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Journée internationale de la francophonie

Journée internationale de la Francophonie

Aujourd’hui, 20 mars, la Journée internationale de la Francophonie est célébrée un peu partout dans le monde. En plus de saisir l’occasion de présenter certaines activités, Le Soleil a proposé à diverses personnalités et organisations de nous partager ce qu’elles ont en commun: leur passion pour la langue française.

Journée internationale de la Francophonie

Druide Informatique: Un lexique en mutation

Chaque année, plus de 150 mots font leur entrée au dictionnaire. C’est beaucoup plus que ça dans le logiciel Antidote, dont la première édition fut lancée par Druide Informatique en 1996. Aujourd’hui, la firme québécoise se prépare à mettre à jour sa 10e édition. «Antidote10 compte environ 128000 mots, 50 000 locutions et 15000 noms propres», affirme Jean Fontaine, lexicographe chez Druide Informatique.

Que trouve-t-on dans Antidote qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires papier? «Antidote, c’est un logiciel qui, dans un tout cohérent, intègre un correcteur grammatical avancé, des dictionnaires et des guides linguistiques». Quand il corrige une faute, il explique aussi pourquoi, et ce, à différents niveaux. Prenons l’exemple d’un participe passé. S’il est mal écrit, Antidote vous enverra une alerte avec un résumé sur la nature de l’erreur. En un clic, vous aurez accès à la règle, expliquée en détails. Ainsi, contrairement à la pensée populaire qui voudrait qu’un utilisateur régresse en français en se faisant corriger par une machine, il risque plutôt de s’améliorer à l’usage.

Bienvenue aux régionalismes

Les utilisateurs d’Antidote venant de partout dans le monde, Druide Informatique reçoit donc chaque jour des propositions d’ajouts. « Les régionalismes qu’on y trouve indiquent clairement l’endroit dans le monde où le mot ou l’expression est utilisée», poursuit Jean Fontaine. Un exemple? «Au centre de la France, une caverne sur le flanc d’une falaise est une baume tandis qu’un pistolet, en Belgique, s’apparente à un sous-marin – le sandwich – au Québec.   

SAVIEZ-VOUS QUE...
La première édition du dictionnaire de l’Académie française a vu le jour en 1634? On travaille à sa 9e édition (la 8e datant de 1935).

Suivre le mouvement

Druide Informatique veille et observe. « Nous suivons l’actualité et observons les tendances ». C’est ainsi que le mot antispé-cisme – né du mouvement à la défense des animaux – a fait son entrée au dictionnaire tout comme animat – sorte de robot imitant le comportement des animaux – issu du vocabulaire entourant l’intelligence artificielle. Il arrive aussi que des pays changent de nom, comme La Macédoine devenue la Macédoine du Nord. Ou encore que les mœurs changent. 

«La définition du mot mariage a beaucoup évolué. D’abord défini comme union d’un homme et d’une femme, il est devenu union entre deux personnes le plus souvent de sexe opposé pour finir par être l’union légitime de deux personnes dans les conditions prévues selon les pays et les époques par la loi, par la religion ou par la coutume. Pour chaque anglicisme observé, souvent critiqué, Druide tente de trouver un équivalent. «Le selfie est devenu un égoportrait, le spork - ustensile hybride entre la cuillère et la fourchette - se dit cuichette, et ainsi de suite». 

Sur quoi Druide s’appuie-t-il pour décider qu’un anglicisme est de bon aloi? «Sur l’ancienneté, l’adaptation au système du français, la fréquence d’utilisation, la diffusion géographique, l’utilité et les jugement prescriptifs.» L’équipe de linguistes s’efforce toujours de recueillir le plus d’opinions possible avant de les confronter à ses propres observations et de rendre ses propres verdicts. 

SAVIEZ-VOUS QUE...
Un dictionnaire français compte environ 35000 mots contre 200000 pour un dictionnaire anglais en format papier?

FRANÇAIS 101
Le 26 août 1977, sous le gouvernement de René Lévesque et grâce au Dr Camille Laurin, la charte de la langue française (loi 101) est adoptée à l’Assemblée nationale du Québec, trois ans après la loi sur la langue officielle, en 1974.

