Françoise Labbé a joué un rôle déterminant dans la création du Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul

Charlevoix accueille le monde

L'art au féminin

La présence de grands peintres– tels Clarence Gagnon, le Groupe des Sept, René Richard, Blanche Bolduc (1907-1999) et sa sœur Yvonne –et ceux de la nouvelle génération font de Baie-Saint-Paul une véritable capitale culturelle.

Tous s’entendent pour dire que Françoise Labbé (1933-2001) a joué un rôle déterminant pour faire de Baie-Saint-Paul la Mecque artistique qu’elle est aujourd’hui. Durant plusieurs années, Françoise Labbé s’occupe du Centre d’art et voit à la promotion des artistes d’ici et d’ailleurs. «Son intuition a mené à la création du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, premier du genre en région», affirme le directeur sortant du Musée, Jacques St-Gelais Tremblay. «C’est à elle que l’on doit le virage contemporain, la toute première présentation du Symposium d’art contemporain, en 1982, et l’actuel Centre culturel Paul-Médéric», poursuit le directeur. Dans son livre La grande dame de Baie-Saint-Paul, l’historien Serge Gauthier affirme que « sans elle, Baie-Saint-Paul n’aurait pas l’identité culturelle qu’elle a aujourd’hui». 

Françoise Labbé devant une œuvre de Riopelle


Côté écrivain, Charlevoix compte ses héroïnes à commencer par Laure Conan (1845-1924) née Félicité Angers, à la Malbaie. Première romancière québécoise, Laure Conan publie en 1884 Angéline de Montbrun, un roman psychologique plutôt avant-gardiste pour l’époque. Elle rédige en parallèle plusieurs articles en lien avec les préoccupations sociales du moment, dont le statut politique des femmes. 

Laure Conan
La bibliothèque Laure Conan, à La Malbaie


Du côté de Petite-Rivière-Saint-François, la franco-manitobaine Gabrielle Roy (1909-1983) surfe sur le succès de son premier roman Bonheur d’occasion, publié en 1945. Tous les étés et durant les 30 dernières années de sa vie, la romancière s’inspire du fleuve et des montagnes de Charlevoix pour écrire ses plus beaux récits dans Cet été qui chantait, publié en 1972.

Gabrielle Roy


Anne-Marie Hamel : porteuse de traditions
La mémoire collective est une priorité pour la tisserande Anne-Marie Hamel qui arrive dans Charlevoix au milieu des années 70. «Encore aujourd’hui, peut-être même davantage, la transmission des savoir-faire est quelque chose d’essentiel», convient l’artisane. Ses créations mettent notamment en valeur le boutonné de Charlevoix, une technique ancestrale qu’elle maîtrise à la perfection.

Anne-Marie Hamel, tisserande


Une île, trois femmes-orchestres
La musique est dans l’air du côté de l’Isle-aux-Coudres. Depuis des décennies, Caroline Desbiens– la plus Marsouine des Marsouines*–porte ses chansons-fleuve à tout vent. L’auteure-compositrice, propriétaire de l’Hôtel du Capitaine, fait voyager son île à travers toute la fran­cophonie. Ses chansons sont imprégnées de l’air du large et de l’histoire de ses ancêtres marins.

*Nom folklorique donné aux habitants de l’Isle-aux-Coudres.

Caroline Desbiens, auteure-compositrice


Venue de Montréal, la marsouine d’adoption, Geneviève Jodoin– copropriétaire de l’Auberge La Fascine–, est là pour rester. «En m’engageant dans la communauté, je me suis vite aperçue à quel point les femmes de l’île ont toujours tenu le phare. Aujourd’hui encore, les femmes entrepreneures sont nombreuses à faire bouger les choses que ce soit en tant qu’aubergistes, propriétaires de petits cafés ou comme artisanes», affirme la chanteuse dont l’auberge, ouverte il y a cinq ans, est aussi une salle de spectacles très fréquentée.

Geneviève Jodoin, copropriétaire de l’Auberge La Fascine


À quelques kilomètres de là, les concerts extérieurs se succèdent au gré des marées dans le kiosque bordant le fleuve du Havre musical de l’Islet. C’est là que Patricia Deslauriers et sa famille se sont posés il y a cinq ans. «J’étais venue faire un spectacle à La Fascine et je suis tombée en amour avec l’île». La musicienne de jazz fut longtemps parmi les seules femmes au Québec à jouer de la basse et de la contrebasse. Aujourd’hui, elle puise son inspiration auprès des femmes insulaires, ses nouvelles complices. Grâce à ces trois passionnées, plusieurs artistes québécois sont aujourd’hui de véritables ambassadeurs de l’art de vivre charlevoisien.

Patricia Deslauriers, musicienne de jazz
Havre musical de l’Islet, Isle-aux-Coudres