Journée maritime Québécoise 2018

Le fleuve Saint-Laurent: de Jacques Cartier à Mickey Mouse

Le Saint-Laurent a été durant des siècles la première voie de communication du Québec. Les premières nations se sont installées sur ses rives voilà plus de 10 000 ans. Puis, avec l’arrivée de Jacques Cartier, il a été un axe de conquête prisé avant de devenir une voie commerciale essentielle pour pénétrer le continent nord-américain. Aujourd’hui, si le commerce s’intensifie, le fleuve se découvre aussi une vocation de loisir et de plaisance.

Bien avant que la Grande Hermine et la Petite Hermine, les navires de Jacques Cartier, viennent mouiller dans les eaux du Saint-Laurent, le fleuve a connu des navigateurs habiles et réguliers. «Le canot, c’est la mémoire des ancêtres. Le canot est l’identité de l’Amérique, l’identité amérindienne de l’Amérique du Nord-Est. Ce petit canot d’écorce va avoir une si grande histoire, avec une telle importance.» 

Comme l’exprime si bien l’anthro­pologue Serge Bouchard, tout commence avec les canots. Encore bien présents de nos jours, ils sont la mémoire en marche du fleuve et de sa région. Léger et maniable pour l’été, plus massif et résistant pour défier les glaces en hiver, d’écorces ou de bois au début, en kevlar et autres résines synthétiques aujourd’hui, les canots ont su s’adapter tant au climat qu’à leur époque.

Une voie de conquête

« Descouvrir certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doibt ­trouver grant quantité d’or et ­autres riches choses. » La mission que Jacques Cartier reçoit du roi François Ier est claire. Il ne ramènera malheureusement que des « diamants du Canada ». Ce quartz de peu de valeur n’arrêtera pas la conquête du Saint-Laurent nommé ainsi par Samuel de Champlain qui viendra fonder Québec en 1608.

Dès le début, c’est le commerce qui attire les Européens sur le fleuve. La pêche et les fourrures sont les premières richesses transportées. Qui dit richesse, dit aussi convoitise et les premiers assaillants ne tardent pas à utili­ser le fleuve pour lancer leur défi. Ce sera les frères Kirke en 1629, puis l’amiral Phipps si mal reçu par le gouverneur Frontenac en 1690.

Les Anglais finiront par vaincre en 1759. Encore là, le fleuve joue un rôle important. C’est par lui que transiteront les canons de Wolfe qui prendront position à Lévis pour bombarder la basse-ville de Québec. C’est sur lui que furtivement l’armée anglaise glissera jusqu’à l’anse au Foulon avant de grimper sur les plaines d’Abraham.

L’Empress of Ireland

Une voie commerciale

C’est encore un conquérant qui stimulera le commerce sur le Saint-Laurent. Sans jamais mettre les pieds dans la région, Napoléon Ier, empereur des Français, bonifiera la première grande voie commerciale entre le Québec et les îles britanniques. En imposant un blocus continental contre l’Angleterre, il obligera l’île à se tourner vers sa colonie pour trouver le bois dont elle a besoin pour sa flotte et son industrie de la construction.

Le 19e siècle sera celui des grands voiliers qui sillonneront le Saint-Laurent et l’Atlantique et procu­reront une première prospérité au Québec. Quand les bateaux à vapeur remplaceront les voiliers, l’aventure continuera. La flotte saura se transformer et s’adapter et, quand le métal remplacera le bois dans la construction navale, le transport du minerai, du charbon et d’autres marchandises prendra le pas sur le commerce du bois.

Une voie de plaisance

Dès la fin du 19e siècle, d’immenses paquebots à vapeur sillonneront l’Atlantique et remonteront le Saint-Laurent. Le 28 mai 1914, L’Empress of Ireland quitte le port de Québec. Le majestueux navire qui relie Québec à Liverpool en Angleterre en est à sa 192e traversée. Ce sera sa dernière. Au large de Rimouski, il entrera en collision avec un navire de charbon norvégien et coulera très rapidement faisant plus de 1000 morts.

Cette tragédie n’arrêtera pas le progrès et, aujourd’hui, les paquebots naviguent régulièrement sur le Saint-Laurent déversant leur flot de touristes dans les principales villes du Québec. Cette industrie florissante vient compléter l’essor de la voie maritime. Après le Queen Mary 2, un des plus imposants navires du monde, c’est au tour des bateaux de Walt Disney de profiter des splendeurs du fleuve.