Journée internationale de la Francophonie

Le Centre de la francophonie des Amériques: Tisser des liens

Au Centre de la francophonie des Amériques, créé en 2008, on prend les choses au sérieux. «Notre mission est de contribuer à la promotion et à la mise en valeur d’une francophonie ­porteuse d’avenir pour la langue française dans un contexte de diversité culturelle», affirme sa présidente-directrice ­générale, Johanne Whittom.

Contenu de qualité

Pour assurer son leadership au sein de la francophonie, le Centre utilise les moyens technologiques à sa disposition afin de donner aux francophones et francophiles des outils leur permettant l’accès à du contenu francophone de qualité. À elle seule, la Bibliothèque des Amériques offre l’accès à plus de 12 000 livres d’auteurs francophones provenant des Amériques.

Pour souligner le mois de la francophonie, le Centre a élaboré une programmation - Ensemble pour une francophonie solidaire dans les Amériques - qui offre gratuitement à ses membres l’accès à des films, à des conférences et à des ateliers, dont « Slam tes accents» avec le rappeur Mathieu Lippé. «À ce jour, 44 000 membres profitent de l’Espace M, un lieu virtuel où l’on offre du contenu exclusif de grande qualité», mentionne Mme Whittom, fière d’annoncer que près de 500 membres se sont ajoutés ce dernier mois. «Après 10 ans d’opération, on rejoint de plus en plus de personnes. C’est formidable». Pour connaître la programmation, visitez le site www.francophoniedesameriques.com

Statistiquement, le français se porte bien. Il afficherait des gains partout dans le monde. Au Québec, la charte de la langue française (loi 101), l’Office de la langue française, le Secrétariat à la politique linguistique et bien d’autres organismes se sont donnés pour mandat de veiller au grain pour le protéger. Ce qui fait qu’aujourd’hui, plus de 8 millions de personnes parlent ici la langue de Molière. Notre langue est-elle en danger ou en mutation? Chose certaine, elle est encore bien vivante.

Journée internationale de la Francophonie

Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD): Mobiliser, concerter et innover

Depuis sa création en 1988, l’IFDD se concentrait au développement d’une action concertée visant le développement de l’énergie dans les pays ayant en commun l’usage du français.

«On a évolué pour intégrer l’environnement en 1996 et le développement durable, à la suite de la conférence de Rio – dite Rio+20 – en 2012. On s’est donc adapté à l’évolution des enjeux mondiaux pour accompagner les pays en renforcement des capacités», avance Tounao Kiri, nouveau directeur adjoint de cet Institut qui agit sur trois niveaux: former des expertises dans les 88 États membres, les mettre en relation et favoriser des concertations. 

«Nous sommes un instrument de croissance pour les pays du nord et un instrument de développement pour le sud». Un exemple? L’IFDD travaille avec l’Université du Québec à Chicoutimi à développer des outils d’analyse systémique de la durabilité (ASD) pour opérationnaliser le développement durable. «Il n’existe que deux outils reconnus mondialement dont celui des Nations Unis et celui-ci, développé par la francophonie.» Chapeau l’IFDD!

  • Le français se classe au 5e rang dans le monde après le mandarin (1er rang), l’anglais, l’espagnol et l’arabe. Notre langue est présente sur cinq continents. Nous serions plus de 33 millions de locuteurs français dans les Amériques. Au Québec, 94,5% de la population déclarait, en 2016, être en mesure de soutenir une conversation en français. Source: Ministère de la Culture et des Communications.

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Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ): Jeunesse et mobilité

LOJIQ est un acteur très engagé auprès des jeunes de 18 à 35 ans de la francophonie. Leur mission? Soutenir la mobilité des jeunes. Ça veut dire quoi?

«Nous aidons financièrement les jeunes qui, par exemple, veulent participer à une conférence organisée par l’ONU en Louisiane, se produire en spectacle à la Fédération de la Wallonie-Bruxelles ou participer à un stage en Calédonie pour devenir moniteur de langues», résume Michel Robitaille, président-directeur général de LOJIQ. «L’expérience internationale, c’est l’ouverture sur le monde.»

