapport à leur emploi ont changé, note Ann Gingras, présidente du conseil central. Avant, ce qu’on voulait, c’était une job, un poste et, pour l’obtenir, les gens étaient prêts à se mettre disponibles presque 24h sur 24h, 7 jours sur 7. C’est différent aujourd’hui dans un contexte de plein emploi, les gens veulent du temps et sont prêts à changer d’emploi pour l’obtenir.»

Le contexte de pénurie de main-d’œuvre change la donne. «Normalement, dans le contexte actuel ce sont les salariés qui devraient avoir le gros bout du bâton, mais à part certains emplois en demande, où les gens peuvent avoir individuellement un bon rapport de force, ce n’est pas le cas en général, précise Yves Fortin, secrétaire-général du conseil central. Trop souvent, les entreprises règlent leurs problèmes de pénurie sur le dos des salariés qui voient accroître considérablement leur tâche.»

Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches.

Ce qui ne change pas, c’est le besoin des travailleuses et des travailleurs de se faire respecter au travail. Il faut savoir s’adapter aux nouvelles réalités mais, selon la présidente du conseil central, «le syndicalisme, qui permet de se donner une voix collective, garde toute sa pertinence et sa nécessité». 

Un contexte plus difficile

Il n’y a pas que le monde du travail qui a changé, le contexte politique également. «Un virage individualiste s’est opéré: on fait face à une montée très nette du corporatisme qui s’accompagne d’un virage à droite, tout particulièrement dans les régions de Québec et de la Chaudière-Appalaches», note Ann Gingras. 

«Avant, on disait je milite alors qu’aujourd’hui on parle d’implication», relate Ann Gingras. Le militantisme syndical a beaucoup changé et se trouve en quelque sorte «précarisé», un peu à l’image du travail. «Disons qu’il y a moins de vocations», lance en boutade Yves Fortin. «En même temps, c’est compréhensible avec l’éveil entourant la conciliation famille-travail.»

Yves Fortin, secrétaire-général du conseil central.

Il y a beaucoup de travail à faire selon la syndicaliste pour aborder des enjeux collectifs, mais c’est loin d’être impossible. «Par exemple, aujourd’hui, aborder les questions relatives à la santé et à l’éducation interpelle les gens en tant que citoyennes et citoyens, usagers des services. Ce n’est plus strictement vu comme des enjeux sous l’angle des conditions de travail des travailleuses et des travailleurs du secteur public et parapublic, raconte Ann Gingras. La défense de l’accessibilité et de la qualité des services publics s’est imposée comme un thème important dans nos assemblées et dans notre quotidien.»

Revenir au jeu de base

«Pour ma part, j’aimerais qu’on revienne au jeu de base. Le syndicalisme n’est pas une business
ni une compagnie d’assurance. On doit convaincre les jeunes qu’on est toujours un agent de changement. Par nos revendications et nos pratiques, on doit valoriser l’action collective», affirme Gilles Lamontagne, vice-président du conseil central. «Nous devons continuellement dynamiser notre mouvement et faire en sorte que les plus jeunes aient une place pour demeurer un outil collectif représentatif. C’est l’enjeu qui est au cœur de la vie syndicale aujourd’hui.»

Gilles Lamontagne, vice-président du conseil central.

«Le défi, c’est de faire le transfert des acquis apportés par le syndicalisme, non seulement au niveau des conditions de travail, mais aussi de l’avancement social. Ce n’est pas uniquement un transfert de connaissances, c’est avant tout un transfert de valeurs», déclare Yves Fortin. 

«Nous devons absolument aborder ces enjeux dans leur ensemble afin de continuer à évoluer dans une société qui se veut ouverte et solidaire et ainsi reprendre confiance dans l’action collective», conclut Ann Gingras.