Le conseil central s’est impliqué et s’implique toujours dans de nombreux projets socio-communautaires. Ici, la Place publique Éphémère, un projet d’animation estival de PECH-Sherpa, réalisé depuis deux ans sur un stationnement prêté par la CSN avec l’appui du conseil central.

Les 100 ans de conseil central

Le rôle sociocommunautaire du conseil central

Dès sa fondation, le conseil central s’intéresse aux questions sociales plus larges que la simple action syndicale. Améliorer le cadre de vie de la population a toujours été une préoccupation majeure. Québec était alors, dans les quartiers ouvriers, une ville pauvre et presque insalubre. Le chômage et le logement ont été les deux grands axes du rôle sociocommunautaire du conseil central à travers son histoire.

«Avant même la fondation du conseil central en 1918, les grands débats de société traversent aussi le syndicalisme. En 1911, la crise des manuels scolaires divise le mouvement syndical. Si certains, surtout à Montréal, veulent une uniformisation des manuels dans la province, d’autres se rendent aux arguments de l’Église et prô­nent le statu quo», explique Nicolas Lefebvre Legault, con­seiller à l’information au conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches.

La lutte contre le chômage

En 1921, la crise économique frappe durement Québec et des milliers d’ouvriers se retrouvent au chômage. Il n’existe alors pas d’assurance chômage et la municipalité décide d’une aide directe aux sans-travail en leur confiant des travaux d’aqueduc et d’autres travaux publics. Elle fait appel
au conseil central pour gérer l’organisation.

En quelques mois, le conseil central rencontre 2200 chômeurs et réussit à en placer 700, mais cette action fait ombrage aux échevins qui aimeraient avoir recours au patronage à la veille des élections. Ils prétendent que le conseil central ne place que des syndiqués catholiques, ce qui est faux. Cette calomnie entraîne la démission du comité des sans-travail.

En 1933, en pleine crise économique, le Secrétariat des syndicats catholiques décide de mettre sur pied des jardins ouvriers. Des contacts sont pris avec le ministère de l’Agriculture, la municipalité et de grands propriétaires terriens pour trouver des terrains en friche, des outils, des semences et des formateurs.

De gauche à droite, deux représentants du syndicat des chargés de cours de l’Université Laval, Nicole Madore, présidente du Conseil central de Québec, Yves Fortin, 1er vice-président et Rodolfo Valero, trésorier du conseil.

«En quelques années, on atteindra 1500 jardins ouvriers cultivés pour améliorer le sort d’autant de familles qui ont ainsi pu passer à travers la crise sans crever littéralement de faim», précise Nicolas Lefebvre Legault. Avec la fin de la crise et l’émergence des banlieues dans les années 1950, ces jardins sombreront peu à peu dans l’oubli.

La crise du logement

«Le conseil central s’est toujours intéressé à la question du logement, comme en témoignent des articles parus dans Le Travailleur dès 1922», commente Nicolas Lefebvre Legault. Mais, dès les années 1950, un changement s’opère et le conseil central s’attaque à des solutions concrètes en construisant des maisons pour les membres des syndicats catholiques.

La crise du logement est sévère à Québec au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Un bidonville de près 1000 personnes se crée même sur les plaines d’Abraham, où les baraquements qui ont servi à interner des prisonniers allemands sont utilisés par des sans-abri jetés à la rue par une spéculation féroce et des propriétaires cupides qui profitent de l’abolition par Ottawa du contrôle des loyers.

Quelques-unes des maisons ouvrières construites par le conseil central dans les années 1950.

Québec compte alors près de 80% de locataires. Le conseil central s’intéresse à la question et met sur pied un comité logement qui a pour mission de solutionner cette crise. De là naîtra une coopérative d’habitation qui va calculer le prix que peut payer un ouvrier pour loger sa famille et construire des maisons qui répondent à ces besoins criants.

Plus de 300 maisons ouvrières seront construites par la coopérative et mises à la disposition de familles ouvrières au prix coûtant. L’expérience fut un très grand succès et elle fut reprise dans plusieurs centres ouvriers de la province par d’autres conseils centraux. L’augmentation des salaires pendant les trente glorieuses (1945-1975) est venue à bout du problème.

«Le conseil central s’est impliqué et s’implique toujours dans de nombreux projets sociocommunautaires. Il n’y a qu’à penser à la bataille des clubs de pêche dans les années 1970, à notre présence dans les différents lieux de parte­nariats et de concertation, qu’ils soient gouvernementaux ou communautaires, ou à nos alliances avec le mouvement communautaire et les groupes de femmes », conclut Nicolas Lefebvre-Legault.