En ce sens, LOJIQ a invité huit jeunes entrepreneurs de Louisiane, du Cameroun, de la Fédération de la Wallonie-Bruxelles, du Manitoba, du Maroc, de la France et du Québec à participer, aujourd’hui 20 mars, à une activité en entrepreneuriat jeunesse au Château Frontenac. « Notre but est d’encourager le réseautage et de prouver qu’on peut faire des affaires en français partout dans le monde», affirme M. Robitaille.

SAVIEZ-VOUS QUE...
Depuis 1968, LOJIQ (qui chapeaute l'Office franco-québécois pour la jeunesse) a soutenu plus de 200000 jeunes? L’an dernier, 5137 jeunes ont participé à des projets dans 92 pays.  

Journée internationale de la Francophonie

Marie Laberge, écrivaine

Très tôt, les mots tiennent une place importante dans la vie de Marie Laberge. «Beaucoup plus qu’un outil, la langue française est aussi objet de beauté», affirme l’écrivaine. La complexité de la langue ne l’a jamais empêchée de s’amuser. «Pour frapper l’esprit, il n’est pas nécessaire de mettre des mots rares, obsolètes ou des néologismes.»

«Bien que j’aime les textes bien ciselés, je n’hésite pas à utiliser des mots qui ne vont pas nécessairement ensemble pour créer du rythme ou une image forte.» Quel impact ont pour un écrivain les nouveaux mots qui arrivent au dictionnaire? «Très peu. Rien ne m’empêchera jamais d’utiliser des québécismes qui ne figurent pas au dictionnaire. Quand je cherche à savoir si je dois mettre un mot en italique ou pas, il m’est arrivé de voir que l’exemple au dictionnaire était tiré de mon œuvre», rigole-t-elle. 

Et que pense Marie Laberge de tous ces anglicismes qui font leur entrée dans le vocabulaire? «J’ai mes humeurs vis-à-vis l’anglicisation de la langue, surtout en France. Ils n’ont pas là-bas la même peur de perdre que nous».

Les raccourcis
Selon elle, les jeunes ont un autre rapport à la langue. Ils ont été élevés avec des écrans, utilisent des programmes en anglais sur Internet, se parlent en code sur les réseaux sociaux, écrivent au son leurs textos. «On prend des raccourcis. Je crois que le souci de communiquer avec raffinement, précision, de finir sa phrase, de finir son sens… tout ça devrait être enseigné. Si la langue s’appauvrit, la force que ça va demander pour la ramener à sa richesse, je ne suis pas sûre que tout le monde va l’avoir.» 

  • C’est important une Journée internationale de la Francophonie? «L’amour du français n’est pas le même pour tout le monde sur la planète. Pour plusieurs, c’est encore la langue des envahisseurs. Si on peut unir tout ce monde dans l’amour de notre langue, ça veut dire qu’il y a bien des âpretés dans la vie qu’on peut éliminer.

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Jérôme Minière, chanteur et musicien

Jérôme Minière a passé les 20 premières années de sa vie en France et en Belgique. Pour ce Québécois d’adoption aujourd’hui âgé de 46 ans, le français est une langue musicale et vivante, pleine de poésie. Il n’en fut pas toujours ainsi. «Ado, j’écoutais de la musique anglophone. J’essayais d’écrire en français, c’était difficile. Mes références étaient plus littéraires et j’arrivais ­difficilement à faire correspondre les deux mondes.»

Dans la vingtaine, il s’inscrit en cinéma dont il apprécie le français populaire. «En revenant à la musique, je me suis réapproprié ma langue, j’ai écouté les paroles des autres et j’ai fait plus attention aux miennes.»  

Ayant vécu à l’étranger, le chanteur sait à quel point les enjeux de préservation ne sont pas les mêmes partout. «Au Québec, on est encerclés. Il faut trouver la manière de préserver notre langue tout en acceptant que c’est quelque chose qui évolue. C’est vivant, donc ça bouge.»