La forêt au cœur de notre vie

Nos forêts nourricières

Plus que jamais au Québec, il est question d’achat local, de souveraineté alimentaire et même de «démondialisation». Alors que le monde agricole est visé par ces nouvelles demandes de société, comment le monde forestier peut-il participer à ce mouvement en marche? C’est ici qu’entrent en jeu les produits forestiers non ligneux (PFNL).

Derrière cet acronyme peu sexy se cache en fait toute la richesse de notre territoire. Depuis la nuit des temps, nos forêts sont des lieux qui nourrissent et soignent les humains. Certains premiers colons ont hérité de ce savoir par leur interaction avec les Premières Nations. Ensuite, la répartition de ces connaissances dans la population euroquébécoise qui colonisa la plaine du Saint-Laurent est un angle mort de notre histoire. Ici et là, on peut encore entendre l’histoire d’un héritage matrimonial où nos grands-mères faisaient des confitures de «berries» qui, selon la région, étaient cuisinées à partir de quatre-temps de maïanthème du Canada, de cerises à grappes, de pimbina, de fraises sauvages…

Ce savoir s’est ravivé, ces dernières années, avec des passionnés comme Gérald Le Gal de Gourmet Sauvage et François Brouillard des Jardins Sauvages. Ces nouveaux pionniers nous ont permis de redécouvrir toute la richesse de notre flore et notre fonge comestibles et de créer un engouement. La mise en valeur des produits de la forêt est à la base de ce qu’on appelle la « nouvelle cuisine nordique », qui a comme chef de file René Redzepi, dont le restaurant le Noma à Copenhague a été plusieurs fois couronné meilleur restaurant du monde.

Pour que cet engouement prenne de l’ampleur, il nous faut percevoir la forêt québécoise au-delà de l’arbre, avec les yeux des premiers habitants qui la voyaient comme un lieu nourricier. C’est à cela que les PFNL nous invitent et les gens répondent de plus en plus à l’appel.

En effet, beaucoup de gestionnaires de forêts, qu’elles soient publiques ou privées, s’ouvrent maintenant à ces possibilités et (re)découvrent les richesses forestières. Après tout, la culture et la cueillette ne sont aucunement en contradiction ou en concurrence avec l’aménagement forestier tel qu’il se pratique aujourd’hui. Au contraire, elles se marient parfaitement avec les objectifs de développement de la sylviculture, l’acériculture, la gestion faunique ou bien la gestion favorisant la biodiversité. Les PFNL en sont complémentaires en leur faisant par exemple profiter d’un revenu d’appoint, d’une plus grande diversité faunique ou d’un agrément culinaire.

La demande pour ces produits a connu une forte croissance au cours de la dernière décennie et prendra encore de l’ampleur. Le secteur des PFNL s’inscrit parfaitement dans les tendances d’achat local, de pratiques écologiques et de relation culturelle avec son terroir. Il participe ainsi de manière croissante au développement économique de nos régions et de l’entrepreneuriat qui peut s’y développer à travers, notamment, l’approvisionnement en circuit court et le tourisme rural (le mycotourisme par exemple).

En plus des retombées économiques, les PFNL ont un rôle central à jouer dans la sécurité alimentaire du Québec et de ses régions. Un enjeu dont la crise actuelle a montré la fragilité. Faits d’aliments sains et souvent à valeur nutritive élevée, ces produits peuvent assurer un accès stable à des produits alimentaires de qualité. En réduisant la dépendance à l’importation et en assurant un approvisionnement et une production locale, le secteur des PFNL participe à l’essor d’un aménagement multiressource du territoire.

La redécouverte des PFNL et leur popularité croissante auprès d’un public averti permettent aussi de tisser un lien plus profond entre les habitants du Québec et leurs forêts. Lorsqu’un citoyen s’intéresse ou s’initie à la cueillette sauvage, il prend alors conscience des richesses et de l’importance de nos écosystèmes. Les PFNL sont donc une porte d’entrée de choix lorsqu’il s’agit de faire de l’éducation citoyenne à l’environnement. De plus, ceux qui font de la cueillette ou de la culture des PFNL leur gagne-pain en sont aussi, la plupart du temps, les plus ardents protecteurs.

Cependant, partir explorer le territoire afin de s’approvisionner en PFNL n’est pas accessible à tous. Pour ce faire, nous avons la chance de compter sur des éco-entrepreneurs respectueux de la ressource qui amènent ces saveurs dans les assiettes des ménages et participent à la conservation de leur terroir.

DES PRODUCTEURS À DÉCOUVRIR
À Québec, la boutique-cuisine mycobrasserie Chapeau les bois! propose toute une gamme de forestibles, de produits transformés et de bières aux champignons. Faites-en l’essai et n’hésitez pas à partir à la découverte des autres producteurs de votre région!

L’ACPFNL
L’Association pour la commercialisation des produits forestiers non ligneux travaille à la diffusion de bonnes pratiques de cueillette sauvage et soutient les initiatives d’agroforesterie qui, nous l’espérons, feront multiplier les opportunités de remplir nos paniers de cueillette aux quatre coins du territoire. Contactez-les pour toute information!

Les morilles sont les premiers champignons à apparaître au printemps et font le délice des amateurs.
Le sol de nos érablières foisonne de comestibles sauvages au printemps.

Sam Chaib Draa
Coordonnateur à l’ACPFNL