La forêt d'ici

Un arbre, du vert, oui mais pas seulement … Les arbres urbains et leurs bénéfices

La Vitrine
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Au-delà de leur rôle esthétique dans le paysage urbain, les arbres qui nous entourent fournissent une multitude de biens et services, dits services écosystémiques dans le jargon scientifique.

Ces services sont produits naturellement par les arbres et les écosystèmes du fait même de leur fonctionnement et, bien que parfois imperceptibles, ces services contribuent de façon majeure à notre bien-être, notre qualité de vie et notre santé, aussi bien physique que mentale. On peut penser notamment à l’amélioration de la qualité de l’air, la régulation des températures ou encore le maintien de la biodiversité dans nos villes.

Si la notion de bienfaits rendus par les arbres urbains est maintenant de plus en plus répandue et comprise, les caractéristiques sous-jacentes à la production de ces services le sont un peu moins. En effet, chaque espèce d’arbre est caractérisée par des traits biologiques tels que la hauteur maximale de l’arbre, le taux de croissance, la densité du bois, le taux photosynthétique ou la tolérance à la sécheresse et ces traits sont directement liés à la façon dont les arbres fonctionnent. En plus de conditionner les services rendus par les arbres, ces traits renseignent également sur la stratégie employée par les arbres afin de répondre et de s’adapter aux perturbations biotiques (ex. insecte, maladie) et abiotiques (ex. sécheresse). 

Aujourd’hui, grâce aux avancées scientifiques, il est possible d’estimer la valeur de plusieurs des services fournis par les arbres, de façon biophysique (non monétaire), mais aussi économique (monétaire). L’évaluation monétaire des services repose toutefois sur l’existence d’un référentiel humain (une valeur de marché) et limite ou sous-estime encore l’évaluation de nombreux services lorsqu’il existe une faible pression sur la ressource.

Dans le cadre de ce court article, l’équipe d’Habitat se penche sur quatre services rendus par les arbres urbains et pour lesquels il est possible d’estimer une valeur économique :  

  • la régulation des températures;  
  • la séquestration annuelle du carbone;  
  • l’absorption des polluants atmosphériques;  
  • la régulation des eaux de ruissellement.   

Les arbres libèrent de l’eau par évapotranspiration et chaque goutte d’eau ainsi libérée sous forme de vapeur permet de rafraîchir l’air en absorbant de la
chaleur.  À cela s’ajoute l’ombrage créé par le feuillage qui participe beaucoup au rafraîchissement dans nos maisons. Cette régulation des températures par les arbres contribue alors à la réduction de notre consommation d’électricité notamment du fait d’un besoin moindre en climatisation. On notera d’ailleurs qu’à l’inverse d’une climatisation traditionnelle, le rafraîchissement par les arbres se fait sans dépense d’énergie, sans rejet de chaleur et sans bruit, ce qui en fait un moyen de lutte efficace contre les changements climatiques. La réduction de la consommation d’électricité dépend cependant de plusieurs facteurs, tels que l’orientation, la distance de l’arbre au bâtiment et des caractéristiques biologiques de l’arbre comme la forme et taille de sa couronne et la densité de son feuillage. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’abord de réguler la température, il est préférable de privilégier des arbres qui auront à maturité une large couronne et une densité du feuillage importante, tels que le caryer cordiforme ou le tilleul d’Amérique (Figure 1).

Figure 1.  Illustration des valeurs monétaires totales cumulées sur un horizon de 40 ans pour 4 espèces d’arbres pour les services de réduction de la consommation d’électricité (chauffage et climatisation), d’absorption du CO2, d’absorption des polluants atmosphériques et de réduction des eaux de ruissellement.

La séquestration de carbone par les arbres (et plus largement les végétaux) est un service essentiel dans nos sociétés compte tenu de l’augmentation importante de CO2 produit par l’humain et des impacts négatifs sur le climat. Ce service fait référence au processus de capture du carbone dans l’atmosphère par les arbres (sous forme de CO2) et est traditionnellement exprimé en tonne de carbone stocké par année. La valeur monétaire est estimée selon la quantité de carbone emmagasinée annuellement par les arbres et les dommages causés à la société à la suite d’une augmentation du carbone atmosphérique. Le taux de carbone séquestré dépend directement de la vitesse de croissance et de la densité du bois des arbres. Certaines espèces à croissance rapide, comme les peupliers, ont ainsi une grande capacité de séquestration (Figure 1). De façon analogue, le feuillage, par sa capacité à intercepter les particules fines, joue aussi un rôle important en absorbant différents polluants atmosphériques, ce qui améliore la qualité de l’air en le purifiant et réduit ainsi les risques de maladies respiratoires. La valeur économique de ce service est estimée par le coût associé à chaque jour de travail manqué par une personne pour cause de maladie respiratoire (Figure 1). 

Enfin, les arbres urbains participent à la régulation des eaux de ruissellement lors de fortes pluies ou à la fonte des neiges. En interceptant et évaporant l’eau par leur feuillage avant qu’elle n’atteigne le sol et en l’absorbant par leurs racines et la transpirant par leur feuillage, les arbres réduisent la quantité d’eau dirigée vers les infrastructures grises (réseau d’égout, station d’épuration), ce qui représente une grande réduction de la pression sur le système d’égout. En hiver, les arbres peuvent également retarder la fonte de la neige contribuant ainsi à minimiser les débordements et prévenir d’autant plus les risques d’inondation. L’évaluation de ce service consiste à estimer la quantité d’eau interceptée et transpirée par les arbres et à calculer le coût que ce volume représenterait s’il circulait dans le réseau d’égout et devait être traité dans une station d’épuration.

Finalement, du fait de la forme de leur cime, de l’importance et la profondeur de leur système racinaire et d’autres caractéristiques biologiques qui leur sont propres, les espèces d’arbres ne rendent pas toutes les mêmes services à la société (Figure 1). Afin de bénéficier d’un large éventail de services, mais aussi d’éviter qu’une maladie ou un insecte élimine une part importante des arbres urbains (ex. agrile du frêne), il devient impératif de maintenir une grande diversité d’espèces d’arbres ayant des caractéristiques biologiques différentes dans nos villes. Aujourd’hui, planter et entretenir un arbre prend une tout autre valeur. En plus de jouer un rôle essentiel dans le bien-être et la santé des citoyenne·s, il représente une mesure phare d’atténuation (via le carbone qu’il capte) et d’adaptation (via la chaleur et l’eau qu’il aide à régulariser) aux changements climatiques.

Par Olivier Tanguy, Fanny Maure et Christian Messier, Habitat